Emma Massie est décédée en 2008 à l'âge de 103 ans.

Une bibliothèque à nommer, des femmes à honorer

La décision de la Ville de Gatineau de consulter la population afin de nommer la future bibliothèque du Plateau au nom d’une grande femme de la région est saluée par deux auteurs vivement attachés au patrimoine de la région.

L’auteur et historien Raymond Ouimet rappelle que Gatineau, comme la plupart des autres municipalités au Québec, a semblé faire des efforts pour éviter d’inclure des femmes dans sa toponymie. Seulement 3,7 % des lieux publics à Gatineau portent d’ailleurs le nom d’une femme. C’est ainsi que le maire le plus corrompu de l’histoire de Hull, Alphonse Moussette, n’a rien de moins qu’un boulevard et un parc à son nom à Gatineau. On peut penser aussi à la rue Amherst qui refait périodiquement surface dans les débats toponymiques, ou aux rues Phillip-Lenard et Alexis-Carrel, deux antisémites notoires dont les noms ont finalement disparu de la toponymie des Gatinois à l’été 2015 après que Le Droit a rappelé leurs accointances avec le régime nazi.

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« La banque de toponymes féminins de Gatineau est victime de l’époque où le simple fait d’être un homme était suffisant pour reléguer une femme dans l’ombre, explique M. Ouimet. Pour qu’une femme soit reconnue, elle devait avoir réalisé quelque chose de grandiose. Beaucoup de femmes de la région ont fait de grandes choses et méritent d’être honorées. »

Donalda Charron

Plaidoyer pour Donalda Charron

L’auteure du roman historique Les demoiselles aux allumettes, Marie-Paule Villeneuve, plaide pour Donalda Charron qui a été au centre de la grève déclenchée en 1924 par les allumettières de la E.B. Eddy. La compagnie avait alors décrété un dur lock-out qui durera trois mois. Une des exigences de la compagnie pour mettre fin au conflit était que Donalda Charron ne puisse pas réintégrer son emploi.


« La banque de toponymes féminins de Gatineau est victime de l’époque où le simple fait d’être un homme était suffisant pour reléguer une femme dans l’ombre. »
Raymond Ouimet, auteur et historien

« Le nom de cette femme est intimement lié à l’histoire ouvrière de Gatineau, explique Mme Villeneuve. Elle a mené la première grève de femmes. L’honorer serait aussi une façon de rappeler l’importance du syndicalisme dans la région. De toutes mes recherches, Donalda Charron est le nom qui ressort le plus. Elle a marqué son époque et sa ville. Ce sont des gens comme elle qui font évoluer des communautés et des sociétés, des gens qui se battent jour après jour pour leurs prochains et pour leurs convictions. »

Marie-Thérèse Archambault

Raymond Ouimet reconnaît que le nom Donalda Charron doit être inscrit d’une manière ou d’une autre dans la mémoire collective régionale, mais selon lui, son nom devrait être donné à une rue plutôt qu’à une bibliothèque. « C’est une femme du peuple, une femme de la rue, qui a mené des grèves, dit-il. Je crois que ce serait la meilleure façon de l’honorer. »

Selon lui, la future bibliothèque du Plateau devrait porter le nom de Marie-Thérèse Archambault. « Elle s’est démarquée dès l’adolescence pour son acharnement dans défense de la langue française et du droit d’être servie en français, rappelle-t-il. Je verrais bien ce nom au-dessus d’une bibliothèque. »

Les Gatinois ont jusqu’au 22 mars pour soumettre leurs propositions de toponymes pour la bibliothèque du Plateau. Ils peuvent remplir le formulaire en ligne sur le site de la Ville ou se rendre dans une des bibliothèques municipales pour remplir le formulaire papier. Les noms retenus seront ensuite soumis au vote plus tard au printemps. Le conseil municipal aura ensuite le dernier mot.

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QUATRE SUGGESTIONS

Marie-Thérèse Archambault

Née à Hull en 1904, elle deviendra la première femme laïque en Amérique du Nord à obtenir, en juin 1932, un doctorat en philosophie. Elle se démarque toutefois dès l’âge de 13 ans en suscitant l’admiration de toute la communauté francophone de la région en exigeant, en 1917, d’être servie en français au comptoir de la compagnie de tramways d’Ottawa. L’histoire, rapportée par Le Droit, fera le tour du Québec. Elle décède à Montréal en 1960.

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Marie Crevier (soeur Cécile)

Religieuse de la Providence, elle travaille à l’hôpital du Sacré-Coeur lorsque l’institution était située sur la rue Laurier, à l’endroit où passe aujourd’hui le pont Cartier-Macdonald. Le 25 décembre 1928, un incendie se déclare dans la chute à linge de l’immeuble. Malgré le danger et l’urgence de la situation, soeur Cécile demeure dans l’immeuble et sauve de nombreux bébés de la pouponnière. Elle décédera en combattant les flammes et en sauvant des vies.

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Laurette Larocque, alias Jean Despréz

Laurette Larocque

Née à Hull en 1906, cette écrivaine, metteur en scène et réalisatrice, fonde l’École de spectacle de Montréal. Elle joue dans le radio-roman Vie de famille et devient critique de théâtre. Mieux connue sous le nom masculin de Jean Despréz, dont une salle de spectacle porte le nom à Gatineau, Mme Larocque écrit plusieurs radio-romans, des pièces de théâtre. Elle dirigera, entre autre, des courriers du coeur tant à la radio, dans les journaux qu’à la télévision. Elle décède à Montréal en 1965. 

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Emma Massie

Née à Maniwaki en 1904, figure marquant du monde de l’enseignement à Hull, elle est enseignante de carrière et directrice d’école. Elle consacre sa vie aux enfants et professeurs de Hull. Elle fonde l’Association des instituteurs et institutrices laïques de Hull et sera présidente-fondatrice de l’Association des principaux d’école de l’Ouest du Québec. Elle décède en 2008, à Ottawa, à l’âge de 103 ans.

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Rosemonde Desjardins

Rosemonde Desjardins

Née à Hull en 1885, elle étudie au conservatoire de l’Université McGill, à Montréal, puis le piano et le chant à la Royal Academy de Londres, puis perfectionnera sa voix à Paris. Elle se produira à la salle Pleyel dans le duo d’Aïda. Elle décède sur la route de Bordeaux lors d’un bombardement en juin 1940.