À 78 millions $, le projet comprendrait maintenant l’enfouissement des fils sur une distance de 900 mètres, l’aménagement de la bande cyclable le long du boulevard et sur les artères parallèles, ainsi que l’acquisition de servitudes.

Saint-Joseph: la facture grimpe à 78 millions $

La facture du réaménagement du boulevard Saint-Joseph vient à nouveau de grimper. Le coût total du projet atteint maintenant 78 millions $, affirme la Ville de Gatineau. Ça représente 20 millions $ de plus que ce qui avait été annoncé en mars dernier.

Face à cette explosion des coûts, le conseil a adopté, mardi, une résolution qui permet à l’administration municipale de surseoir à sa propre politique de gestion de la dette et d’emprunter 16 millions $ pour financer le manque à gagner. Cette mesure est contraire à la pratique en place depuis plusieurs années, à Gatineau, qui est de recourir aux emprunts uniquement dans les cas où ils peuvent servir de levier pour obtenir une subvention importante. Les quatre autres millions nécessaires pour boucler le budget proviennent de surplus et réserves diverses. 

Cette décision d’ajouter plusieurs millions de dollars à la dette a été prise à la suite d’une présentation de la direction générale, à huis clos, le 19 juin dernier, qui portait notamment sur l’ajustement des coûts du réaménagement du boulevard Saint-Joseph, mais aussi sur tous les autres projets de développement adoptés par l’ancien conseil au budget 2015. Les conseillers Jocelyn Blondin et Louise Boudrias ont insisté, mardi, pour que cette présentation soit aussi faite en public, mais en vain. Le reste du conseil était à l’aise avec le huis clos. Les médias ont cependant pu obtenir, après insistances et quelques tergiversations politico-administratives, une grande partie de la présentation faite par la direction il y a deux semaines. 

Confusion

Une confusion s’est ensuite installée pendant 24 heures quant aux raisons expliquant cette augmentation des coûts et le recours à un emprunt important contraire aux pratiques habituelles de la Ville. Le président du comité exécutif, Gilles Carpentier, et la haute direction de la Ville ont d’abord expliqué, mardi, que l’aménagement de surface n’avait pas été planifié dans le financement du projet. Mercredi matin, l’explication avait changé et c’était en partie en raison d’une première planification des travaux qui ne comprenait pas, à l’origine, le tronçon du boulevard entre Saint-Raymond et Montclair. Le tir a de nouveau dû être rectifié, en fin de journée, mercredi. 

Servitudes

Le service des communications a expliqué que l’augmentation de la facture serait finalement plutôt attribuable aux dernières modifications apportées au projet par le conseil il y a quelques semaines. L’ajout d’une bande cyclable, entre autres, avait fait l’objet de tiraillement entre les élus et l’administration. 

À 78 millions $, le projet comprendrait maintenant l’enfouissement des fils sur une distance de 900 mètres, l’aménagement de la bande cyclable le long du boulevard et  sur les artères parallèles, ainsi que l’acquisition de servitudes. La Ville de Gatineau refuse de préciser quelle portion de l’augmentation des coûts est attribuable à l’acquisition de servitudes. 

Une résolution « noyée »

« Ce qui m’irrite énormément, c’est qu’on a fait ce que j’avais peur qui arrive, on a noyé une résolution très importante dans un ensemble de résolutions, a dénoncé la conseillère Louise Boudrias. La discussion sur l’augmentation des coûts a été faite à huis clos. Aujourd’hui (mardi), on sort ça comme ça, sans trop d’explications aux gens. Tout ce qu’ils vont retenir c’est qu’il y a une augmentation des coûts et qu’on doit augmenter notre dette pour réaliser les projets. »

Avant d’autoriser l’administration à procéder à un emprunt, Mme Boudrias aurait voulu que le conseil débatte publiquement du dossier. Selon elle, l’utilisation des millions de dollars réservés pour des travaux d’entretien d’infrastructures qui ne se réalisent pas faute de main d’œuvre aurait pu remplacer un emprunt. « Cette discussion est importante et je la voulais en public », a-t-elle ajouté. d’infrastructures d’envergure comme celui du boulevard Saint-Joseph. Plutôt que de financer séparément les infrastructures d’égout et d’aqueduc, et les aménagements de surface, toutes les composantes d’un tel projet seront désormais planifiées dans une seule et même enveloppe budgétaire. 

« La recommandation du comité exécutif est de tout mettre ça dans le plan triennal des immobilisations, mais en conservant nos priorités déjà inscrites, a expliqué M. Carpentier. La décision d’emprunter est une intervention ponctuelle. C’est une décision propre à ce projet-là, à cause d’enjeux qu’on avait devant nous. »

ÉTAT DE LA SITUATION

Après d’âpres débats, à l’automne 2014, le conseil municipal de Gatineau est arrivé à s’entendre pour mettre de côté une somme de 67 millions $ qui servira à financer différents projets de développement. 

On y retrouvait notamment le plan de renouvellement des bibliothèques (21,9 M $) et le réaménagement du centre-ville (32 M $). Un somme de 10,1 millions était réservé à différents projets comme le parc des Cèdres, la protection de bâtiments patrimoniaux ou encore le sentier cyclable de la Lièvre. Il s’agissait du premier véritable budget de l’administration Pedneaud-Jobin. 

Les années ont passé. Certains projets ont été modifiés, d’autres ont pris du retard. Les coûts ont augmenté. Voilà le résumé, par projet, d’une présentation faite à huis clos par la direction générale, le 19 juin dernier. Certains élus ont manifesté le souhait que cette présentation puisse avoir lieu en public, ce qui n’a pas été le cas. 

Après insistance, les médias ont cependant pu avoir accès à une grande partie du document présenté au conseil il y a deux semaines. Voici un résumé de l’état de la situation.