Alain Massé croit que le milieu du patrimoine et de la culture de l’Outaouais doit parler d’une « infrastructure muséale » qui comprendrait évidemment une réserve régionale commune pour la conservation d’artefacts.

Transformer l’espace public en musée

Oubliez l’image classique que vous vous faites d’un musée. Si l’Outaouais obtient éventuellement le financement nécessaire à la création de son musée régional, la région devra s’éloigner des vieux concepts et plonger dans l’innovation.

C’est du moins l’avis du père de la cybermuséologie au Québec et chargé de cours à l’École multidisciplinaire de l’image de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Alain Massé. « L’idée qu’on a d’un musée régional est un concept qui doit être renouvelé, dit-il. Il y a présentement une muséalisation de l’espace public. On l’observe dans plusieurs grandes villes du monde. Les musées sont en train de développer l’espace public comme un véritable lieu de diffusion. C’est de plus en plus l’approche que préconisent les grands musées et les nouvelles technologies offrent de très nombreuses possibilités en la matière. »

Ainsi, plutôt que de parler d’un « musée régional », Alain Massé croit plutôt que le milieu du patrimoine et de la culture de l’Outaouais doit parler d’une « infrastructure muséale » qui comprendrait évidemment une réserve régionale commune pour la conservation d’artefacts selon les normes en vigueur, mais aussi un plan de main-d’œuvre permettant l’embauche de gens qualifiés dans la préservation, l’acquisition et la gestion des différentes collections. 

«Il faut aussi parler de toute l’infrastructure numérique et technologique muséale, dit-il. Il faut s’assurer de numériser nos collections, créer une base de données accessible à tout le milieu. Ça faciliterait la recherche et le développement des collections. Ça permettrait de déterminer avec plus d’assurance ce qu’on doit acquérir et conserver, et ce qui est moins pertinent pour nos collections.»

Un futur musée régional de l’Outaouais pourrait avoir un ou des lieux fixes où se déploieraient des expositions permanentes et temporaires, mais l’expérience ne doit pas s’arrêter là, insiste M. Massé. « Il faut créer des parcours historiques et patrimoniaux numériques, dit-il. Une base de données numérisée permettrait éventuellement de développer des jeux éducatifs et servir à nourrir des plans de cours dans les écoles. On pourrait créer des expériences numériques dans le centre-ville, ou dans différents endroits publics, directement dans la rue. Offrir des projections, développer des applications mobiles, des circuits interactifs. Les possibilités sont très nombreuses. C’est selon moi la direction à prendre. Il faut réinventer le modèle de musée régional. On ne peut pas uniquement se contenter de reproduire le modèle existant. Il faut réinventer tout le cadre. »