Le député Marc Carrière (à droite), que l’on voit ici discuter avec le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin, n’est pas très à l’aise avec le projet proposé par le propriétaire de Toyota Gatineau, Normand Poirier.

Toyota Gatineau en zone inondable: «Ça lance un drôle de message», dit Carrière

Que la Ville de Gatineau envisage toujours d’autoriser un développement commercial majeur en pleine zone inondable à Pointe-Gatineau après le traumatisme qui a affligé ce quartier le printemps dernier « lance un drôle de message », affirme le député de Chapleau, Marc Carrière.

Ce dernier n’a pas caché son malaise face au débat politique qui occupe le conseil municipal dans le dossier du projet proposé par le propriétaire du concessionnaire d’automobiles Toyota Gatineau, Normand Poirier, prévu au 1415, rue Saint-Louis. Ce dernier souhaite y déménager son entreprise et y faire construire plusieurs bâtiments commerciaux. 

« Nous devrons tous, collectivement, faire beaucoup plus attention aux autorisations qu’on accorde dans ce secteur, avertit le député. Le gouvernement vient d’accorder une dérogation collective pour permettre la reconstruction dans ce quartier, mais la Ville a encore beaucoup de devoirs à faire. Elle devra nous fournir un plan de gestion des plaines inondables. Ça va prendre beaucoup d’experts. Ça va prendre beaucoup de données pour convaincre qu’il n’y aurait pas de danger avec [le projet de Toyota Gatineau]. »

Marc Carrière ajoute que le « traumatisme » qu’ont vécu les gens de Pointe-Gatineau, ce printemps, est bien réel. 

« Des gens ne peuvent pas reconstruire leur maison et juste à côté, on autoriserait un tel développement, dit-il. Je pense que les citoyens se sont prononcés sur ce sujet et leur message a été assez clair. » 

M. Carrière affirme qu’il prendra une position officielle dans le dossier lorsque la Ville fera une demande officielle pour modifier le schéma d’aménagement.

Blondin en faveur

Remblai illégal ou pas, opposition citoyenne ou pas, le président du comité consultatif d’urbanisme (CCU), Jocelyn Blondin, pour sa part, demeure de marbre et continue d’appuyer la demande de changement au schéma d’aménagement qui permettrait éventuellement d’autoriser le projet de développement commercial en zone inondable au 1415, rue Saint-Louis. 

Alors simple membre du CCU, M. Blondin a été aux premières loges, avant les élections, pour étudier le projet de l’homme d’affaires Normand Poirier. Malgré cela, il admet lui aussi avoir appris dans Le Droit, mercredi, que M. Poirier avait été visé par deux avis de non-conformité et mis à l’amende pour des travaux de remblai jugé illégal par le ministère de l’Environnement sur le terrain de la rue Saint-Louis.

« Je vais laisser ces choses-là au ministère, moi ma position n’a pas changée, je suis toujours favorable à la demande du promoteur pour modifier le schéma d’aménagement, a précisé M. Blondin. Je ne dis pas que ce n’est pas grave [remblai illégal], mais selon moi ça ne concerne pas la demande qui nous est faite. »

M. Blondin a aussi réagi à l’opposition au projet émise lundi par l’Association des résidents riverains de Jacques-Cartier Ouest. 

« Je trouve ça drôle les contestations dans ce dossier, a ajouté M. Blondin. Je me pose des questions. Les citoyens disent que ce terrain est une éponge pour le quartier. Il faudrait qu’on me prouve que c’est vrai. Certains s’opposent trop vite à mon avis. Il n’y a même pas de projet concret encore sur la table. Tout ce qui est demandé pour l’instant c’est un changement au schéma d’aménagement. »

« J'AI BEAUCOUP DE DIFFICULTÉ AVEC ÇA » — GILLES CARPENTIER

L’attitude du propriétaire de Toyota Gatineau, Normand Poirier, face aux condamnations du ministère de l’Environnement pour des travaux illégaux de remblai sur le terrain du 1415, rue Saint-Louis, irrite le président du comité exécutif de la Ville de Gatineau, Gilles Carpentier. 

Ce dernier a indiqué avoir appris dans Le Droit, mercredi matin, que M. Poirier a été sanctionné par Québec, en 2014, pour des travaux de remblai à proximité du ruisseau Moreau, en pleine zone inondable, sur le terrain qu’il souhaite aujourd’hui développer pour y aménager un ensemble commercial qui comprendrait son concessionnaire d’automobiles Toyota Gatineau. 

« Je n’étais pas au courant pour le remblai, je l’ai appris en faisant la lecture du journal ce matin, a indiqué M. Carpentier. J’ai beaucoup de difficulté à voir la banalisation que fait l’entrepreneur du fait qu’il a fait du remblai en disant que tout le monde au Québec le fait, et que tout le monde à Gatineau le fait. Ce genre de raisonnement ne colle pas à ma façon de voir les choses. Il va falloir que M. Poirier assume la responsabilité de ce qu’il a fait. »

Le conseiller municipal Gilles Carpentier a appris que M. Poirier a été sanctionné par Québec en lisant le journal mercredi matin.

Gilles Carpentier est l’un des élus indépendants de l’ancien conseil à avoir soutenu une première fois la demande de changement au schéma d’aménagement qui permettrait à terme le développement de ce terrain en bordure de l’autoroute 50.

« J’ai appris des choses dans le journal ce matin qui ne m’avait jamais été mentionné, a répété le président du comité exécutif. On sait déjà que ce terrain a été sérieusement inondé, c’est une information qu’on ne peut pas négliger. Je vais attendre les analyses des experts. Je vais attendre que le dossier soit présenté au conseil du 12 décembre. Je ne veux pas que ce dossier continue de traîner en longueur. Je comprends que Myriam Nadeau sera prête à nous présenter le résultat de sa consultation auprès des citoyens. »