Suzanne St-Jacques réside sur le tronçon ouest du chemin du 6e rang.

Un pont condamné depuis une décennie entre Gatineau et Val-des-Monts

Forcés de faire un détour depuis une décennie en raison de la fermeture d’un pont aux limites de Gatineau et Val-des-Monts, des résidents et commerçants du chemin du 6e Rang se considèrent « laissés pour compte » et ont hâte que quelque chose bouge dans ce dossier.

Le petit pont qui enjambe la rivière Blanche sur la portion de ce chemin à l’est de la route 366 est inaccessible depuis 2009 pour des raisons de sécurité. À l’époque, une culée de la structure se serait déplacée en raison du passage de camions lourds. Les approches du pont, qui est sous la responsabilité de la Ville de Gatineau malgré sa situation géographique limitrophe, étaient aussi sensibles à l’érosion, disait-on.

Alors conseiller du district Rivière-Blanche, Yvon Boucher avait en vain, en 2011, proposé que le coût soit divisé entre Gatineau, Val-des-Monts et le gouvernement provincial.

Huit ans se sont écoulés depuis et l’impatience gagne du terrain pour certains citoyens, dont Suzanne St-Jacques, qui réside sur le tronçon ouest du chemin du 6e Rang, mais qui se déplace fréquemment à l’autre extrémité.

« On est sans réponses depuis plusieurs années. Il me semble qu’on a été patients et que ce serait le fun que les choses débloquent. Tout le monde se lance la balle. On a posé des questions au début, mais on a cessé, car personne ne pouvait nous donner de réponses claires. Je comprends que c’est à la limite entre deux municipalités, sauf que je ne vois pas pourquoi Gatineau n’aurait pas les moyens de débourser sa partie », lance-t-elle.

Les habitants du secteur ou les gens qui doivent se rendre à des commerces tels que la Ferme aux Saveurs des Monts ou le Club de golf Le Sorcier sont contraints de faire un détour par la montée Dalton ou le chemin Dufresne, plus au sud, ou encore par la rue Mitchell, au nord, au milieu d’un quartier résidentiel.

« C’est malcommode et je suis certaine que les gens dans ces rues-là sont aussi tannés. Il a fallu que des dos-d’âne y soient installés, de gros camions passent là-bas », ajoute Mme St-Jacques.

Le propriétaire de la Ferme aux Saveurs des Monts, Sylvain Bertrand, soutient qu’il se sent « désabusé » par rapport à ce dossier, blâmant surtout la signalisation qu’il juge déficiente.

« Encore aujourd’hui, il ne se passe pas une journée sans que quelqu’un nous dise que Google ou le GPS leur a indiqué un chemin qui laissait croire que le pont est toujours ouvert. C’est certain que ça nous touche. Il y a des gens qui me disent qu’ils ne reviendront plus à cause de cette confusion. Les ventes ont baissé, c’est palpable. Environ 20 % de notre clientèle provient d’Ottawa et n’est pas toujours familière avec l’itinéraire », se désole l’homme d’affaires.

Le dossier relancé ?

Le conseiller municipal gatinois Jean Lessard soutient qu’il avait tenté de ressusciter le dossier à la suite de son élection en 2013, l’ex-ministre régionale Stéphanie Vallée lui mentionnant par exemple qu’une entente de financement tripartite pourrait être une avenue envisagée. Le projet était tombé à l’eau. La facture était alors estimée à deux millions $.

« Il y avait eu une résolution pour que Val-des-Monts fournisse un montant, mais ça avait été refusé », dit-il.

Six ans plus tard, l’élu souhaite ramener la question sur la table en discutant avec le député de Gatineau, Robert Bussière, qu’il doit rencontrer à la mi-octobre.

« Je ne veux pas lancer la serviette. Qu’on le veuille ou non, il va falloir prendre une décision à un moment donné : on l’enlève ou le répare », affirme M. Lessard, qui tient à dire que malgré le détour, les normes sont respectées en matière de temps de réponse aux appels d’urgence.

Le conseiller avoue qu’il est « malheureusement impensable » que la Ville de Gatineau puisse assumer le coût des réparations à part entière.

Quant au maire de Val-des-Monts, Jacques Laurin, il soutient être ouvert à s’asseoir pour discuter de ce cas « qui est dans les limbes, entre deux eaux ».

Un scénario déjà vu.

« C’est un chemin limitrophe et ça traîne depuis le temps de Marc Carrière (ancien maire et ex-député de Chapleau). J’aimerais ça que ça se règle, même si le coût est assez faramineux. Je suis prêt à en discuter avec Gatineau et le MTQ. Peut-être qu’on pourrait régler ça avec le gouvernement », conclut-il.