La députée de Hull, Maryse Gaudreault
La députée de Hull, Maryse Gaudreault

Sam Chowieri: la députée de Hull jure qu’elle ne savait pas

La députée de Hull, Maryse Gaudreault, jure qu’elle n’avait aucune idée du passé criminel de Sam Chowieri lorsqu’elle a souligné solennellement, à l’Assemblée nationale, en 2017, «la contribution remarquable» de ce «grand bâtisseur de chez nous» qui depuis 30 ans «s’affaire à assurer le confort et le bien-être de nos aînés».

Sans vouloir revenir sur ses propos de 2017, parce qu’«on ne peut pas refaire le passé», Mme Gaudreault affirme que si elle avait été au courant du passé douteux de l’homme d’affaires bien connu en Outaouais, elle aurait certainement nuancé sa déclaration. «Je suis sans mot ce matin et j’imagine que la mâchoire de bien des gens a dû tomber en lisant le journal, mais ce sont des événements dont je n’avais jamais entendu parler.»

Le journal La Presse a fait de nombreuses révélations sur le passé criminel de Sam Chowieri dans le cadre d’un long papier publié mercredi matin. Connu en Outaouais pour être un généreux et assidu donateur à la caisse du Parti libéral du Québec, l’homme d’affaires est aussi réputé pour son apport financier à plusieurs campagnes de financement. Il est d’ailleurs un donateur important de l’Université du Québec en Outaouais, de la Fondation Santé Gatineau et de la Maison Mathieu-Froment-Savoie, entre autres.

Président du groupe Katasa qui possède trois résidences pour aînés en Outaouais, Sam Chowieri a cependant déjà été condamné pour des complots d’importation de drogue et de fraude. La Presse rapporte aussi qu’il a été épinglé pour des infractions fiscales et montré du doigt par un juge pour une «magouille» immobilière. 

Sam Chowieri

De fait, une enquête qui s’était soldée par la saisie de 73 livres de haschich en 1981 avait mené à l’arrestation de Sam Chowieri et de son frère Élias, ainsi que d’un trafiquant qui travaillait pour eux, rapporte La Presse. Sam Chowieri avait écopé de deux ans de prison et son frère de six mois. Sam Chowieri a aussi été condamné pour un complot de fraude impliquant l’achat de 12,5 tonnes de fromage. 

La Presse rappelle aussi que Le Droit avait confirmé, en 1994, que la Résidence de l’Île, à Hull, faisait l’objet d’une enquête en matière de blanchiment d’argent, mais aucune accusation n’avait alors été portée. 

Toujours selon La Presse, Sam Chowieri a écopé d’une amende de 125 000 $ pour des infractions aux lois fiscales. Plus récemment, selon le quotidien montréalais, l’homme d’affaires a été impliqué dans le projet de l’hôtel Château Cartier, aux côtés de Rhéal Dallaire, une relation de la mafia de Montréal. En 2008, le juge de la Cour supérieure Martin Bédard a statué que M. Chowieri avait participé à une «magouille» dans le cadre de la déroute de l’hôtel. 

«Qu’il avait fait de la prison et qu’il avait eu des liens avec la pègre à Montréal, bien honnêtement, je n’en savais rien, insiste Mme Gaudreault. Personne ne m’a dit que ma déclaration était douteuse quand je l’ai faite en 2017. Personne n’a eu de réaction. On grossit aujourd’hui quelque chose que j’ai fait de bonne foi en 2017 pour souligner la contribution d’un homme d’affaires de mon comté et les 30 ans de la Résidence de l’Île.»

«Pas acceptable», dit Legault

Mme Gaudreault précise que son principal malaise, aujourd’hui, c’est que le ministère de la Santé a donné un permis à cet homme d’affaires pour exploiter des résidences pour personnes âgées. «J’imagine que tout ce qui a été écrit dans La Presse est vrai, a-t-elle dit.  Alors comment ces gens ont-ils pu obtenir un permis? Le ministère n’a pas fait de vérifications? Ça, c’est ma grande surprise ce matin.»

Interpellé sur le passé criminel du président de Katasa, le premier ministre, François Legault, a indiqué qu’il avait demandé à ce que toutes les informations publiées par La Presse soient analysées. «Ce n’est pas acceptable, a-t-il lancé. On s’assure que les employés [dans les CHSLD] n’aient pas de passé criminel, mais on aurait peut-être accepté que des dirigeants, des propriétaires de CHSLD aient un passé criminel. J’ai demandé qu’on revoie tout ça, mais ce n’est pas acceptable.»