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Le Groupe Heafey a finalement décidé de passer à l’action, après sept mois d’embûches et de délais pour obtenir l’autorisation de démolir deux immeubles.
Le Groupe Heafey a finalement décidé de passer à l’action, après sept mois d’embûches et de délais pour obtenir l’autorisation de démolir deux immeubles.

Un promoteur s’insurge contre un «Robin des bois»

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Le Groupe Heafey s’est fait pincer à démolir de vieux immeubles du centre-ville, cette semaine, sans avoir entre les mains le permis de la Ville de Gatineau pour le faire. C’est une fois de plus le militant Bill Clennett qui a dû jouer les inspecteurs et aviser le Service de l’urbanisme que son règlement était bafoué, en direct, au coin des rues Eddy et Wellington. Le promoteur admet qu’il savait très bien ce qu’il faisait.

Après sept mois d’embûches et de délais pour obtenir l’autorisation de démolir deux immeubles dont la disparition est annoncée depuis 2013 pour faire place à un complexe résidentiel de plusieurs centaines d’unités, le vice-président du Groupe Heafey, Charles Masse, en a eu assez. Il a envoyé les pépines sur le chantier le 11 mars. La Ville l’a avisé de son infraction dès le lendemain. Un ordre d’arrêt des travaux a été délivré. La machinerie a tout de même continué son travail de démolition sur le 41 et le 59-61 Eddy. Le Groupe Heafey a finalement reçu l’autorisation qu’il attendait mercredi, le 17. Il y aura à tout le moins une amende.

Tout est maintenant en règle, mais M. Masse est en rogne. Un peu contre la Ville qui, dit-il, l’a embourbé dans des éléments réglementaires au point où se conformer à la réglementation était devenue techniquement impossible.

« En août, on m’a donné un permis de démolition conditionnel à l’obtention de mon permis de construction, explique le promoteur. Mon permis de construction est lui conditionnel à la décontamination du site. Pour décontaminer, je dois excaver le terrain. Et pour faire l’excavation, j’ai besoin de mon permis pour démolir les deux immeubles qui restent dans cet immense stationnement. C’était inapplicable. C’était la maison des fous. »

Le projet du Groupe Heafey a été bloqué à trois reprises par le militant Bill Clennett.

Blocage systématique

M. Masse estime qu’il s’agissait d’une erreur administrative, sans plus, qui aurait pu se régler en quelques semaines. Ce qui l’irrite particulièrement, explique-t-il, c’est que M. Clennett a tendance à se servir d’erreurs de la sorte pour appliquer des « technicalités administratives » qui ne visent, selon lui, qu’à retarder les projets dans le centre-ville, les siens comme ceux des autres promoteurs.

« La loi est faite pour permettre aux gens qui le veulent vraiment de bloquer des choses, observe le promoteur. C’est correct. C’est pour empêcher les abus. Mais habituellement, les gens ne font pas retarder des projets par plaisir. M. Clennett est un spécialiste là-dedans. Cette fois, il a fait retarder notre projet de sept mois en contestant des technicalités réglementaires. Ça force la Ville à revoir ses affaires, à vérifier avec le contentieux et revenir avec une nouvelle formule réglementaire qui mène au même résultat. Il embourbe le Service de l’urbanisme. Ses blocages systématiques n’ont absolument rien ajouté à ce projet. Rien du tout. Ils n’ont fait que le retarder et mettre à risque l’arrivée d’une épicerie. Il s’amuse à jouer au Robin des bois de la veuve et l’orphelin. » M. Masse déplore l’attitude de M. Clennett qui polarise, dit-il, le milieu des affaires et la communauté.

Le Groupe Heafey a envoyé les pépines sur le chantier du 41 et du 59-61 Eddy le 11 mars dernier.

« Ce monsieur qui voulait devenir maire »

Bill Clennett est habitué à ce que les promoteurs immobiliers soient fâchés contre lui. « Charles Masse a le droit d’être en maudit contre moi, ça le regarde, mais moi aussi je suis en maudit. Ce qui me fâche c’est à quel point la Ville de Gatineau n’arrive pas à respecter et faire respecter sa propre réglementation. Ce monsieur qui voulait peut-être devenir maire se fait ordonner par la Ville d’arrêter son chantier et continue de faire à sa tête, ça me choque », dit-il.

M. Clennett explique avoir fait retarder le projet du Groupe Heafey à trois reprises. Ses interventions qui touchaient aussi la volumétrie de l’immeuble et la protection du patrimoine environnant n’ont rien changé, mais techniquement, il avait raison. Chaque fois, la Ville a dû reculer et revoir le dossier, note-t-il. Le militant n’a d’ailleurs pas l’intention de lâcher d’une semelle le Service de l’urbanisme, dont il juge la gestion des règlements municipaux déficiente.

Le Groupe Heafey s’est fait pincer à démolir de vieux immeubles du centre-ville, cette semaine, sans avoir entre les mains le permis de la Ville de Gatineau pour le faire.

« Il doit y avoir un autre promoteur fâché contre moi », lance M. Clennett en faisant référence au Groupe Sheiner, qui projette la construction de deux immeubles résidentiels où se trouve l’ancienne maison funéraire Serge Legault, sur le boulevard des Allumettières.

« Ça fait trois fois que je bloque ce projet, dit-il. Je ne suis pas fier de ça. C’est horrible de devoir faire ça. Mais la Ville a tenté de modifier le zonage d’une zone par le biais d’une dérogation mineure. C’est illégal de faire ça. J’ai avisé le conseil juste avant l’adoption et le projet a été retiré. Je sais que ce promoteur sera fâché contre moi, mais moi c’est la Ville que je pointe du doigt. Que se passe-t-il à l’urbanisme ? Pourquoi la Ville n’arrive pas à se développer en respectant sa réglementation ? »

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