Les haches et les scies à l’huile de coude ont agi en rois et maîtres sur les chantiers forestiers de la région pendant plus d’un siècle.

Un monstre à faire rougir d'envie Jos Montferrand

La série Raconte-moi un objet, écrite par le journaliste Mathieu Bélanger et présenté jusqu’au 30 décembre, vous fera découvrir des morceaux de notre patrimoine collectif qui étaient parfois demeurés bien cachés. Le Droit a eu un premier accès exclusif à une petite partie de l’inventaire du patrimoine mobilier de la Ville de Gatineau, actuellement en préparation. Grâce à des recherches documentaires, nous avons été en mesure de replacer ces artefacts dans leur contexte historique et culturel afin de vous proposer un petit voyage dans le temps. Bonne lecture.

Les haches et les scies à l’huile de coude ont agi en rois et maîtres sur les chantiers forestiers de la région pendant plus d’un siècle. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est la Deuxième Guerre mondiale qui a signé le début de la fin de ce règne jusque-là incontesté.

L’évolution technologique s’est faite à vitesse grand V entre 1939 et 1945. Beaucoup de progrès ont été réalisés à cette époque, dans la miniaturisation des moteurs, et les bûcherons de l’Outaouais n’ont pas manqué d’en profiter, rappelle le président de la Société d’histoire de Buckingham, Michel Riberdy, en pointant du doigt l’un des premiers modèles de scie à chaîne pouvant être manipulée par une seule personne. Cette scie faite d'aluminium moulé au sable et pesant 36 livres a été produite en 1948 à Vancouver. Elle appartenait au beau-père de Roland Plouffe, qui en a fait don à la Société d’histoire de Buckingham.

Celui qui arrivait dans un camp forestier muni d’un tel outil devait certainement attirer l’attention de ses collègues. De quoi faire rougir le grand Jos Montferrand. « Ça devait avoir un coût assez élevé à l’époque, avance M. Riberdy. C’était relativement rare ce genre d’engin dans les camps forestiers, mais c’est une évolution industrielle qui va profondément transformer les attentes de rendement sur les chantiers. Cette scie s’est fait entendre dans de nombreux camps de bûcherons dans la région. Elle est intimement liée à notre histoire régionale. »

Si la scie à chaîne permettait aux travailleurs d’accélérer la cadence, elle ajoutait aussi un degré de dangerosité pour celui qui la manipulait. Le métier de forestier a été l’un des plus meurtriers de l’histoire de la région, note M. Riberdy. Au début du XXe siècle, on répertoriait environ un décès par jour dans les chantiers de l’Outaouais, rappelle-t-il.

« Il n’y a aucun élément de sécurité sur cette scie, explique M. Riberdy. Aujourd’hui, les scies à chaîne vont s’étouffer quand il devient trop difficile de faire tourner la chaîne. Ce type d’élément de sécurité n’existait pas sur les scies de 1946. » Ainsi, quand la chaîne bloquait, ou bien le moteur sautait au visage de son utilisateur, ou bien la chaîne se brisait et pouvait faire bien des ravages autour d’elle.

NDLR: Des précisions ont été apportées au texte, grâce aux informations portées à notre attention par Alain Lamothe, un collectionneur de scies mécaniques de la région.