Le projet pilote de neuf mois de la Ville de Gatineau concernant les heures d’ouverture des bars dans le Vieux-Hull provoque un tollé.

Sondage sur les heures d'ouverture des bars: Clennett a voté 18 fois

Les opposants au prolongement des heures d’ouverture des bars dans le centre-ville de Gatineau montrent les dents. Ils dénoncent vivement la valeur du sondage en ligne fait par la Ville à ce sujet en début d’année et sur lequel le conseil semble vouloir s’appuyer pour justifier la pertinence d’un projet pilote de neuf mois.

Le Collectif pour le maintien des heures de fermeture des bars à Hull estime qu’il est carrément « irresponsable » pour une ville comme Gatineau de tenter de convaincre la population du bien fondée d’un tel projet sur la base d’un sondage qui n’a pas plus de valeur que le papier sur lequel il a été présenté.

« Cette consultation n’a rien de scientifique, mais elle fonctionne, la population a retenu que 60 % des gens sont en accord avec le projet pilote, lance l’ancien conseiller municipal Claude Bonhomme, membre du collectif. La Ville agit de manière irresponsable. Nous avons fait analyser le sondage par une firme spécialisée et ça n’a rien de scientifique. »

Captures d’écran à l’appui, Bill Clennett montre qu’il a pu, sans difficulté, voter jusqu’à 18 fois au sondage en ligne mené par la Ville de Gatineau, à partir du même ordinateur. « Mais comme je suis honnête et que je n’ai pas voulu influencer le sondage, j’ai voté neuf fois pour, et neuf fois contre », dit-il. Pour le Collectif, un tel incident est largement suffisant pour que le conseil municipal fasse preuve d’une grande vigilance avant de prendre une décision sur le projet pilote, le 14 mai prochain.

Faire voter la clientèle

Claude Royer, président de l’Association des résidents du Quartier-du-Musée, affirme pour sa part qu’un établissement de la rue Laval faisait remplir le sondage à ses clients à l’aide d’une tablette numérique. « C’est très simple à faire, il fallait juste vider la cache du fureteur et on pouvait voter de nouveau », dit-il. Louis Majeau qui est président d’un syndicat de copropriété dans le centre-ville et membre du collectif, ajoute que les données du sondage qui ont été diffusées ne faisaient pas la différence entre les répondants tenanciers de bars ou travaillant dans ce domaine et les autres citoyens.

L’avis des résidents

D’après le Collectif, la seule consultation publique qui est à ce jour recevable dans ce dossier est celle menée par l’Association des résidents de l’Île-de-Hull, le 9 janvier dernier, où 75 % des participants se sont prononcés contre le projet pilote. « C’est la seule vraie consultation des gens du milieu, de ceux qui vont subir ça et qui dans bien des cas l’ont déjà subit par le passé, insiste M. Bonhomme. Le travail d’un conseiller c’est de défendre ses commettants et dans ce cas précis, Cédric Tessier refuse de la faire. J’imagine qu’il fait de la question de l’heure d’ouverture des bars une question de principe. Il doit défendre les intérêts des gens de son quartier et non pas les intérêts commerciaux des tenanciers. »

M. Royer ajoute que le 11 avril dernier, lors d’une rencontre privée réunissant une vingtaine de membres du collectif à laquelle M. Tessier a été invité, le conseiller n’a pas été en mesure de nommer un seul avantage du prolongement des heures d’ouverture des bars pour les résidents du secteur. « Il reconnaît que seuls les tenanciers vont profiter de cette mesure », dit-il.

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L’opposition s’organise

Les résidents du centre-ville ont démontré dans le dossier des tours Brigil qu’ils avaient une forte capacité de mobilisation et ils seront plusieurs à repartir au front au cours des prochains jours, mais cette fois sur la question des heures d’ouverture des bars. 

Le Collectif pour le maintien des heures de fermeture des bars de Hull pourra d’ailleurs s’appuyer sur la crédibilité d’une pointure de taille pour défendre son point de vue dans ce dossier. L’expert-conseil en revitalisation socio-économique et fondateur de l’organisme Rues Principales, qui a œuvré auprès de 350 municipalités pendant près de 30 ans, François Varin, sera présent, ce vendredi, lors d’une conférence de presse du Collectif. 

M. Varin voudra faire la démonstration que la prolongation des heures d’ouverture des bars risque d’entraîner à nouveau un déséquilibre commercial et de l’insécurité sociale dans le centre-ville et que Gatineau ferait une erreur en ramenant l’heure de la fermeture à 3 h. 

Par ailleurs, l’Association des résidents de l’Île-de-Hull tiendra une assemblée extraordinaire, le 7 mai prochain, à 19 h, à l’école secondaire de l’Île. Le conseil d’administration entend s’opposer officiellement au projet pilote annoncé par la Ville de Gatineau.

« Le Collectif sera très actif d’ici le vote du conseil, insiste l’ancien conseiller municipal Claude Bonhomme. Nous n’avons certainement pas l’intention de rester les bras croisés. La Ville de Gatineau doit conserver cet acquis gagné de hautes luttes en 1997. C’est ça qui a permis de régler le problème. »