La Société d’habitation du Québec interviendra dans le dossier de la coop Haute-Rive d’Aylmer.

Tensions dans des coops d'habitation: la Société d’habitation du Québec pressée d’intervenir

La Société d’habitation du Québec (SHQ) est pressée d’intervenir pour que cesse le «régime autoritaire» à la coopérative d’habitation Haute Rive d’Aylmer instauré par le secrétaire d’Habitat urbain de l’Outaouais (HUO), Robert Gratton. Dans une lettre qu’elle a fait parvenir à la présidente-directrice générale de la SHQ, Me Guylaine Marcoux, la Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais (FIHAB) affirme que cette coopérative ne respecte pas ses obligations démocratiques envers ses membres.

La FIHAB demande à la SHQ qu’elle ordonne un moratoire sur toute exclusion de membre de la coopérative Haute Rive, ainsi que la réintégration des membres exclus par le conseil d’administration depuis la dernière année. Elle considère que le «rôle délétère» que joue M. Gratton au sein de cette coopérative justifie l’exclusion de ce dernier du conseil d’administration. Il est aussi proposé à la SHQ qu’elle utilise les pouvoirs qui lui sont conférés pour contraindre la coopérative à adhérer à la FIHAB afin que cette dernière puisse y instaurer un climat démocratique.

À LIRE AUSSI : 

> Intimidation dans les coops: des leçons à tirer

> Climat d’intimidation durant une assemblée générale

> «On a dit wô minute» - Robert Gratton

Dans un communiqué de presse qu’elle a publié mercredi soir, la FIHAB ajoute que la publication depuis deux jours dans Le Droit de plusieurs témoignages démontre que les pratiques de Robert Gratton «sont incompatibles avec les valeurs coopératives.»

La présidente de la FIHAB, Manon Rondeau, salue «le courage et la noblesse» de celles qui ont osé parler publiquement de ce qu’elles ont vécu. «Elles se sont rendues malades à endurer l’inacceptable, affirme Mme Rondeau. Elles ont perdu leur logement sans aucun motif valable. Elles ont subi la loi du plus fort, sans savoir à quelle porte cogner pour demander de l’aide. Elles craignent aujourd’hui des représailles additionnelles à celles qu’elles ont déjà subies.»

Mme Rondeau réfute vivement les allégations de salissage dont M. Gratton se dit victime. «Nous avons plutôt la conviction que M. Gratton est un acteur de pouvoir dans ces communautés coopératives et qu’il est en plein contrôle de la situation», ajoute-t-elle. Elle précise que la FIHAB est interpellée depuis plusieurs années par des locataires de coopératives d’habitation affiliées à Habitat urbain de l’Outaouais et dont M. Gratton est le coordonnateur. «Ces locataires nous informent des pratiques inacceptables mises en place par M. Gratton pour les expulser de leur logement.»

La Coopérative de développement régional Outaouais-Laurentides (CDROL) affirme pour sa part être «très préoccupée par le climat de peur» qui est instauré comme mode de gestion dans certaines coopératives d’habitation. La CDROL précise avoir interpellé le conseil d’administration d’Habitat urbain de l’Outaouais afin qu’il mette «fin à ces pratiques sur-le-champ et qu’il mette en place des mesures pour corriger les injustices dénoncées».

Condamné en 1997

Ce n’est pas la première fois que Robert Gratton se fait reprocher de recourir à l’intimidation et au harcèlement dans des coopératives d’habitation.

En 1997, la Régie du logement du Québec donnait gain de cause à un locataire qui se plaignait d’une véritable «croisade» à son endroit. La Régie avait reconnu que Claude Boucher, alors locataire à la coopérative d’habitation du Lac des Fées, à Hull, avait été victime sur une période de dix ans de «tactiques d’harcèlement» de la part des administrateurs de la coopérative, et plus précisément de la part de Robert Gratton.

Le régisseur, dans sa décision, avait affirmé qu’«après analyse de la preuve, il n’y a aucun doute que la locatrice [coopérative] a sérieusement entravé la jouissance des lieux du locataire et qu’elle a agi par l’entremise de son conseil d’administration de façon méprisable, illicite et abusive», avait conclut la Régie.

La coopérative avait été condamnée à verser un dédommagement de 3000 $ à M. Boucher.