Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin
Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Tensions raciales: «on doit s’interroger sur ce qu’on peut faire chez nous», dit le maire de Gatineau

Le meurtre de George Floyd, asphyxié par un policier blanc en pleine rue à Minneapolis et les violences qui ont ensuite éclaté dans les grandes villes américaines ont choqué le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin. Les tweets incendiaires de Donald Trump, ses propos polarisants et ses menaces d’envoyer l’armée pour mater les manifestants l’ont outré.

« C’est dramatique de voir une société aussi divisée, une société dans laquelle des actes aussi odieux sont possibles avec autant de violence, c’est profondément choquant, lance la maire en entrevue avec Le Droit. On n’a pas l’impression d’être en 2020. Et comme politicien, que ce soit à n’importe quel niveau, je trouve qu’on a une responsabilité très grande, et dans des cas comme ça plus grande que jamais, pour essayer de rassembler, de calmer le jeu, de canaliser la colère vers des actions constructives. Le président américain fait exactement le contraire. C’est extrêmement inquiétant. Ça démontre à quel point on vit dans des sociétés complètement différentes. C’est difficile d’imaginer un comportement comme celui-là ici. »

Malgré la gravité de la situation, le maire de Gatineau perçoit quand même une pointe de positivisme dans la « certaine solidarité » qui dépasse la communauté noire et qui émerge de ces événements tragiques. « Ça fait aussi en sorte qu’on doit s’interroger nous-mêmes sur ce qu’on peut faire chez nous, voir s’il y a des actions à faire maintenant pour ne pas nous aussi en arriver là », affirme-t-il.

M. Pedneaud-Jobin reconnaît que son service de police n’est pas à l’abri d’incidents de discrimination raciale. « Il y a des manifestations de ça, mais la différence c’est qu’on s’y attaque systématiquement, assure le maire. Chaque cas qui a une connotation de discrimination ou de profilage fait l’objet d’une enquête. On est très proactifs. Non seulement on reconnaît que ça existe, mais on s’y attaque. La seule chose qu’on peut dire c’est que ça existe, mais on n’est pas du tout dans les mêmes proportions. »


« Je pense qu’on fait une grande partie de ce qu’il faut faire pour éviter de vivre des choses comme aux États-Unis, mais on en fera jamais assez. »
Maxime Pedneaud-Jobin

Il faut éviter, insiste le maire, qu’un discours politique qui n’est pas branché sur la réalité des Gatinois éloigne la communauté de ses propres enjeux liés à la discrimination. « C’est sur ce qu’on fait ici pour s’assurer qu’on continue de s’améliorer comme communauté qu’il faut garder le cap », dit-il.

Gatineau, comme toutes les villes du monde, n’est pas immunisé contre le racisme, l’intolérance et la discrimination. Le triste exemple de l’attentat de la mosquée de Québec le démontre bien. « C’est pour ça qu’on s’assure d’être proactifs, explique M. Pedneaud-Jobin. On a une table du vivre-ensemble qui regroupe des représentants des communautés culturelles, on a un plan d’action auquel on a collé du financement. On priorise depuis des années l’intégration économique des immigrants qui viennent chez vous. On investit beaucoup sur la connaissance des uns et des autres. Je pense qu’on fait une grande partie de ce qu’il faut faire pour éviter de vivre des choses comme aux États-Unis, mais on en fera jamais assez. »


« En proportion, il devrait y avoir au moins deux élus issus des communautés culturelles, mais il n’y en a aucun »
Maxime Pedneaud-Jobin

Représentation à la Ville
Là où Gatineau a encore des efforts à faire, c’est notamment dans la représentation des communautés culturelles au sein de son administration et de son service de police. Le conseil municipal est entièrement composé de blancs, ce qui n’est pas du tout représentatif de la population qu’il dessert.

« En proportion, il devrait y avoir au moins deux élus issus des communautés culturelles, mais il n’y en a aucun », se désole M. Pedneaud-Jobin.

Son administration est aussi très majoritairement blanche. De fait, en date du 30 mai dernier, sur 3772 employés, seulement 90 provenaient de minorités ethnoculturelles et 39 étaient des autochtones. « Ma perception c’est qu’on s’améliore, note le maire, mais il y a encore du travail à faire. Dans notre plan d’action du vivre-ensemble, il y a des outils qu’on veut mettre en place comme l’utilisation de stages pour favoriser l’arrivée dans la fonction publique de gens issus des communautés culturelles. »

Des mesures de discriminations positives sont aussi prévues dans certaines situations. Les processus de recrutement exempt de biais et une formation des gestionnaires sur la gestion de la diversité culturelle font partie des outils dont s’est dotée la Ville de Gatineau pour être plus représentative de sa communauté.

« Encore là, on ne nie pas le problème, on s’y attaque, note la maire. On ne peut pas dire qu’on voit ça partout dans le monde. »