Michel Riberdy, président de la Société d’histoire de Buckingham.

Un passé en danger

«Des projets pertinents à financer, tout le monde en a. Les gens vont se demander: pourquoi investir dans les musées, dans le patrimoine? Ils vont dire que ce ne sont que des vieilleries. Si on commence à se détourner de notre patrimoine, on va le perdre. Et finalement, c’est notre identité qu’on aura complètement perdue.»

Président de la Société d’histoire de Buckingham, Michel Riberdy sonne l’alarme depuis déjà un bon bout de temps. Le patrimoine gatinois et de l’Outaouais est riche, encore bien conservé, mais trop souvent avec les moyens du bord. Certaines réserves d’artefacts ne sont pas munies de gicleurs. D’autres oui, mais dans des salles où on entrepose aussi des biens documentaires, de vieux livres ou encore des registres. Une simple malchance, et ce sont des pans entiers de l’histoire de la région qui disparaissent. 

«La priorité, c’est un espace d’entreposage commun, pour tout le réseau. Il nous faut un espace pour accueillir les éléments qui ont une véritable valeur historique pour Gatineau et la région. On en a besoin.»

M. Riberdy explique que peu à peu, les gens prennent conscience des éléments patrimoniaux qui les entourent et de l’importance collective qu’ils peuvent avoir. «Il y a de plus en plus de gens qui font des dons aux sociétés d’histoire, dit-il. Il faut être équipé pour recevoir ça. Il faut être en mesure de bien évaluer la valeur historique de ce qui nous est donné.»

Un des problèmes que vit le milieu du patrimoine dans la région, c’est l’incapacité financière pour les organismes de se payer des ressources professionnelles en matière de conservation, de muséologie et de gestion. Au Musée de l’auberge Symmes, Gilles Laroche raconte que tout l’inventaire de leur collection a été entré à la main, essentiellement par des bénévoles, sur des fichiers informatiques rudimentaires.

«Les sociétés d’histoire sont nourries par des bénévoles et quand elles sont chanceuses, elles vont tomber sur quelqu’un qui a de l’expérience, ajoute M. Riberdy. Avoir l’aide de gens qui ont une passion c’est magnifique, mais nous avons aussi besoin de professionnels qui ont des connaissances et des expertises. 

Musée régional

Le milieu du patrimoine rêve à un musée régional depuis longtemps, mais ce n’est que depuis 2015 qu’il s’est officiellement organisé pour atteindre son objectif. La mobilisation se fait autour du Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais qui porte le ballon et prépare le terrain. 

M. Riberdy estime que l’inventaire du patrimoine mobilier qu’est en train de faire la Ville de Gatineau sera un outil important pour convaincre Québec d’investir dans un futur musée régional. Bien des étapes sont encore à franchir et l’année 2018, une année électorale au provincial, semble avoir quelque chose d’enthousiasmant pour bien des gens dans le milieu du patrimoine de l’Outaouais.

L’histoire portée à bout de bras par des bénévoles et des passionnés

Le milieu du patrimoine de l’Outaouais est pratiquement laissé à lui-même par le gouvernement du Québec, forçant des bénévoles et une poignée de passionnés à porter le fardeau de préserver et mettre en valeur les morceaux de notre histoire régionale collective. 

Il n’y a pas une région qui reçoit moins de Québec, par habitant, que l’Outaouais pour financer ses arts, sa culture et son patrimoine. Dans de telles conditions de financement public, ce qui reste pour le patrimoine, les institutions muséales et les archives est carrément minuscule. 

Le Réseau du patrimoine de Gatineau et de l’Outaouais indique qu’en 2014, seulement 0,2 % du maigre budget que recevait la région était destiné au patrimoine. C’est moins que toutes les autres régions intermédiaires comme l’Estrie et la Mauricie. C’est moins que dans les régions éloignées comme l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord. C’est moins que partout ailleurs.

En fait, aucune institution muséale de l’Outaouais ne reçoit de soutien récurrent du ministère de la Culture pour son fonctionnement. La situation est telle que « la survie des artefacts et des collections est menacée par l’absence d’expertise en muséologie au sein des institutions et en l’absence d’un environnement convenable pour l’entreposage de celles-ci, soutient le Réseau du patrimoine. Malheureusement, l’essoufflement et l’absence d’une relève bénévole fragilisent les organismes et peuvent entraîner l’épuisement, voire la fermeture, de ces institutions. »

Il y a bien des enveloppes financières ponctuelles ici et là pour la région. C’est d’ailleurs le cas actuellement à Gatineau. Une enveloppe de 150 000 $ sur trois ans doit servir à des initiatives liées au patrimoine. Une bouffée d’oxygène attendue depuis bien des lunes.

Dans son dossier de présentation sur la situation muséale en Outaouais, publié en janvier dernier, le Réseau du patrimoine brosse le portrait d’un milieu dont les besoins sont presque primaires. Le milieu du patrimoine a besoin d’un espace de stockage convenable qui respecte les normes de conservation en vigueur, il a besoin d’avoir accès à des ressources et de l’expertise professionnelle dans le domaine et requiert de l’aide d’urgence en matière de gestion administrative.