Les haches d’Henry Walters étaient vendues partout au Canada.

Une pitoune chargée d’histoire

La série Raconte-moi un objet, écrite par le journaliste Mathieu Bélanger et présenté jusqu’au 30 décembre, vous fera découvrir des morceaux de notre patrimoine collectif qui étaient parfois demeurés bien cachés. Le Droit a eu un premier accès exclusif à une petite partie de l’inventaire du patrimoine mobilier de la Ville de Gatineau, actuellement en préparation. Grâce à des recherches documentaires, nous avons été en mesure de replacer ces artefacts dans leur contexte historique et culturel afin de vous proposer un petit voyage dans le temps. Bonne lecture et bon temps des Fêtes.

Le passé forestier de la région a refait surface, en 2015, à Bristol, dans le Pontiac. Au premier coup d’œil, ce vieux billot de bois échoué sur les rives de la rivière des Outaouais n’avait absolument rien de spectaculaire lorsqu’il a été découvert par un citoyen du coin. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçut que c’était un pan complet de l’histoire de la région qui venait d’émerger après avoir passé plus de 125 ans au fond de l’eau. 

Une inscription spéciale

L’inscription « KV » faite à la hache sur cette vieille bille de bois indique que l’arbre a été scié dans un des camps forestiers du Pontiac appartenant au baron du bois Robert Conroy, l’un des plus puissants hommes d’affaires du Bas-Canada à l’époque. C’est d’ailleurs lui qui a fait construire l’hôtel British sur la rue Principale, à Aylmer, en 1841. 

Les lettres « KV » ont très probablement été taillées à l’aide d’une hache sortant de la fameuse Walters Axe Company, qui faisait une partie de la réputation de la Ville de Hull à la fin du XIXe siècle, et au début du XXe siècle. Ces haches fabriquées par les ouvriers hullois dans l’usine d’Henry Walters étaient vendues partout au Canada, et même à l’extérieur du pays. Leur fiabilité était reconnue dans la plupart des camps de bûcherons de la province.

Le site du BDT

L’usine a été située à l’endroit même où se trouvent aujourd’hui Les Brasseurs du temps (BDT) de 1850 à 1901, jusqu’à ce que la Cité de Hull se rende jusqu’en Cour suprême pour déloger le propriétaire des lieux afin d’y construire le Château d’eau, l’immeuble de pierre qui est toujours là et dans lequel on sert aujourd’hui de la bière. Henry Walters déménagea alors sa fonderie et son usine de haches sur l’autre rive du ruisseau de la Brasserie, où son fils poursuivit les activités de l’entreprise jusqu’à ce que les scies à chaîne finissent par avoir raison des « Walters axes » en 1970.