Gatineau s’est appuyée sur un projet commercial d’OB Prestige Auto pour faire dézoner une terre agricole. Mais ce projet n’existe plus.

Un dézonage justifié par un projet fantôme à Gatineau

La Ville de Gatineau vient d’avoir gain de cause pour modifier le zonage d’une terre agricole devant permettre l’agrandissement d’un concessionnaire de voitures de luxe situé à proximité de la montée Paiement. Le Droit a cependant appris que ce projet commercial ne serait plus dans les plans du promoteur depuis au moins un an.

La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) a autorisé, le 4 septembre dernier, l’exclusion d’une zone agricole de 1,44 hectare appartenant à la Ferme Scullion. Ce changement de zonage pour lequel la Ville a multiplié les représentations devait permettre la vente du terrain à l’homme d’affaires Olivier Benloulou qui pendant un certain temps a évalué la possibilité d’agrandir son concessionnaire OB Prestige Auto, un commerce spécialisé dans l’exposition et la vente de voitures de grand luxe.

M. Benloulou, actuellement à l’extérieur du pays, n’a pas caché son grand étonnement lorsque mis au fait par Le Droit de l’utilisation par la Ville de Gatineau de son ancien projet d’agrandissement comme argument pour convaincre la commission d’autoriser le changement de zonage. « Tout ça est très surprenant, a-t-il lancé. Ça fait un an que ce projet d’agrandissement ne fait plus partie de mes plans. Le prix du terrain et les arrérages de taxes sont beaucoup trop importants pour que cet achat soit rentable. Je ne comprends pas pourquoi la Ville a continué d’utiliser ce projet pour obtenir l’exclusion de ce terrain de la zone agricole. Mon plan d’affaires pour OB Prestige Auto est tout autre depuis au moins un an. J’ai décidé il y a un an de me concentrer sur la rareté des modèles de voiture plutôt que sur le nombre. »

Revirement de situation

Cette décision de la CPTAQ se veut un important revirement de situation puisque la commission, en juin 2018, avait rejeté de manière préliminaire la demande d’exclusion faite par la Ville de Gatineau. L’Union des producteurs agricoles Outaouais-Laurentides s’était aussi opposée au changement de zonage en juillet de la même année. Même le comité consultatif agricole (CCA) de la Ville de Gatineau avait refusé, à l’automne 2017, de recommander la demande d’exclusion. Les fonctionnaires de la ville ont cependant réussi à convaincre le conseil municipal d’appuyer la demande en octobre 2017.

L’entrepreneur Olivier Benloulou

Le président du CCA, Jean Lessard, déplore cette décision. Selon lui, la volonté de la Ville de sacrifier une terre agricole pour permettre l’agrandissement d’un concessionnaire d’automobiles de grand luxe « envoie un bien mauvais message aux agriculteurs ». M. Lessard précise que ce lopin de terre offrait jusqu’en 2016 une production agricole appréciable. « Avec les changements climatiques, nos terres agricoles sont encore plus importantes et on se doit le plus possible de les protéger », dit-il.

Témoins de Jéhovah

La Ville de Gatineau a appuyé son argumentaire notamment sur le faible impact qu’aurait l’exclusion de cette terre sur le reste de la ferme à laquelle il est rattaché. « Un refus occasionnerait des manques à gagner considérables pour l’entreprise (OB Prestige Auto) intéressée à l’acquérir », a soutenu le représentant de la Ville de Gatineau devant la CPTAQ, en juin dernier. Ce représentant de la Ville a ajouté que l’exclusion permettrait aussi de doter le lieu de culte des Témoins de Jéhovah des services d’aqueduc et d’égout, en plus de pouvoir boucler ce secteur commercial.

Pour leur part, les propriétaires de la ferme ont mentionné que les constructions commerciales, résidentielles, autoroutières et institutionnelles à proximité du site nuisent au rendement de cette terre.

De fait, le drainage de la terre est très mauvais depuis la construction de OB Prestige Auto. Dans la décision de la CPTAQ, on peut y lire que les « fossés ont été bouchés lors de la construction des bâtiments commerciaux dont OB Prestige Auto, rendant le drainage de la terre inadéquat » et que « n’eût été la présence de cette eau qui perdure au printemps, le site serait probablement toujours cultivé ».