Une partie des manifestants venus se faire entendre dans le secteur Hull vendredi.
Une partie des manifestants venus se faire entendre dans le secteur Hull vendredi.

Une cinquantaine de personnes marchent contre l’itinérance à Gatineau

« À qui la rue ? À nous la rue ! », c’est sous ces cris que près d’une cinquantaine de personnes ont marché dans les rues du secteur Hull vendredi matin afin d’inciter les autorités municipales à agir dans le dossier de la crise à l’itinérance.

« Chaque année, on se retrouve avec la même problématique, déplore Janick Allyson, coordonnatrice au Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO). Des gens dorment dans des tentes parce que c’est leur seule ressource en hébergement d’urgence et à ce moment-là, il y a une directive municipale qui interdit cette pratique-là. »

D’ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, une dizaine de policiers du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) ont procédé au démantèlement de 18 tentes installées près du ruisseau de la Brasserie. Une vingtaine de personnes logeaient dans ces tentes.

« Actuellement, même s’il y a des projets sur la table en logement social ou en logement atypique, ces projets-là ne lèvent pas. C’est beaucoup trop long. Et en attendant que ces projets-là lèvent, où est-ce qu’on veut que les gens aillent ? », se demande Mme Allyson.

Une partie des manifestants venus se faire entendre dans le secteur Hull vendredi.

Appelée à réagir sur la question, la conseillère municipale et présidente de la Commission Gatineau, Ville en santé, Renée Amyot affirme qu’il y a toujours de la place au refuge d’urgence de l’aréna Guertin.

« Il n’a jamais été rempli à pleine capacité, indique-t-elle. Il y a des places de libres et on a des lits supplémentaires au cas où on en aurait besoin. »

Manque de communication

Isabelle Cadieux est âgée de 44 ans et est mère de quatre enfants. Elle attend son cinquième au mois d’août. Se trouvant en situation d’itinérance, elle habite temporairement le refuge installé à l’aréna Guertin.

« Il y a un gros manque de communication, d’organisation et d’intégrité face à ce qu’on est individuellement parlant », croit-elle.

À son avis, la grande priorité pour régler cette crise, ce sont « les oreilles de Dumbo ».

« L’écoute. C’est ça que ça prend ce n’est pas compliqué ! Mais il faut l’écoute de tous, y compris celles des autres itinérants. On pourrait coopérer et s’entraider entre nous, mais il n’y a rien de ça présentement. Tout le monde pense qu’un autre lui doit quelque chose. »

Questionnée sur le démantèlement des tentes par le SPVG, Isabelle Cadieux répond calmement que « les policiers ont un travail à faire, comme tout le monde ».

« Il faut seulement qu’ils le fassent avec cœur et ouverture d’esprit », croit-elle.

Près d’une cinquantaine de manifestants ont marché dans les rues du secteur Hull vendredi matin pour dénoncer l'inaction de la Ville en matière de lutte contre l'itinérance.

Pour le directeur général du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais (CIPTO), Yves Séguin, tout est une question de faire les choses de façon humaine.

« Ce qu’on demande, ce sont des réponses à échelle humaine. Un démantèlement, c’est violent. De déménager des gens à grands coups de pelles mécaniques, c’est violent. Si la municipalité ne veut pas déroger de son règlement municipal, qu’elle travaille à faire une job humaine ! D’envoyer des policiers et des bulldozers pour démanteler un toit, ce n’est pas humain », conclut-il.

Mme Amyot souligne par ailleurs qu’une longue rencontre avec des groupes communautaires a eu lieu à ce sujet jeudi après-midi.

« On a discuté de ces aspects-là et on a convenu qu’on discutera de la façon de procéder aux démantèlements lors de la cellule de crise de mardi prochain, souligne-t-elle. Depuis le début la Ville est au rendez-vous. On aide à la cellule de crise, on est présent, on est en mode solution, on regarde des alternatives en matière de logement et on prend nos responsabilités pour ne pas que gens soient dans la rue, c’est pour ça qu’on a ouvert un refuge d’urgence. »