Un projecteur développé par Thomas Edison lui-même.

Un morceau du génie d’Edison est retrouvé

La série Raconte-moi un objet, sous la plume du journaliste Mathieu Bélanger, et présenté jusqu’au 30 décembre, vous fera découvrir des morceaux de notre patrimoine collectif qui étaient parfois demeurés bien cachés. Le Droit a eu un premier accès exclusif à une petite partie de l’inventaire du patrimoine mobilier de la Ville de Gatineau, actuellement en préparation. Grâce à des recherches documentaires, nous avons été en mesure de replacer ces artefacts dans leur contexte historique et culturel afin de vous proposer un petit voyage dans le temps. Bonne lecture.

Ça dormait dans une petite pièce, au sous-sol du centre de services de Buckingham depuis on ne sait trop combien d’années. Certainement plusieurs décennies. Le premier projecteur de la toute première salle de cinéma de Buckingham ouverte en 1908. Il est entier et pourrait probablement encore fonctionner. 

Il s’agit d’un projecteur développé par Thomas Edison lui-même. Il date de 1901. Il a été acquis d’un fournisseur aux États-Unis par la famille Croisettière qui était propriétaire du cinéma, une petite salle d’environ 30 places à l’intérieur du Bloc Cameron. L’immeuble n’existe plus aujourd’hui. Il était situé juste à l’entrée du pont Brady, sur la rue Principale. 

On peut aisément penser que l’appareil a projeté les images de Danse indienne, le premier film tourné au Québec en 1898. Il s’agit d’une petite « vue » d’à peine une minute. Le lieu de tournage a été formellement identifié en 1994 comme étant la réserve mohawk de Kahnawake. 

Ce film a fait le tour de la province. C’est aussi fort probablement par ce projecteur que les bûcherons, mineurs et résidents de la Vallée-de-la-Lièvre ont découvert avec effroi les horreurs de la Première Guerre mondiale. Comme tous les cinémas, celui de la famille Croisettière diffusait aussi les images rapportées du front. 

« C’est une pièce rare, affirme fièrement Michel Riberdy, président de la Société d’histoire de Buckingham. L’appareil n’utilise pas une lampe à filament comme celle inventée par Edison, mais un arc électrique produit par deux électrodes de carbone. Ça produit la même lumière que des travaux de soudure. C’est très vif, mais c’est très chaud aussi. C’est pour ça que toute la partie arrière du projecteur est en métal. »

Aux États-Unis, ces projecteurs — et la façon dont Thomas Edison se sert de ses brevets pour monopoliser la nouvelle industrie qui prend naissance — sont directement à l’origine de la naissance d’Hollywood. Incapables de faire quoi que ce soit sans respecter la propriété intellectuelle de l’inventeur, des artisans de la côte est s’expatrient le plus loin possible à l’Ouest, à l’abri de l’application de ce type de considérations légales.

L’objet est exposé au musée de la Société d’histoire de Buckingham.