En entrevue éditoriale avec Le Droit, il y a deux semaines, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a affirmé que les inondations de 2017 et 2019 ont clairement eu un impact sur la fonction publique.

Un millier de congés d’invalidité à la Ville de Gatineau depuis 2017

Près de 1200 congés d’invalidité ont été accordés à des cadres, des cols bleus et des cols blancs de la Ville de Gatineau depuis le 1er janvier 2017, a appris Le Droit. Ces données pourraient d’ailleurs revenir à la table du conseil municipal, ce jeudi, dans le cadre de l’étude du budget 2020, alors que les élus se pencheront, à huis clos, sur le dossier des ressources humaines.

Ces chiffres obtenus par le biais de la loi d’accès à l’information révèlent que c’est en 2018 que les cas d’invalidité ont été les plus nombreux avec 457 congés. D’année en année, c’est au sein des cols blancs que le nombre de congés prolongés est le plus élevé.

L’administration confirme observer une tendance « légèrement à la hausse », mais n’est pas en mesure de préciser ce qui en est la cause. Questionnée à savoir si les catastrophes naturelles des dernières années pourraient être une explication, une porte-parole de la Ville affirme qu’il est impossible de faire une corrélation entre les deux. Une invalidité est considérée par l’administration après quatre jours consécutifs d’absence. 

En entrevue éditoriale avec Le Droit, il y a deux semaines, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a affirmé que les inondations de 2017 et 2019 ont clairement eu un impact sur la fonction publique. « J’ai vu des gens épuisés, […] des gens ont dû prendre de longues vacances, d’autres sont encore perturbés par tout ça, c’est clair qu’il y a eu des conséquences », a-t-il mentionné.

Mais de là à faire une corrélation entre la légère hausse de l’invalidité et les inondations, il y a un pas que M. Pedneaud-Jobin ne veut pas franchir. « On n’a pas de rapport qui nous dit que c’est directement associé, dit-il. On peut en douter […], mais ça reste une impression. » Le maire ajoute que les données concernant l’invalidité ne présentent pas une situation hors norme.

Le président du syndicat des cols bleus, Denis Savard, croit que les deux inondations ne sont pas étrangères à l’augmentation du nombre de cas d’invalidité, mais il soutient qu’il ne s’agit pas de la cause principale. « À mon avis, c’est plutôt la désorganisation du travail qui fait mal, dit-il. C’est ça qui finit par user le monde. C’est sûr que pour certains les inondations sont devenues la goutte qui fait déborder le vase. La Ville continue de promettre des niveaux de services très élevés aux citoyens, mais ce n’est pas toujours en lien avec notre véritable capacité de livrer. Un moment donné, il va falloir que la Ville comprenne. On manque de bras. »

Organisation vulnérable ?

En 2018, l’étude approfondie du budget réalisée par le conseiller Gilles Carpentier révélait que « la Ville risquait d’atteindre un niveau critique de non-remplacement de postes, ce qui la placerait en situation de vulnérabilité dans sa prestation de services à la population ».

L’auteur de ce rapport affirme, un an plus tard, que les catastrophes climatiques vécues depuis 2017 forcent la Ville à se préparer à des récidives. « Il faut s’assurer d’avoir ce qu’il faut dans l’organisation pour que l’effet de cascade soit géré, dit M. Carpentier. Quand un directeur général adjoint se retrouve à devoir mener le centre des mesures d’urgence pendant deux mois, il y a assurément quelqu’un derrière qui va subir ça. Il faut que l’organisation soit suffisamment agile pour s’assurer de la continuité dans les opérations quotidiennes. »

Le maire Pedneaud-Jobin mentionne que le dossier des ressources humaines revient constamment au comité exécutif. « C’est une préoccupation, notamment dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre, dit-il. Les indicateurs qu’on regarde sont cependant plus vastes que les seules données sur l’invalidité. Les taux de vacances et les données sur le roulement de personnel sont pour moi des indicateurs qui parlent plus. Dans la mesure où nous comblons les postes et qu’il y a une stabilité de la main d’œuvre, les données sur l’invalidité ne sont pas très significatives à mon niveau. Moi, je regarde le résultat et le résultat c’est qu’on arrive à livrer ce qu’on doit livrer. »