Le terrain du 1415, rue Saint-Louis joue un rôle d’infrastructure naturelle qui absorbe l’eau dans le secteur, rappelle la conseillère du quartier, Myriam Nadeau.

Terrain de mésentente sur la rue St-Louis

Le projet de développement commercial proposé par le propriétaire de Toyota Gatineau, Normand Poirier, en zone inondable au 1415, rue Saint-Louis, fait craindre le pire aux citoyens du secteur.

Le Droit a appris que l’Association des résidents riverains de Jacques-Cartier Ouest s’est officiellement prononcée contre ce projet, lundi soir, lors de son assemblée générale annuelle. La présidente de l’association, Lucie Fortin, sera d’ailleurs présente au conseil municipal de mardi prochain afin de faire connaître aux élus la position des résidents du quartier. 

«Ce projet fait l’objet de discussion dans le quartier depuis un petit bout de temps et je ne connais personne qui est en faveur, insiste Mme Fortin. Ce terrain-là est inondé à chaque crue des eaux. Les gens craignent que l’eau ruisselle dans nos rues et les inondent de nouveau si le promoteur aménage ce terrain humide. Ça n’a pas de bon sens que la Ville permette de construire sur ce terrain après ce qui s’est passé ce printemps. Il y a des dizaines de propriétaires ici dont leurs maisons sont une perte totale à cause des inondations.»

La conseillère du quartier, Myriam Nadeau, qui s’est opposée à la demande de changement au schéma d’aménagement pour permettre le développement de ce terrain, entend continuer de s’opposer au projet lors du prochain conseil municipal. 

«Je trouve aberrant de penser construire quelque chose sur ce terrain, alors qu’il y a des gens à proximité qui ne sont pas capables de reconstruire leur maison à la suite des inondations, affirme-t-elle. D’un point de vue environnemental et humain, ça n’a aucun sens. On voit l’expérience des derniers mois dans ce quartier, je vois le traumatisme des gens dans le secteur et pour ça je ne défendrai pas ce projet-là.»

Le terrain du 1415, rue Saint-Louis joue un rôle d’infrastructure naturelle qui absorbe l’eau dans le secteur, rappelle Mme Nadeau. 

Il permet, dit-elle, de protéger en partie le quartier contre une crue régulière des eaux. 

«De voir un promoteur pousser pour un projet à cet endroit-là, je trouve que ça n’a aucun bon sens, ajoute-t-elle. Et je trouverais ça profondément choquant si les travaux de remblai qui ont été faits dans le passé lui permettent aujourd’hui d’envisager de développer ce terrain.»

« NOUS ALLONS RASSURER LES CITOYENS »

Normand Poirier dit comprendre les craintes des citoyens face à son projet de développement commercial en zone inondable en bordure de l’autoroute 50, mais il est convaincu que l’aménagement du terrain du 1415, rue Saint-Louis n’aura aucun impact négatif sur l’environnement et le ruissellement des eaux. 

«Nous proposons de financer une partie d’une étude hydrologique pour tout le secteur de Pointe-Gatineau», a-t-il annoncé au Droit, en fin de journée, mardi, après avoir été mis au courant plus tôt de l’opposition citoyenne face à son projet commercial. «On va demander à la Ville de participer financièrement à cette étude. Ce sera une étude scientifique. Il faut rassurer les citoyens et cette étude permettra de dissiper tous les doutes qui subsistent. Nous pourrions avoir les résultats de cette étude dès la fin du mois de janvier.»

Le propriétaire de Toyota Gatineau affirme avoir déjà consulté des experts en la matière et selon lui, le constat est limpide. «Ce n’est pas un petit terrain de 18 acres qui va changer quelque chose, dit-il. Le bassin hydrique dans ce secteur est tellement grand, c’est comme essayer de contenir un lac en remplissant un verre d’eau.»

M. Poirier, qui poursuit la Ville de Gatineau pour un demi-million de dollars dans ce dossier, affirme avoir été «de bonne foi depuis le début dans ce projet». Le développement commercial du 1415, rue Saint-Louis apportera, selon lui, d’importants revenus de taxes à la Ville et permettra de créer, à terme, près de 250 emplois. 

«C’est un projet novateur et exceptionnel pour la Ville, ajoute l’homme d’affaires. Ça fait trois ans qu’on travaille là-dessus avec la Ville. Nous avons suivi toutes les étapes avec l’urbanisme. Nous avons été des citoyens corporatifs exemplaires. L’urbanisme a été exigeant et nous l’apprécions. C’est un projet qui respecte l’environnement et qui respecte le fait qu’il sera construit en zone inondable. La Ville doit continuer d’avance de manière positive dans ce dossier.»

M. Poirier admet que du remplissage sera nécessaire sur le terrain afin de le prémunir contre d’éventuelles inondations, mais que cela respectera toutes les règles en vigueur. «Le gouvernement ne nous mettra pas de bâton dans les roues, je suis confiant qu’il acceptera les modifications, dit-il. Nous avons un gouvernement ouvert au développement économique et à la création d’emplois. Les études scientifiques viendront démontrer qu’il n’y a pas de danger.»