Joe Morin « le bâtisseur », au centre de la photo

Une histoire d’amour entre le ski et le parc de la Gatineau

Il y a plus de 100 ans, il était déjà possible de skier dans ce qu’on appelle aujourd’hui le parc de la Gatineau. Dans son livre L’appel du sentier : 100 ans de ski de fond dans la Gatineau, l’ancien fondeur olympique canadien, Malcolm Hunter, présente les deux principaux aménagistes de sentiers du parc. À travers quelques anecdotes, l’auteur partage sa grande passion pour le ski de fond.

Charles Mortureux, président du Ottawa Ski Club de 1919 à 1947, a été l’organisateur principal de l’aménagement des sentiers dans les années 1920-1930. En compagnie du « capitaine » Joe Morin, ils ont notamment aménagé les sentiers « Little Switzerland », « Highland Trail » et « Merry Go Round ». Ce dernier est d’ailleurs encore skiable sur toute sa longueur aujourd’hui, alors qu’il porte le nom de « Sentier #11 ».

Grâce à ces deux hommes, plusieurs sentiers de colonisation ont aussi repris vie à la suite de la désaffectation des fermiers qui ont dû déménager parce que la terre n’était pas fertile. Ils ont ainsi fait place aux skieurs qui se sont approprié les sentiers. C’est particulièrement le cas des sentiers « Ridge » (#1), « McCloskey » (#40) et « Pine » (#50).

En consultant les nombreuses photos d’archives du livre, les amateurs de ski de fond peuvent reconnaître certains bâtiments d’une autre époque qui sont toujours sur pieds aujourd’hui. On n’a qu’à penser au chalet Herridge et à la ferme Healy.

« Herridge était un riche entrepreneur et c’était son chalet. À cette époque-là, les bourgeois développaient la villégiature. Ils avaient des résidences d’été un peu partout. Il y avait un fermier à côté de chez lui qui s’appelait Stan Healy et il s’occupait de la propriété de M. Herridge pendant l’hiver. Aujourd’hui, si on retourne skier au lac Philippe, on peut arrêter prendre un thé à la maison Healy — qui a été rénovée par la CCN sous la supervision de David Maitland —, mais aussi au relais Herridge », explique Michel Dallaire, un ami de longue date de l’auteur et amateur de ski de fond depuis 1971.

Charles Mortureux, président du Ottawa Ski Club pendant presque trois décennies (1919-1947)

Le récit se déroule en deux temps. D’abord, l’auteur s’attarde aux années 1920 à la suite de discussions qu’il a eues avec d’anciens Night Riders [ceux qui damaient les pistes]. Puis, à partir de 1957 — l’année où Malcolm Hunter a commencé à skier —, le récit se transforme et on suit l’auteur dans ses aventures. Il raconte certaines anecdotes qu’il a vécu dans les sentiers Merry Go Round (# 11), Ridge (# 1), Highland Trail (# 18) et Western (# 9). Parmi elles, on en apprend d’ailleurs pourquoi l’aire de piquenique Pingouin se nomme ainsi. Il faudra cependant lire le bouquin pour en connaître la réponse.

Un club de ski pas comme les autres

De façon implicite, le récit de M. Hunter souligne aussi l’importance qu’a eue le Ottawa Ski Club (OSC) au fil des années. Avec ses 14 000 membres, le OSC a longtemps été reconnu comme étant le plus important club de ski au pays.

« Dans le temps de la Deuxième Guerre mondiale, les gens du Ottawa Ski Club ont vu l’engouement que les skieurs avaient à monter et à redescendre une côte et se sont dit “du ski de fond on ne peut pas en faire indéfiniment”. C’est à ce moment-là qu’ils ont commencé à développer le ski alpin. [...] Ensuite, le ski alpin a pris l’ascendant sur le ski de fond et le Ottawa Ski Club est devenu davantage un club de ski alpin, indique M. Dallaire. On peut voir qu’il y a une continuité entre le saut à ski dans les années 1900, le ski de fond jusqu’aux années 1940-50 et après ça, la mécanisation des remonte-pentes et le ski alpin. »

Aujourd’hui, des milliers de personnes ont des laissez-passer saisonniers dans le parc de la Gatineau.

L’auteur, Malcolm Hunter, en face du chalet Herridge

« Le parc est devenu le cœur d’une industrie touristique florissante dans la région, souligne M. Dallaire. [...] Ce qu’il faut se rappeler, c’est que tout ce qu’on a aujourd’hui, à peu de choses près, c’est ce qu’il y avait il y a 100 ans. »

Les intéressés peuvent se procurer le livre aux deux centres visiteurs de la CCN ou à la Librairie du Soleil.