Quelques dizaines de membres du syndicat des chauffeurs et des employés d'entretien ont manifesté bruyamment à l'intérieur et à l'extérieur des bureaux de la STO.

STO: un gouffre de 12 millions $ sépare les deux parties

Le conflit de travail à la Société de transport de l'Outaouais (STO) s'est envenimé encore un peu plus, lundi, alors que les parties patronales et syndicales se sont publiquement lancées dans une véritable guerre de chiffres.
Affirmant vouloir « rétablir les faits » et mettre fin à la « désinformation du syndicat », la direction de la STO a convoqué les médias afin d'exposer à la vue de tous les demandes salariales des chauffeurs et des employés de l'entretien, une première depuis le début des négociations en juin 2015. Le transporteur public estime les demandes salariales de la partie syndicale à 18,6 millions $, alors que ses offres avoisinent 6 millions $.
D'après ces données rendues publiques par la STO, environ 12 millions $ sépareraient encore les deux parties après 21 rencontres de négociations, 28 séances de médiation et 12 rencontres de conciliation.
Affirmant vouloir d'abord s'adresser aux usagers de la STO et aux citoyens de Gatineau, le président, Gilles Carpentier, a ajouté que « si la STO accepte ça, le compte de taxes des citoyens va augmenter de 2,7 % ». Si le transporteur public décidait plutôt de refiler la facture à sa clientèle, le laissez-passer mensuel passerait de 95 $ à 130 $. « Si on refuse ces deux options et qu'on choisit d'absorber cette dépense à même nos services, ce sont 500 voyages par jour que la STO devra annuler, a poursuivi M. Carpentier. Est-ce que c'est vraiment ce à quoi les citoyens s'attendent du conseil d'administration de la STO ? Poser la question c'est y répondre. »
Le syndicat, dont quelques dizaines de membres manifestaient bruyamment à l'intérieur et à l'extérieur des bureaux de la STO, n'a pas tardé à dénoncer l'attitude de l'employeur avant de, lui aussi, embarquer dans la guerre de chiffres. 
Le président du syndicat, Félix Gendron a d'abord répliqué en accusant M. Carpentier de vouloir « se faire du capital politique sur le dos de la STO et ça c'est épouvantable pour la population », a-t-il dit. 
« Nous ce qu'on demande c'est la parité avec les autres employés de la STO qui ont eu des augmentations de 2 % et de 2,5 % », a lancé M. Gendron. Ce dernier affirme que la STO offre plutôt un gel de salaire pour les années 2015 et 2016, une augmentation salariale de 1 % et 1,5 % jusqu'en 2021. « Nous, on demande 2,5 % la première année et des augmentations de 2 % pour les années 2016 à 2018. »
Guerre de mots et d'image
La guerre de chiffres s'est par la suite transformée en guerre de mots, d'image et de perception. M. Carpentier a dit réitérer son « empathie » envers les usagers. « Je m'adresse particulièrement aux clients de la STO, aux quelque 150 000 à 200 000 usagers laissés sur le coin d'une rue à la suite de l'annulation des quelque 4000 voyages depuis le début de la grève du syndicat, ce sont eux les vraies victimes », a-t-il lancé.
M. Carpentier ajoute que le syndicat a une attitude « méprisante et irrespectueuse » à la table des négociations et que toutes les demandes patronales relatives à l'amélioration de services ont fait l'objet d'un « refus systématique ». La directrice générale a pour sa part fait un parallèle entre le salaire des chauffeurs et des employés de l'entretien et celui des infirmières. « Ils bénéficient de conditions de travail enviables, malgré le slogan sur leurs t-shirts jaunes », a-t-elle ajouté.
M. Gendron a affirmé que son travail consistait à comparer le salaire des chauffeurs de la STO avec les chauffeurs des autres transporteurs publics. « Quand on ne sait plus quoi dire, on va chercher des chiffres ailleurs », a-t-il affirmé.
Offres et demandes sur la table
Demandes syndicales
- estimées à 18,6 millions $ par la STO
- 8,9 millions $ en augmentations salariales
- 6,9 millons $ en primes
- 1,9 million $ en bonification du régime de retraite
- 900 000 $ d'autres demandes ayant un impact monétaire
- 2,5 % 2015, 2 % de 2016 à 2018, selon le syndicat
- Parité avec les chauffeurs et employés d'entretien d'OC Transpo, selon la STO
- Des pauses pendant les quarts de travail pour manger et aller aux toilettes (selon le syndicat)
Offres patronales
- Estimées à 6 millions $ selon la STO
- gel salarial pour 2015 et 2016, 1% en 2017 et 1,5 % de 2018 à 2021, selon le syndicat
- Retirer la parité avec OC Transpo, selon le syndicat
- Aménagements liés à l'organisation du travail, notamment en raison de la présence d'un 2e garage à l'est, selon la STO
Les deux parties affirment accepter l'arbitrage, mais le cadre à l'intérieur duquel ça doit se faire continue de faire l'objet de négociation. Une réponse des deux parties doit être rendue le 15 mars.