L'ancienne église Notre-Dame-de-Lorette
L'ancienne église Notre-Dame-de-Lorette

Une coop d’habitation veut se dresser devant l’embourgeoisement de Val-Tétreau

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Une coopérative d’habitation récemment fondée souhaite acheter le terrain et l’ancienne église Notre-Dame-de-Lorette, sur la rue Bégin dans le quartier Val-Tétreau, pour y construire entre 60 et 80 unités de logements abordables pour les familles, les personnes seules et les aînés. Les coûts du projet sont évalués de manière préliminaire à 17 millions $.

L’objectif de la Coopérative de quartier de la Petite-Chaudière ne se résume cependant pas à une offre de logements, mais vise aussi à conserver les origines modestes et paisibles du quartier en proie depuis quelques années à l’embourgeoisement. Le conseiller du secteur l’admet lui-même, si les choses continuent au rythme actuel, il n’y aura avant longtemps que les gens fortunés qui pourront aspirer à habiter dans Val-Tétreau. «Les achats et les rénovations mènent à la construction de condominiums dont les loyers sont élevés, note Jocelyn Blondin. Ça prend plus de logements abordables dans ce quartier et le projet de la coopérative est en ce sens très positif.»

Le président de la coopérative, Jean-Pierre Maheu, note que les gens qui habitent le quartier depuis longtemps et qui doivent se reloger n’arrivent pas à le faire dans le même secteur parce que les prix ont carrément explosé. «Dans le vieux Val-Tétreau, dit-il, avec la rivière à proximité, ce sont des habitations de luxe qui se construisent et les prix sont très élevés.»

Des discussions pour l’achat du terrain sont déjà entamées avec le conseil de Fabrique de la paroisse Saint-Joseph. Une rencontre a aussi eu lieu avec l’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher. «Il est très favorable à notre projet, note M. Maheu, mais la transaction doit se faire avec la paroisse. L’église ne sert plus à rien. L’immeuble n’est plus viable, il aurait besoin de travaux de plus de 750 000 $. L’endroit est vraiment notre premier choix. C’est situé près de l’école et à proximité des parcs. La Fabrique dit être pressée de vendre, mais je rappelle que la paroisse cherche à vendre l’église depuis 2006. Ce n’est pas quelques mois qui changeront quelque chose.»


« Ça serait une tragédie si ce terrain était acheté par des promoteurs privés pour faire encore des logements de luxe inaccessibles pour les gens du quartier. »
Jean-Pierre Maheu

Démolition de l’église

Dans le meilleur des mondes, s’avance M. Maheu, la vente pourrait se faire dans les trois prochains mois et la coopérative pourrait ouvrir ses portes d’ici deux à trois ans.

Le projet consisterait d’abord à démolir l’église et à reconstruire un immeuble de trois étages autour d’une cour commune. En plus de créer des espaces pour jardiner en pleine terre, en bac, au balcon et sur les toits pour les résidents, des espaces communautaires seraient aménagés à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment pour l’usage de la communauté.

«Ce serait à notre avis un juste retour des choses parce qu’à l’époque, le terrain avait été offert par la Ville à la paroisse, mentionne M. Maheu. Les citoyens et les paroissiens ont contribué longtemps à ce lieu. Ça serait une tragédie si ce terrain était acheté par des promoteurs privés pour faire encore des logements de luxe inaccessibles pour les gens du quartier.»

Le conseiller Blondin ajoute que l’immeuble pourrait aussi accueillir des espaces commerciaux qui permettraient de rapatrier quelques services de proximité qui manquent cruellement dans le quartier.

En attente de l’argent du fédéral

Le directeur général de la Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais (FIHAB), Raphaël Déry, précise que le modèle mis de l’avant par la Coopérative de la Petite-Chaudière se démarque des concepts habituels qui sont réservés uniquement aux familles ou uniquement aux personnes âgées. «On réalise que l’avenir est dans la mixité, dans l’interdépendance et dans la création de liens entre des familles et des personnes seules ou âgées», dit-il.

La nouvelle coopérative devra toutefois affronter encore bien des enjeux, dit-il, notamment celui du financement. Les coûts de construction en Outaouais sont plus élevés qu’ailleurs au Québec et à cela est venue s’ajouter la flambée des coûts des matériaux de construction provoquée par la pandémie de COVID-19. M. Déry rappelle toutefois que l’entente de principe sur le financement en logement abordable survenue entre le fédéral et le provincial pourrait l’agent supplémentaire nécessaire à la réalisation de ce projet et plusieurs autres.