Un autre milieu humide en danger à Aylmer

Un dossier de protection de boisé n’attend pas l’autre à Gatineau. Celui de la forêt Deschênes n’est pas encore réglé que déjà, un nouveau fait surface. Il s’agit cette fois de remblayer un milieu humide et autoriser la coupe massive d’arbres sur un terrain, à Aylmer, pour faire place à encore un peu plus de condominiums.

Cette fois, c’est vers le 62-64 boulevard Lucerne que la conseillère d’Aylmer, Audrey Bureau, dirige les projecteurs. Ce dossier vient remettre à l’avant-scène «l’absence de protection des milieux humides sur le territoire de Gatineau, ainsi que la faiblesse de la réglementation municipale protégeant les arbres», estime-t-elle. 

Mme Bureau explique que ce terrain est presque entièrement constitué d’un milieu humide et contrairement à d’autres municipalités plus agressives, Gatineau continue de se référer au gouvernement pour déterminer quels milieux humides doivent être protégés et lesquels peuvent être détruits.

«Le propriétaire aurait déjà obtenu l’autorisation ministérielle afin de remblayer l’entièreté du milieu humide, se désole Mme Bureau. Là, comme c’est un boisé de protection, donc une zone où Gatineau juge qu’il y a un intérêt, le promoteur doit demander la permission au conseil de couper les arbres. La décision devra être rendue en août prochain. Moi, je vais m’opposer très fortement, je vais interpeller mes collègues et demander aux citoyens de faire valoir leur point de vue lors de la consultation publique par écrit.» La recommandation de l’administration est cependant d’autoriser la coupe massive des arbres sur ce terrain.

Ce dossier rappelle l’importance, selon Mme Bureau, du débat entourant la nécessite pour Gatineau de se doter d’une réglementation municipale qui la forcerait à prendre ses propres décisions quant à la protection des milieux humides plutôt que de s’en remettre à Québec. La Ville évoque un changement à la Loi sur la qualité de l’environnement survenu en 2017 pour remettre ce pouvoir entre les mains du ministère de l’Environnement. Cette position de la Ville est d’ailleurs vivement contestée par la Fondation de la forêt Boucher, une dizaine d’association de résidents et de nombreux citoyens. Tous demandent à la Ville d’emboîter le pas à la Ville de Laval, qui teste actuellement son propre règlement en la matière.

Mme Bureau est d’avis que Gatineau doit, à tout le moins, se doter d’un règlement intérimaire interdisant la destruction des milieux humides en attendant qu’un règlement permanent basé sur une catégorisation de tous les milieux humides du territoire soit adopté. Gatineau doit aussi donner plus de mordant à sa réglementation de protection du couvert forestier. Au cours des derniers mois, plusieurs élus ont dénoncé la faiblesse du règlement actuel qui se résume trop souvent, selon eux, à autoriser une coupe massive.

«La première étape était de reconnaître le problème, affirme Mme Bureau. Ce qui est inquiétant, toutefois, c’est qu’en attendant de faire les modifications, on continue de recommander au conseil municipal de raser tous les arbres. Ça n’a aucun sens.»

Pedneaud-Jobin consulte

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin a déjà fait savoir qu’il avait donné le mandat à son administration de vérifier si Gatineau peut légalement se doter d’un règlement municipal sur la protection des milieux humides. La possibilité de voter un règlement intérimaire en attendant la nouvelle réglementation permanente est aussi à l’étude. L’échéancier dans lequel l’administration devra présenter ses conclusions au conseil est cependant moins clair. 

«Je trouve ça intéressant de voir que des villes vont plus loin, dit-il. On est en train d’évaluer ça, voir si l’interprétation qu’on fait de la loi est trop rigide. On va peut-être suivre des villes comme Laval. Ça m’intéresse qu’on aille dans ce sens-là pour protéger nos milieux humides. On est en train de voir si ça passerait le test des tribunaux.»

Le maire a dit comprendre l’exaspération des citoyens de l’ouest de Gatineau devant le développement à vitesse grand V. «On est pris dans une philosophie de développement où on construit des maisons et qu’après on modifie nos infrastructures, dit-il. Les gens s’installent à un endroit en pensant que le boisé tout près va rester là, alors qu’il est déjà prévu qu’il y aura là du développement. Je comprends ce niveau d’exaspération là.»