La Société de transport prévoit lancer un appel d’offres pour une nouvelle étude à la fin du mois de mars.

Transport en commun: une étude sans scénario final

Entamée en 2011, l’étude sur le transport en commun vers l’ouest de Gatineau qui vient d’être rendue publique est loin de permettre de savoir quel sera le scénario choisi. Il faudra attendre une autre étude, dont les résultats ne seront connus que dans un an.

Les citoyens qui attendaient depuis des mois de connaître le contenu de l’étude sur le transport en commun vers l’ouest pour savoir ce que réservera l’avenir devront prendre leur mal en patience, puisque rien n’est encore fixé.

Pour l’instant, le document permet de savoir qu’en fonction de l’analyse avantages-coûts, « un système rapide par bus (SRB) serait le mode à privilégier par rapport au tramway/système léger sur rail (train léger) ».

Or, un SRB « présente un risque important de saturation à long terme, et ce, malgré l’optimisation des ponts existants (Champlain, Chaudière et Portage), l’utilisation de véhicules de plus grande capacité et l’instauration de mesures préférentielles ».

Face à ce constat, la Société de transport de l’Outaouais (STO)  affirme devoir « aller plus loin pour identifier l’option la plus performante sur un long horizon en raison des investissements que cela va requérir ».

Un nouveau mandat devra donc être confié « pour s’assurer que la solution choisie permette un arrimage optimal avec le système d’Ottawa ».

La STO prévoit lancer un appel d’offres à cette fin dès le mois prochain, dans l’objectif de pouvoir octroyer un contrat vers la fin mai 2018.

La « définition du scénario optimal » sera ainsi connue en février 2019, tandis qu’il faudra attendre à mars 2020 pour la « conception préliminaire » de ce scénario.

À partir de maintenant, il faudra donc attendre entre sept et dix ans pour qu’un nouveau système soit en place dans l’ouest, a fait savoir la directrice générale de la STO, Line Thiffeault.

La présidente de la STO, Myriam Nadeau, estime que le rythme auquel avance la STO dans ce dossier devrait permettre qu’un projet soit soumis dans le cadre de la deuxième phase du Fonds pour l’infrastructure de transport en commun du gouvernement fédéral.

Deux axes

L’étude présentée vendredi permet tout de même d’établir qu’un seul axe ne sera pas suffisant pour répondre aux besoins futurs. Peu importe le mode de transport qui sera privilégié par la prochaine étude, les axes Aylmer/Alexandre-Taché et Allumettières/Maisonneuve devront être utilisés.

Il reste maintenant à déterminer si ces deux axes seront desservis par un SRB, ou si l’un deux accueillera un SRB et l’autre un tramway ou un train léger sur rail.

Line Thiffeault a souligné que d’ici à ce qu’un nouveau système soit en place,  la STO souhaite procéder à diverses améliorations sur son réseau dans l’ouest de Gatineau, notamment avec des mesures comme des feux prioritaires pour les autobus afin d’améliorer la fluidité de la circulation.

UNE RÉALITÉ FRONTALIÈRE IGNORÉE

La plus récente étude sur le transport en commun vers l’ouest de Gatineau ne comprenait aucune analyse spécifique sur l’arrimage possible avec le système de train léger sur rail d’Ottawa.

L’étude ayant reçu une subvention de 511 000$ du gouvernement du Québec a été réalisée en fonction des critères du ministère des Transports, ce qui ne permettait pas de dresser un portrait global en fonction de la réalité frontalière de Gatineau.

La présidente de la Société de transport de l’Outaouais (STO), Myriam Nadeau, a reconnu vendredi que le guide ministériel imposait des «limites» à l’analyse sur les possibilités d’arrimage avec le système ottavien.

«On ne peut pas tenir compte, dans ces critères d’analyse là, des déplacements de 40% des Gatinois dont le lieu de travail est à Ottawa et qui traversent», a-t-elle mentionné.

La présidente de la Société de transport de l’Outaouais, Myriam Nadeau

«Risque de saturation»

Bien qu’il soit déjà clair que l’option d’implanter uniquement un système rapide par bus ne permettrait pas de répondre aux besoins à plus long terme en raison d’un «risque important de saturation», Mme Nadeau ne veut pas tout de suite exclure ce scénario. 

«Je ne présumerai pas des résultats de [la prochaine] étude, et l’objectif, c’est justement d’avoir des données rigoureuses et qui tiennent compte de notre réalité», a-t-elle déclaré.

La conseillère du district d’Aylmer et présidente de la commission sur les transports de la Ville de Gatineau, Audrey Bureau, a aussi dénoté «des limites aux méthodologies» du ministère des Transports en ce qui concerne «la réalité frontalière de Gatineau».

Mme Bureau a confié avoir «peut-être une petite préférence» pour un train léger afin de permettre un arrimage avec les services d’OC Transpo, mais souhaite tout de même connaître les résultats de la prochaine étude avant d’établir clairement sa position.

Le député fédéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, a lui aussi émis «quelques réserves concernant la méthodologie de l’étude».

«L’étude ne prend pas en compte l’offre du gouvernement fédéral d’investir dans des projets novateurs de transport en commun, a-t-il souligné par voie de communiqué. [...] Les critères établis par Québec se fient seulement au bassin de population de notre côté de la rivière. Par contre, la Ville d’Ottawa, lorsqu’elle a produit son étude de faisabilité pour l’O-train, a pris en compte le taux d’achalandage de la grande région d’Ottawa-Gatineau. La STO devrait faire de même. Nous sommes une grande région et que par conséquent on doit tenir compte des gens qui travaillent de l’autre côté de la rivière et qui empruntent le transport en commun matin et soir.»

M. Fergus a tout de même tenu à féliciter le maire Maxime Pedneaud-Jobin et Myriam Nadeau «pour leur leadership d’avoir amorcé une deuxième étude sur la faisabilité d’un système sur rail qui prendra en compte les importants facteurs dont manque l’étude de la province».

L'ESTIMATION DES COÛTS

SRB - Système rapide par bus (sans le prix des autobus)

  • Au centre sur l’axe Aylmer-Taché, en rive sur l’axe Allumettières-Maisonneuve : 280 millions$
  • Au centre de l’axe Allumettières-Maisonneuve, en rive sur l’axe Aylmer-Taché: 200 millions$

Tramway/train léger (en incluant le garage et le matériel roulant)

  • Axe Aylmer-Taché, avec SRB en rive sur l’axe Allumettières-Maisonneuve: de 850 à 900 millions$
  • Axe Allumettières-Maisonneuve avec SRB en rive sur l’axe Aylmer-Taché: de 650 à 700 millions$ 

LES BESOINS DANS L'OUEST

  • À l’heure actuelle, le transport collectif engendre plus de 23 000 déplacements par jour.
  • La population croîtra de 22% d’ici 15 ans.
  • D’ici 2031, la demande en mobilité augmentera de 50% à l’heure de pointe du matin.
  • L’axe du boulevard Alexandre-Taché et du chemin d’Aylmer «est soumis à des conditions instables, ce qui se traduit par des retards et une grande variabilité des temps de parcours des autobus».

Source : STO