Selon le député Greg Fergus le projet de la boucle apporte une offre pour les deux côtés de la rivière, non seulement pour les utilisateurs du transport en commun de Gatineau, mais aussi pour les touristes.
Selon le député Greg Fergus le projet de la boucle apporte une offre pour les deux côtés de la rivière, non seulement pour les utilisateurs du transport en commun de Gatineau, mais aussi pour les touristes.

Tramway: Fergus préfère la boucle ferroviaire aux propositions de la STO

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Les options d’arrimage du tramway de Gatineau à Ottawa sur lesquelles planche la Société de transport de l’Outaouais (STO) depuis des mois n’auront bientôt peut-être pas plus de valeur que le papier sur lequel elles reposeront. L’exercice n’est pas encore terminé que déjà plusieurs acteurs du milieu économique et politique semblent leur tourner le dos et préférer un nouveau projet de boucle ferroviaire présenté officiellement cette semaine.

Le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus, est du nombre. Ardent défenseur depuis le début du projet de tramway porté par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, le député fédéral, ne cache pas son intérêt pour le projet d’arrimage des deux réseaux de transport en commun proposé par le groupe Les Amis de la Boucle. Cette nouvelle option serait plus simple à financer et à planifier pour le gouvernement fédéral que le plan d’arrimage avancé jusqu’à maintenant par la STO. Le projet consiste à faire circuler un tramway, celui de Gatineau, à l’intérieur d’une boucle ferroviaire qui emprunterait le pont du Portage, la rue Wellington qui deviendrait piétonnière, le futur pont Alexandra qui doit être reconstruit d’ici dix ans et la rue Laurier dans le centre-ville de Gatineau.

Le projet n’est pas nouveau.

Le Droit a publié un article à ce sujet en septembre 2019, mais cette semaine, il a reçu l’appui de nombreux ex-politiciens comme l’ancien ministre fédéral des Transports et chef du comité spécial des transports de la Ville d’Ottawa, David Collenette, l’ancien maire de Gatineau, Marc Bureau, les anciens maires d’Ottawa Jim Durrel, Jackie Holzman et Larry O’Brien, mais aussi de gens d’affaires influents dans la région de la capitale fédérale comme Jeff Westeinde de Zibi et Gilles Desjardins de Brigil. L’organisme Vision centre-ville et le Conseil régional de l’environnement et du développement durable (CREDDO) sont aussi du lot, tout comme la Chambre de commerce de Gatineau.

«Moins de maux de tête»

Déjà compliqué à aménager d’Aylmer jusqu’au centre-ville de Gatineau, en passant par le secteur du Plateau, le tramway évalué à plus de 2 milliards $ proposé par le maire Pedneaud-Jobin en 2018 atteint un niveau de complexité jamais vu au pays, tant pour le bouclage du financement que pour sa gouvernance, notamment parce qu’il doit traverser à Ottawa. Comment un projet financé en grande partie par le gouvernement du Québec et dont le maître d’oeuvre est une société de transport québécoise peut-il être construit et exploité en partie dans une autre province? Cette question demeure toujours sans réponse claire.

«Le projet de la STO, son intégration à Ottawa, présente beaucoup de paramètres très complexes qui restent encore à baliser», note M. Fergus.

Le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus

«Le nouveau projet de la boucle est peut-être la meilleure façon pour le fédéral de financer ce grand projet. Cette nouvelle version de l’arrimage est très intéressante et permettrait de régler bien des maux de tête qui ont été identifiés. La vision c’est que le fédéral assumerait entièrement les coûts de construction de la boucle et par la suite il y aurait une entente avec la STO pour qu’elle exploite l’infrastructure. La boucle représenterait la portion transport interprovincial du projet de tramway de Gatineau et le transport interprovincial c’est une juridiction entièrement fédérale qui doit donc être financée par le fédéral.»


« La priorité dans le dossier du tramway demeure d’obtenir l’appui du gouvernement fédéral pour le projet actuel. »
Maxime Pedneaud-Jobin

Le gouvernement du Québec s’est déjà engagé à financer 60 % du projet de tramway de Gatineau. M. Fergus précise que les sommes provenant de Québec permettraient de financer la partie du projet qui se trouve exclusivement en sol québécois. «Ça n’empêche pas du tout le fédéral d’être aussi présent comme promis pour cette partie de l’infrastructure, mais à l’intérieur de ce que permet le programme fédéral pour les infrastructures de transport en commun, tout en finançant complètement les travaux de la boucle», insiste-t-il.

C’est la première fois qu’un membre du gouvernement fédéral est publiquement aussi limpide quant aux intentions d’Ottawa pour le financement du projet de tramway de Gatineau. M. Fergus invite la STO à terminer l’analyse de ses options d’arrimage à Ottawa, à savoir un coûteux tunnel sous la rue Sparks ou une insertion en surface sur la rue Wellington avec plusieurs stations. «Je suggère quand même que la STO demande à une personne de son équipe d’explorer le projet de boucle afin de voir l’engouement que ça provoque et quel est l’appétit réel du gouvernement fédéral pour un tel scénario, dit-il. On parle d’une nouvelle option qui viendrait changer complètement la structure du projet qu’est en train de proposer la STO.»

Intéressant, mais pas prioritaire

Le maire de Gatineau continue d’affirmer que les options d’arrimage en analyse par la STO doivent être considérées comme prioritaires, devant le projet de la boucle. «Nous ne souhaitons pas retarder ces travaux, a-t-il indiqué dans une réponse écrite. Il importe d’aller de l’avant avec les corridors actuellement à l’étude, et non pas ajouter une troisième option. La priorité dans le dossier du tramway demeure d’obtenir l’appui du gouvernement fédéral pour le projet actuel.»

M. Pedneaud-Jobin ajoute que l’idée de la boucle est «intéressante», mais, dit-il, «pour une phase ultérieure et constituerait un bel ajout pour des besoins futurs». Selon lui, cet ajout n’est pas nécessaire pour répondre aux besoins actuels de l’ouest de Gatineau. Si le fédéral a un intérêt pour le projet de boucle, ajoute-t-il, qu’il en fasse l’analyse «à l’extérieur du cadre des travaux de planification en cours».

Sans s’adresser directement au maire de Gatineau, le député Fergus a rappelé qu’il peut parfois être hasardeux pour un politicien d’aller à contre-courant d’une volonté claire de la population. «J’espère que la population va voir que [la boucle] est la meilleure option et quand la population se met derrière un projet, souvent les politiciens suivent, a-t-il affirmé. Un politicien doit aussi faire attention avant d’empêcher la réalisation d’un projet derrière lequel la population et la communauté des affaires se rangent.»

Selon lui, le projet de la boucle va plus loin que les options de la STO et apporte une offre pour les deux côtés de la rivière, non seulement pour les utilisateurs du transport en commun de Gatineau, mais aussi pour les touristes. «C’est un projet qui viendrait créer des places publiques où il pourrait y avoir de l’activité commerciale et économique à longueur d’année, dit-il. Beaucoup de gens d’affaires s’associent à ce projet parce qu’ils voient comment il pourrait être rentabilisé tant au niveau commercial que culturel.»

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, a pour sa part rappelé qu’il y avait plusieurs options d’arrimage sur la table et que celle de la boucle venait s’y ajouter. Il a toutefois précisé que sa priorité était d’abord et avant tout de s’entendre avec les gouvernements provincial et fédéral pour financer la phase III du O-Train afin, dit-il, de pouvoir desservir équitablement les secteurs de Kanata, Stittsville et Barhaven.