Gatineau pourrait faire des économies en déléguant la production de l’événement.

Sous-traiter le Domaine des flocons?

La Ville de Gatineau doit couper le cordon avec le Domaine des flocons et déléguer sa partie de la production de l’événement annuel à un organisme spécialisé, estime la conseillère Louise Boudrias.

Cette dernière entend revenir à la charge, mardi, avec cette proposition qui a émergé pour la première fois à la table du conseil à la fin de 2016. « Je crois qu’on est rendu là, lance-t-elle, en entrevue avec Le Droit. La Ville peut très bien respecter son protocole d’entente avec Patrimoine canadien, demeurer imputable en s’assurant du respect de l’entente avec le fédéral, mais rien ne l’empêcherait de déléguer la production du Domaine des flocons. »

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin avait d’ailleurs demandé à Mme Boudrias, à l’automne 2016, de sonder sur le terrain l’intérêt des différentes organisations si la Ville décidait de sous-traiter la production du Domaine des flocons. « L’intérêt est là, il est réel, indique la conseillère. Nous pourrions faire un appel de proposition, il y a des organismes très intéressés. Je pense par exemple au Groupe Simoncic, ou encore à la corporation du Festival de montgolfières. C’est le genre d’événement qui pourrait permettre de consolider des organisations et leur expertise. »

Mme Boudrias rappelle que la structure événementielle a grandement été modifiée au cours des derniers mois au sein de l’administration municipale. Même si la Ville conserve pour l’instant la mainmise sur la réalisation du Domaine des flocons qu’elle coproduit avec Patrimoine canadien, le mandat de produire des événements a complètement été retiré de la division Fêtes et festivals. « Le mandat municipal n’est pas de produire des événements, mais d’appuyer les organisations qui en font. »

Même si la Ville devait continuer de financer à partir de fonds publics sa partie du Domaine des flocons [environ 500 000 $ par année], déléguer la production de l’événement permettrait sans aucun doute de dégager des économies importantes, soutient Mme Boudrias. « On pourrait économiser sur tout ce qu’on dépense en temps de travail de nos employés ou en logistique sur le terrain, dit-elle. Les organismes spécialisés sont très bien capable de réussir aussi bien que la Ville et pour moins cher. »

Démarches officielles

Des démarches officielles pour étudier la possibilité de sous-traiter la production du Domaine des flocons ont d’ailleurs été réalisées par le maire Pedneaud-Jobin et Mme Boudrias auprès de Patrimoine canadien l’an passé. Le maire en a longuement fait référence dans une lettre adressée au directeur général des événements majeurs de Patrimoine canadien, en janvier 2017. La réponse reçue deux mois plus tard par le maire laisse entrevoir une réception plutôt froide de Patrimoine canadien, notamment en raison de la structure de financement du Bal de neige. 

Une rencontre officielle avec Patrimoine canadien en avril 2017 a cependant permis d’éclaircir les paramètres qui permettraient à la Ville de Gatineau de déléguer la production du Domaine des flocons. Tant que la Ville demeure imputable des résultats et qu’elle est seule signataire du protocole d’entente, elle serait en droit de confier des mandats de sous-traitance.

« Le Bureau des événements de la Ville devait d’ailleurs soumettre au conseil un rapport de cette rencontre, mais cela n’a jamais été fait, précise Mme Boudrias. Nous devons prendre une décision avant la fin du printemps, sinon, on oublie tout ça pour l’édition 2019 du Domaine des flocons. »

L'EXPERTISE EST LÀ, ASSURENT LES PROMOTEURS

De nombreuses organisations gatinoises ont tout ce qu’il faut pour réaliser avec succès la production du Domaine des flocons à la place de la Ville de Gatineau, croit le président du Groupe Simoncic. 

« Les preuves sont là, insiste Daniel Simoncic. On le voit partout. Les grands événements sont toujours gérés par des organismes à but non lucratif spécialisés dans le domaine de l’événementiel. Ce n’est pas les villes qui font ça. Je ne pense pas qu’il revient à Gatineau d’organiser des événements. »

Le producteur des Grands Feux, Claude Hamelin, abonde dans le même sens. « Il y a plusieurs organisations, ici à Gatineau, reconnues pour leurs compétences, qui pourraient très bien faire le travail, dit-il tout en précisant ne pas avoir d’intérêt particulier pour ce projet. La Ville pourrait certainement en retirer des économies intéressantes. Il est temps pour la Ville d’analyser attentivement la possibilité de sous-traiter la production du Domaine des flocons. Gatineau doit demeurer dans la structure du Bal de neige, mais elle doit déléguer la production du Domaine des flocons. Elle doit couper le cordon. »

M. Hamelin ajoute qu’un tel mandat supplémentaire pourrait faire toute la différence pour l’organisme qui en hériterait. « Ça peut permettre à une organisation de consolider ses activités et conserver son expertise à longueur d’année, ajoute le promoteur. Je suis aussi de ceux qui croient que les organisations spécialisées dans l’événementiel sont équipées pour être créatives. Ça pourrait être une belle solution pour permettre un renouvellement du Domaine des flocons. »

En déléguant la production du Domaine des flocons, la Ville de Gatineau se déchargerait aussi de la recherche de commandites. Selon M. Simoncic, un organisme peut plus facilement attirer des commandites qu’une ville. M. Hamelin est d’avis que Gatineau devait d’ailleurs se « garder une petite gêne », dans la recherche de commandites. « La Ville se retrouve à faire compétition à des événements qu’elle finance et qui cherchent aussi des commanditaires, dit-il. C’est un peu un non-sens. »