Transport à Gatineau: questions d'élus, réponses d'expertes

La science était à l’honneur, mardi matin, à la table du conseil municipal de Gatineau. Deux chercheures spécialisées dans les enjeux de transport, Catherine Morency, de la Polytechnique de Montréal, et Fanny Tremblay-Racicot, de l’école nationale d’administration publique, ont présenté au conseil les plus récentes théories en matière de transport. Les élus ont ensuite passé plus d’une heure à poser des questions aux deux universitaires. Cette discussion entre élus et scientifiques sur la question des transports avait été annoncée il y a un mois dans la foulée de la polarisation du débat sur un éventuel sixième pont entre Gatineau et Ottawa.

GILLES CARPENTIER

Il a dit avoir été frappé par l’exemple de la Ville de Seattle qui depuis 1990 a réussi à faire passer l’utilisation de l’autosolo sur son territoire de 75 % à 25 %. « Ça leur a pris plus de 20 ans pour obtenir ce succès, mais nous, ici, on voudrait aller vite, changer les choses rapidement », a-t-il souligné, ajoutant au passage les défis comme le cadre réglementaire en urbanisme, le milieu déjà bâti, les enjeux d’acceptabilité sociale et la gouvernance compliquée avec la présence de plusieurs paliers de gouvernement. 

Gilles Carpentier

Réponse de Mme Morency : « Le problème qu’on a souvent en transport c’est qu’on met une solution dans l’imaginaire collectif, mais le diagnostique n’est pas fait et le problème est généralement mal posé. Oui, il y a un problème de congestion, mais il faut surtout comprendre les impacts globaux des stratégies qui seront mises en place. On paie aujourd’hui pour les stratégies mises en place précédemment. »

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RENÉE AMYOT

Elle a rappelé que les automobilistes gatinois ont souvent une, sinon deux rivières à traverser pour se rendre au travail qui pour plusieurs se trouve au centre-ville d’Ottawa ou dans l’Île de Hull. « Est-ce qu’il y a une formule mathématique qui permet de déterminer si ce que nous avons en place actuellement suffit pour les besoins de déplacement des gens ? »

Renée Amyot

Réponse de Mme Morency : « Il y a de la capacité en masse dans votre réseau. Il faut avoir conscience des impacts de ce qu’on va implanter […] une autoroute offre une capacité très réduite pour la gestion de la circulation une fois qu’on rendu à destination. »

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JEAN LESSARD

Il a expliqué que dans son secteur, des gens qui utilisent leur voiture peuvent se rendre en huit minutes à un endroit, alors qu’il en prendra 47 minutes en autobus pour se rendre au même endroit. Il a noté qu’en dehors des heures de pointe, des autobus passaient aux deux heures à certains endroits. Selon lui, les délais de déplacement en transport en commun doivent être réduits.

Jean Lessard

Réponse de Mme Morency : « Il faut que l’accès soit confortable, que les conditions d’attente le soient, que le temps des trajets soit aussi confortable afin de permettre une valorisation du temps passé à bord. Les voies réservées sont une évidence. Le transport en commun doit avoir la priorité. Il ne devrait pas y avoir d’enjeu à expliquer aux gens que le transport en commun a la priorité sur la route. Un réseau efficace offre une fréquence aux dix minutes ».

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JEAN-FRANÇOIS LEBLANC

Il a voulu savoir quel serait l’effet si au lieu des ponts actuels, Gatineau n’en comptait que trois, un à l’est, un au centre et l’autre à l’ouest. 

Jean-François Leblanc

Réponse de Mme Morency : « C’est une question SIM CITY. Ma réponse c’est que ça ne se fera pas, c’est purement théorique. Je ne suis pas certaine de l’objectif de la question […] il arrive quoi si demain le prix du litre d’essence grimpe à 10 $ ? »

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DANIEL CHAMPAGNE

Pour lui, il y a l’idéal que lui ont présenté les chercheures et la réalité. « Dans mon monde à moi, au Costco, le samedi, ça me prend 45 minutes pour me trouver un stationnement. Dans mon monde, je conduis un VUS. Jeudi dernier, je revenais d’un événement en autobus. Il était 21 h et l’autobus était plein. Comment fait-on pour assurer une transition entre les décisions difficiles qu’on a à prendre, alors qu’on n’a pas encore été capable d’avoir les budgets nécessaires pour bonifier le transport en commun ? Comment, collectivement, fait-on pour assurer cette transition sur plusieurs années. »

Daniel Champagne

Réponse de Mme Tremblay-Racicot : « Oui, il y a les grandes théories, mais il y a aussi des gens pris dans le trafic le matin. Il faut d’abord travailler avec les employeurs qui sont responsables de bien des déplacements. »