La Ville de Gatineau a mis en place un crédit de taxes à la construction domiciliaire et un programme de subvention pour aider les familles et les premiers acheteurs à devenir propriétaires dans le centre-ville. Dix ans plus tard, l’objectif est encore loin d’être atteint et les outils fiscaux mis en place sont plus que jamais remis en question.
La Ville de Gatineau a mis en place un crédit de taxes à la construction domiciliaire et un programme de subvention pour aider les familles et les premiers acheteurs à devenir propriétaires dans le centre-ville. Dix ans plus tard, l’objectif est encore loin d’être atteint et les outils fiscaux mis en place sont plus que jamais remis en question.

Trop de gens seuls au centre-ville de Gatineau

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Attirer 10 000 nouveaux résidents dans le centre-ville en construisant 4000 nouveaux logements. C’était l’objectif premier du Plan particulier d’urbanisme (PPU) en 2009. Pour l’atteindre, la Ville de Gatineau a mis en place un crédit de taxes à la construction domiciliaire et un programme de subvention pour aider les familles et les premiers acheteurs à devenir propriétaires dans le centre-ville. Dix ans plus tard, l’objectif est encore loin d’être atteint et les outils fiscaux mis en place sont plus que jamais remis en question.

Entre 2009 et 2019, un total de 1518 logements sur les 4000 ciblés ont été construits. Près de 3000 autres sont déjà approuvés ou en voie de l’être, mais leur construction dépendra du marché de l’immobilier. Quant à l’arrivée de nouveaux résidents, le recensement de 2016 indiquait que la population du centre-ville, loin de croître au rythme souhaité, avait diminué de 5,2 %, passant de 12 275 à 11 640 personnes.

L’élu du quartier, Cédric Tessier, souligne que plusieurs nouvelles constructions ont vu le jour dans le centre-ville entre 2016 et 2020. Il ajoute que le recensement ne compte que les gens qui résident officiellement dans le centre-ville. « Il y a donc des centaines d’étudiants qui ne sont pas comptabilisés parce que leur adresse officielle est encore chez leurs parents », dit-il.

Ce qui ressort aussi du bilan du PPU c’est que le nombre de personnes qui habitent seules dans le centre-ville progresse beaucoup plus rapidement que le nombre de familles. L’enveloppe de 300 000 $ consentie au programme d’acquisition d’une propriété qui visait précisément à attirer des ménages avec enfant n’a même pas été entièrement utilisée. Au nombre des bénéficiaires, la Ville ne dénombre que dix familles et 34 premiers acheteurs.

À l’inverse, le crédit de taxes pour la construction domiciliaire a permis de verser près de 7 millions $ en subventions. Une vingtaine de projets résidentiels totalisant 842 logements en ont profité. Il s’agit cependant presque exclusivement d’unités de condominium. « Pour attirer des familles, ça va prendre plus que des unités d’une ou deux chambres, note M. Tessier. Ça prend des logements aménagés pour les familles. C’est certain que des tours à condos ce n’est pas ce qui va faire venir des familles, même si ça peut répondre aux besoins de certains ménages. »


« Les familles ont souvent tendance à plus s’investir dans le milieu que les personnes seules en condominium qui ne sont souvent que de passage »
Daniel Cayley-Daoust

Densité vs hauteur

La densité ne rime pas nécessairement avec bâtiments en hauteur, insiste M. Tessier. En ce sens, des bâtiments de trois étages qui abritent des familles font beaucoup plus pour la densité que des condos où habitent des gens seuls, dit-il. L’élu municipal estime que la Ville doit ajuster ses programmes de subvention pour favoriser d’autres styles de projets. « Actuellement, le crédit de taxe est fait de sorte que plus il y a d’étages, plus la subvention sera généreuse, explique-t-il. Il faut trouver le moyen de favoriser les plus petits projets qui s’adressent plus aux familles. »

Le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, milite pour la reconduction du programme de crédit de taxes actuel qui selon lui a favorisé le boom immobilier vécu depuis quelques années dans le centre-ville. « On peut bien être idéaliste et dire qu’on veut faire les choses autrement, mais c’est la loi du marché qui dicte ce qui se passe, affirme-t-il. On ne peut pas espérer qu’un propriétaire qui paie un terrain 170 $ du pied carré va faire disparaître un terrain de stationnement avec un petit immeuble de six logements. Il faut tenir compte de la réalité financière et du coût des terrains actuellement. »

Le président de l’Association des résidents de l’Île-de-Hull, Daniel Cayley-Daoust, estime que le programme de crédit de taxe a peut-être été un accélérateur de la crise du logement abordable dans le centre-ville. « Ce n’est pas anecdotique, dit-il. La spéculation immobilière, le prix des logements qui se construisent, l’augmentation du prix des terrains et le peu de disponibilité que ça donne en termes de logement abordable finissent par expulser les gens moins nantis du quartier. »

MM Psenak et Cayley-Daoust sont toutefois d’accord à ce que la Ville considère la reconduction et la bonification du programme qui permet aux familles d’acheter une première propriété dans le centre-ville. « Il y a des efforts supplémentaires à faire, note M. Psenak. Plusieurs maisons encore très bonnes peuvent être rénovées. Il faut aussi travailler sur ce front-là. » Attirer des familles dans le centre-ville est un impératif, ajoute M. Cayley-Daoust.

« Les familles ont souvent tendance à plus s’investir dans le milieu que les personnes seules en condominium qui ne sont souvent que de passage, avance-t-il. Plus de familles ont nécessairement des conséquences sur le tissu social et la vie de quartier. »