Le conseiller Cédric Tessier défend une idée qui ne fait pas l’unanimité au conseil gatinois.

S’endetter pour alléger le poids fiscal

Alléger le poids fiscal sur les épaules des contribuables en réduisant de moitié la perception de la taxe dédiée aux infrastructures pendant seulement trois ans forcerait le conseil à ajouter 95,5 millions de dollars sur une période de 20 ans sur la dette de la Ville de Gatineau.

Il s’agit d’un des nouveaux éléments à sortir des discussions, lundi matin, concernant les recommandations sur l’étude approfondie du budget réalisée par le conseiller Gilles Carpentier. L’une des propositions phares de ce rapport est de percevoir 0,5 % de la taxe dédiée dans les poches des contribuables en 2019, 2020 et 2021 et d’emprunter l’autre tranche de 0,5 % afin de pouvoir maintenir les investissements prévus dans les années à venir.

Le conseiller Cédric Tessier a fait savoir que la manœuvre permettrait aux contribuables d’économiser, sur leur compte de taxes, en moyenne, 332 $ sur une période de 20 ans, donc un peu plus de 15 $ par année.

Cela nécessiterait d’ajouter un montant de 15,6 millions $ à la dette d’ici la fin du mandat. Mais comme les revenus de la taxe dédiée sont cumulatifs, la Ville serait dans l’obligation par la suite d’emprunter 8,1 millions $ par année, au moins jusqu’en 2038 pour maintenir les investissements prévus dans l’entretien des infrastructures, a fait savoir le service des finances.

« Je ne crois pas que ce soit un trop gros emprunt, a indiqué M. Tessier. Nous payons actuellement 68 % de nos travaux d’infrastructures comptant. Il n’y a pas une autre ville au Québec qui fait ça. On cherche à réduire cette proportion-là. »

Le conseiller Daniel Champagne a pour sa part souligné qu’une telle mesure permettrait un « meilleur équilibre entre les générations ». Selon lui, les contribuables d’aujourd’hui n’ont pas à payer seuls pour les déficits d’entretien accumulé par le passé. Une décision finale à cet effet doit être prise jeudi.

Pelleter par en avant

Le conseiller Jocelyn Blondin affirme être contre un tel emprunt qui, selon lui, viendrait hypothéquer les générations futures. « On n’arrive même pas à faire tous les travaux pour lesquels nous taxons les citoyens, dit-il. Si on veut donner une pause aux contribuables, on pourrait simplement réduire de 0,5 % la perception de la taxe dédiée, sans faire d’emprunt. On devrait travailler à réduire la dette plutôt qu’à l’augmenter. »

La conseillère Louise Boudrias estime, elle aussi, qu’un tel emprunt serait l’équivalent de « pelleter par en avant ». Elle affirme que Gatineau affiche la plus importante masse salariale des grandes villes du Québec, par rapport à l’ensemble de son budget. « Il y a là des économies à faire, mais on dirait qu’à Gatineau, faire des compressions pour dégager des économies, c’est impossible, dit-elle. Il faut faire plus d’efforts pour mieux gérer nos dépenses avant de penser à faire un emprunt aussi important. »

Fusionner la STO

L’une des recommandations du rapport sur l’analyse approfondie du budget qui a marqué les esprits lors de sa publication, à la fin du mois d’octobre, est celle d’intégrer les services administratifs de la Société de transport de l’Outaouais (STO) à ceux de la Ville de Gatineau.

Le conseiller Champagne juge cette recommandation « intéressante », mais il a précisé souhaiter l’établissement d’un calendrier des travaux qui mènerait à la présentation d’un rapport d’étape en 2021. La présidente de la STO, Myriam Nadeau, a dit comprendre l’intérêt d’avoir des échéanciers clairs dans ce dossier, mais a ajouté qu’il était « prématuré » de le faire en raison des différentes priorités du transporteur public, à savoir le lien rapide vers l’ouest, l’augmentation des services et la mise en place de sa planification stratégique. « Je veux être prudente, il ne faut pas s’engager trop vite sur un échéancier », a-t-elle ajouté.

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ÉLUS MIEUX PAYÉS

La décision du gouvernement fédéral d’imposer les budgets pour les allocations de dépense dès 2019 force les élus gatinois à revoir à la hausse leur rémunération afin de conserver le même pouvoir d’achat au cours des prochaines années. 

Il est recommandé au conseil d’ajouter le salaire de base des élus afin de pallier au manque à gagner engendré par ce changement fiscal imposé par Ottawa. 

Ainsi, le salaire du maire serait haussé de 8264 $ par année, pour atteindre 154 330 $ en 2019. Celui des conseillers serait augmenté de 5410 $ pour un nouveau salaire de base annuel de 57 660 $. 

Des bonifications liées à certains postes au sein des comités et commissions font aussi partie de la proposition. Au total, il s’agirait, pour tout le conseil, d’un ajustement à la hausse de 175 630 $.