Le parc des Soeurs-Maristes dans le quartier Mont-Bleu, à Gatineau.
Le parc des Soeurs-Maristes dans le quartier Mont-Bleu, à Gatineau.

Un parc de Gatineau perd son âme

Charles-Antoine Gagnon
Charles-Antoine Gagnon
Le Droit
Le démantèlement sans avertissement d’une zone de jeux pour enfants dans un parc par un entrepreneur embauché par la Ville de Gatineau choque des résidents du quartier Mont-Bleu qui voient leur petit lieu de rassemblement et d’amusement pour leurs enfants et petits-enfants anéanti.

«C’était un endroit qui permettait de tisser des liens dans la communauté, a expliqué Micheline Poirier au sujet de la zone pour enfants au parc des Soeurs-Maristes. Ça vient nous enlever une petite vie de quartier qui, il me semble, la Ville essaie de promouvoir.»

«Nos petits-enfants étaient à une garderie en milieu familial sur notre rue (rue de la Soeur Éléonore-Potvin). La dame y allait tous les jours avec les enfants en fin d’après-midi», a continué son conjoint, Luc Richer, qui, avec Micheline, amenait aussi leurs petits-enfants jouer dans le parc.

L'aire de jeux contenait notamment un ensemble de balançoires, deux glissoires, un carré de sable et une table à pique-nique. Elle a été «rasée» le 24 juillet.

La conseillère municipale du district de l’Orée-du-Parc, Isabelle N. Miron, dit avoir appris au cours de la dernière année que le parc était condamné pour des raisons de sécurité puisqu’il est dans un endroit où il y a possibilités de glissement de terrain, mais elle dit qu’on ne lui avait donné aucune date quant au démantèlement des équipements. Elle a indiqué avoir été informée de la démolition après coup.

«Avec ce genre de travaux, on fait affaire avec des sous-contractants. La personne à qui on a donné ce contrat et qui devait le faire dans l’été avec un avis, et bien cette personne a saisi une opportunité. Peut-être qu’un contrat a été annulé ou je ne sais pas trop. Elle a eu le temps de le faire et l’a fait. Les gens qui étaient au courant au Centre de services de Hull ne savaient pas qu’ils étaient censé me prévenir. Tout ça s’est passé pendant qu’il y a des vacances. C’est au niveau de la chaîne de communication qu’il y a eu un manque», a expliqué Mme Miron, qui s’est dite attristée et fâchée de la situation, elle qui fréquente le parc avec ses enfants.

«J’ai du mal à m’expliquer qu’on trouve urgent d’enlever des balançoires en plein été, en pleine Covid, mais je pense que c’est un concours de circonstances malheureux qui a fait que les choses se sont passées comme ça», a-t-elle continué.

La zone de jeux du parc des Soeurs-Maristes a été «rasée» le 24 juillet dernier.

Mme Miron devait tenir une rencontre publique au printemps pour annoncer aux gens que le parc pour enfants allait disparaître et pour les consulter sur ce qui pourrait être fait à la place, mais la COVID-19 a bousculé ses plans. Elle attend maintenant d’obtenir des informations techniques sur ce qui peut être fait sur le terrain pour ensuite tenir une assemblée de consultation publique.

«Il est dangereux le terrain, mais je pense qu’il y a moyen d’installer peut-être un peu de mobilier urbain dans un endroit du parc sécuritaire», a-t-elle partagé.

M. Richer exprime du scepticisme quant au danger pressant du terrain. Si les risques étaient élevés, a-t-il dit, pourquoi les résidents n’en n’ont pas été informés, s’est-il demandé, tout en précisant que, selon la conseillère Miron, ça faisait deux ans que ça se discutait.

«Je suis surtout déçu du fait que nous avions un petit parc où on allait avec les enfants et que du jour au lendemain, sans avertir personne, la Ville décide de tout raser. Je suis arrivé sur les lieux et il y avait deux grosses machines, des grosses grues, et que tout avait été arraché», a relaté M. Richer.

«Ça fait des années que le parc est là, et il n’y a jamais eu de problèmes rapportés dans le coin», a-t-il continué.

«Je voudrais que la Ville revienne assez rapidement avec tout simplement un plan pour mettre en place des structures semblables sur le terrain. Peut-être qu’elle trouve que l’emplacement était plus risqué. À ce moment-là, qu’elle les déplace. C’est quand même un assez grand terrain», a poursuivi M. Richer.

Mme Poirier a indiqué que des gens à qui elle a parlé sur la rue étaient bouche bée par la situation.