Les Gatinois ont répondu en grand nombre à l’appel de leur Ville afin de remplir des sacs de sable pour leurs concitoyens qui devront se battre contre la crue des eaux.

Un coup dans les genoux

ANALYSE / Les Gatinois doivent de nouveau se dresser contre les éléments. Le seul espoir de s’en sauver semble résider dans le fait que la météo n’est pas une science exacte. C’est mince. À l’heure actuelle, rien n’exclut que ce soit pire, plus long et plus dévastateur encore qu’en 2017. Si les pires scénarios appréhendés se confirment, les Gatinois devront puiser creux dans leurs réserves de résilience.

Ils devront aussi se poser de très sérieuses questions, une fois que l’eau se sera retirée.

La Ville de Gatineau et le gouvernement du Québec ont dû se partager une facture de près de 6 millions $ après les inondations de 2017. Ça n’inclut évidemment pas les millions de dollars en dommages aux propriétés privées et tout le reste qui ne se calcule pas, comme les vies brisées et l’impact qu’une telle catastrophe peut avoir sur la santé de ceux qui en font les véritables frais.

Jusqu’où un gouvernement, une ville et des citoyens peuvent-ils défier les changements climatiques ? Les scientifiques récemment réunis à Gatineau par l’Union des municipalités du Québec (UMQ) pour le sommet sur la résilience des villes face aux changements climatiques n’avaient pas d’excellentes nouvelles pour les citadins qui habitent en zones inondables. La cadence à laquelle se répètent des événements de ce type ne va que s’accélérer. Aucune municipalité ne peut se vanter, à l’heure actuelle, d’avoir toutes les infrastructures nécessaires pour faire face à un tel défi.

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Pas une solution viable

Bien du monde à la Ville de Gatineau ne voulait pas y croire, cette semaine, quand les premiers rapports inquiétants sont tombés. Une inondation qu’on ne voit qu’une fois tous les 100 ans, c’est une chose. Deux en trois printemps, avec une tornade au passage, c’est un coup dans les genoux de bien du monde.

En faisant référence aux sinistrés des inondations de 2017 à Gatineau, le premier ministre François Legault a affirmé à l’Assemblée nationale, mardi, que reconstruire en zone inondable n’était pas une solution viable. Le nouveau programme provincial d’indemnisation renferme d’ailleurs des mesures pour aider financièrement des gens qui voudront quitter définitivement des zones à risque d’inondations. Québec prévoit aussi plafonner le montant d’aide qu’il pourrait offrir à un citoyen qui serait victime d’inondations successives.

« Au fil des années, si la personne est toujours inondée et atteint un certain maximum financier (d’aide gouvernementale), on va lui dire : soit tu prends ce dernier chèque ou nous t’aidons à te relocaliser ailleurs », affirmait pour sa part la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, de passage en Beauce la même journée.

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Pas d’improvisation

Mais avant d’en arriver là, Gatineau va d’abord se défendre. Les citoyens, comme les autorités, ont appris de 2017. La réaction de la Ville de Gatineau, cette semaine, démontre qu’on a changé de ligue en matière de gestion de crise. L’improvisation ne fait pas partie du plan cette fois.

L’enrochement de routes, la livraison de sacs de sable, l’infrastructure de communication et même l’organisation des bénévoles sur le terrain ; rien n’est laissé au hasard. En 2017, le ministère des Transports du Québec (MTQ) et la Ville de Gatineau travaillaient avec les mêmes données, mais le ministère n’en faisait pas la même lecture. Résultat : le MTQ avait perdu l’autoroute 50.

Depuis, des clapets ont été installés aux égouts pluviaux qui desservent l’autoroute. Le MTQ a installé, vendredi, des barrières étanches pour bloquer l’eau en bordure de la route.

Cette fois, le maire Maxime Pedneaud-Jobin ne pourra pas se faire accuser d’avoir demandé l’aide de l’armée trop tard. Il a publiquement demandé, jeudi, à ce que des soldats soient prêts à être déployés sans délai si le besoin s’en fait sentir. Il serait aussi étonnant que la Ville retire ses enrochements aux premiers signes d’une accalmie comme elle l’avait fait en 2017.

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Un plan logement

L’eau finira par se retirer. Combien de gens devront être relogés ? Le taux d’inoccupation à Gatineau est de 1,2 %. Le marché du logement abordable ne s’est pas encore relevé des inondations de 2017 et de la tornade de septembre dernier. Une quinzaine de pères et de mères de famille sont venus le rappeler au conseil municipal, mardi. Un plan pour faire face à la crise du logement qui sévit actuellement à Gatineau fait partie de toutes les discussions entre le maire Pedneaud-Jobin et le gouvernement de François Legault. L’eau qui monte n’est pas une bonne nouvelle à ce chapitre.

Gatineau mettra encore un genou au plancher ce printemps, mais elle se relèvera, comme elle l’a fait en 2017. Aussi prête et organisée soit-elle, peut-elle réellement vivre ce genre de catastrophe naturelle à répétition ?