«Une population avertie est apte à se protéger»

«Il faut cesser d'avoir peur de faire peur avec l'amiante», insiste Daniel Green, toxicologue et président de la Société pour vaincre la pollution.
«Une population avertie est une population plus apte à se protéger, poursuit-il. C'est ridicule qu'un électricien qui vient faire un trou dans un mur pour poser un fil soit au courant de la présence d'amiante dans un logement, mais que le locataire qui habite là depuis peut-être 25 ans soit tenu dans l'ignorance.»
M. Green est d'avis que l'Office municipal d'habitation de Gatineau (OMHG), dont 40% du parc immobilier renferme des matériaux contenant de l'amiante, doit absolument informer ses locataires des endroits où se cache l'amiante dans leur logement. Il soutient aussi qu'il est difficile pour l'OMHG d'affirmer avec certitude qu'il n'y a pas de risque pour ses locataires tant que des mesures de l'air ambiant n'auront pas été faites.
Le militant pour la défense des droits des citoyens, Bill Clennett, s'intéresse depuis quelques années aux questions concernant la présence d'amiante dans les édifices publics. Si Québec a obligé les institutions à élaborer un registre de leurs bâtiments contenant de l'amiante, c'est à cause des pressions des syndicats qui veulent protéger leurs membres, dit-il.
«L'OMHG a agi rapidement et c'est une bonne nouvelle. Mais elle respecte les limites de la loi. Ainsi, si ses travailleurs sont informés de la présence de l'amiante, les premiers concernés, les locataires, n'ont pas l'information. Pourquoi ne pas informer ces gens? Pourquoi ne pas leur dire où se trouve l'amiante dans leur logement? Ils sauront ensuite qu'il faut agir rapidement si le matériau qui en contient se dégrade.»
Affiches inquiétantes
M. Clennett raconte que l'OMHG a procédé récemment à des travaux de rénovation dans un de ses immeubles contenant de l'amiante. «Il y avait des affiches dans les fenêtres où on pouvait lire 'Danger, Amiante, ne pas respirer, risques d'infections cancérigènes', dit-il. Ça inquiète les gens qui vivent là. L'OMHG ne partage pas l'information avec les locataires pour éviter de faire peur aux gens, mais ce genre d'affiche a inquiété bien des gens à cet endroit. L'organisme aurait intérêt à livrer la bonne information pertinente afin d'éviter des peurs inutiles de la sorte.»
Informer les locataires
L'avocat spécialisé en construction, MeRichard Leblanc, croit aussi que l'OMHG devrait informer sans tarder les locataires qui vivent en présence de matériaux contenant de l'amiante. «Le problème avec l'amiante, c'est que le danger croît avec l'usage, dit-il. Tant que l'amiante est neutralisé dans un matériau, il n'y a pas de risque. En donnant l'information aux gens, ces derniers voudront s'assurer que l'amiante demeure neutralisé, qu'il n'y a pas de dommage aux matériaux concernés.»
Depuis 2003, les maladies reliées à l'amiante sont à déclaration obligatoire. En Outaouais, aucun cas pour des raisons «environnementales» n'a été confirmé. L'apparition de la maladie peut toutefois prendre entre 20 et 40 ans. Les cas de maladies liés au travail sont cependant plus nombreux. Selon la CSN, des 184 décès reconnus au Québec par la CSST en 2013, 104 ont été provoqués par l'amiante.
Mabelanger@ledroit.com
- Longtemps utilisé pour l'isolation des bâtiments et des conduites d'eau, l'amiante est mis au banc des accusés en 1978.
- L'Europe interdit complètement son utilisation à la fin des années 1990, suivi par les États-Unis.
- On retrouve de l'amiante dans plusieurs matériaux: tuiles de plancher, plafond, ciment,etc.
- Le Canada a été longtemps l'un des plus importants exportateurs d'amiante chrysotile vers les pays en développement.
- Les maladies reliées à l'amiante sont à déclaration obligatoire depuis 2003 au Québec.
- En 2012, Québec a obligé les propriétaires d'édifices publics et parapublics à faire une étude de caractérisation des bâtiments construits avant 1984.