Robert Gratton est bien connu dans le milieu de l’habitation coopérative de Gatineau.

Un poids lourd du milieu coopératif gatinois sous le feu des critiques

Quiconque a gravité autour du milieu de l’habitation coopérative dans les 30 dernières années sait qui est Robert Gratton. Il a habité dans plusieurs coopératives de Gatineau. Considéré comme le poids lourd de l’organisme Habitat urbain de l’Outaouais (HUO) au sein duquel il est administrateur et agent de liaison pour plusieurs coops, M. Gratton est réputé pour sa fine connaissance de l’environnement légal du milieu et pour sa capacité à s’en servir pour arriver à ses fins.

Ancien comptable du gouvernement fédéral maintenant à la retraite, il a redressé la situation financière de nombreuses coopératives au fil des ans. En 2013, il a mené à terme l’épineux et très complexe dossier des baux emphytéotiques qui opposaient plusieurs coopératives de Hull à la Ville de Gatineau. Certains n’hésitent pas à le décrire comme un « véritable monument ».

Si tous reconnaissent sa capacité à redresser une coopérative qui vit des difficultés, plusieurs lui reprochent ses méthodes cavalières qui flirtent souvent, selon eux, avec l’intimidation et l’abus de pouvoir.

Au cours des dernières semaines, Le Droit a été interpellé par plusieurs personnes qui ne se connaissaient pas au départ et qui sont essentiellement toutes des locataires ou des administrateurs dans des coopératives différentes. C’est ensemble, sous la recommandation de l’avocat spécialisé dans le droit de l’habitation coopérative, Me Raphaël Déry, qu’elles ont accepté de parler publiquement de ce qu’elles ont vécu dans les derniers mois et les dernières années.

« Climat de peur »

Le Droit a recueilli leurs témoignages lors d’une rencontre de plus de deux heures, à la fin juin. Elles affirment sans détour que M. Gratton abuse de son pouvoir et de son autorité au sein de certaines coopératives pour y imposer « sa loi » et y instaurer un « climat de peur » qui transforme souvent l’endroit en « environnement toxique » où règne un déficit démocratique.

Ces personnes rappellent que les coopératives d’habitation accueillent beaucoup de personnes âgées, ainsi que des ménages vulnérables financièrement. Les clientèles des coopératives, disent-elles, ne sont pas toujours outillées pour faire respecter leurs droits.

« Robert Gratton arrive à imposer son pouvoir et ses façons de faire parce que beaucoup de gens refusent de parler, parce qu’ils ont peur des représailles et à la limite de se faire expulser de leur logement, affirme l’adjointe administrative de la coopérative Reboul, Caroline Brunet. Si les gens cessent d’accepter ça et qu’ils se lèvent pour dénoncer ce genre de tactiques, il n’aura plus le choix de se retirer. Il nuit au bien-être de beaucoup de monde et ça envoie un mauvais message de ce qu’est le modèle de l’habitation coopérative. »

Intervenants, élus : même portrait

Le Droit a contacté plusieurs intervenants du domaine du logement et du milieu coopératif depuis deux semaines. Plusieurs élus ont aussi été interpellés. Tous ont souhaité conserver leur anonymat, sauf la conseillère Audrey Bureau.

Le portrait qu’ils brossent du personnage est toujours le même. Robert Gratton est un homme tenace, qui connaît la législation des coopératives sur le bout de ses doigts, qui sait se faire entendre et se faire écouter, et qui arrive habituellement à ses fins.

L’envers de la médaille dépeint par ces gens est moins positif. Il est perçu comme quelqu’un qui « voit des complots partout », « qui verse rapidement dans les attaques personnelles », « qui n’accepte pas de se faire dire non » et qui « n’est pas très constructif » au sein des différents forums regroupant les partenaires du milieu du logement. Son style abrasif, dit-on, en incommode plusieurs.

Robert Gratton a été rencontré par Le Droit à la fin du mois de juin. Dès le début de l’entrevue qui a duré plus d’une heure, M. Gratton a cru bon servir une mise en garde au journaliste contre les risques de diffamation et a affirmé qu’il n’hésiterait pas à lancer des poursuites s’il sentait que des gens tentent de nuire à sa réputation. Au cours de l’entretien, cependant, M. Gratton s’est surtout évertué à attaquer personnellement les gens qui le critiquent plutôt que de tenter de réfuter leurs affirmations.