Le propriétaire du café-bar Aux 4 jeudis a retiré la flamboyante corniche de «style à l’italienne» qui ornait le toit du bâtiment pour la remplacer par une nouvelle corniche de tôle à l’allure quelconque sans obtenir l’aval de la Ville de Gatineau.
Le propriétaire du café-bar Aux 4 jeudis a retiré la flamboyante corniche de «style à l’italienne» qui ornait le toit du bâtiment pour la remplacer par une nouvelle corniche de tôle à l’allure quelconque sans obtenir l’aval de la Ville de Gatineau.

Sacrilège patrimonial au café-bar Aux 4 jeudis

L’un des plus beaux édifices du Vieux-Hull, l’ancienne épicerie Laflèche qui abrite aujourd’hui le café-bar Aux 4 jeudis, sur la rue Laval, a été illégalement altéré, cet automne, par le propriétaire de l’immeuble, Alex Duhamel. Ce dernier a retiré la flamboyante corniche de «style à l’italienne» qui ornait le toit du bâtiment pour la remplacer par une nouvelle corniche de tôle à l’allure quelconque sans obtenir l’aval de la Ville de Gatineau.

Un tel changement architectural est complètement proscrit par la réglementation municipale puisque l’immeuble se trouve dans un secteur patrimonial reconnu. Une telle modification au bâtiment nécessite l’approbation du conseil municipal et l’obtention d’un permis. La Ville confirme avoir fait parvenir un avis d’infraction au propriétaire. Les travaux ont été faits au début du mois de décembre. Ils sont passés inaperçus jusqu’à la fin du mois de mars, lorsque des citoyens ont alerté la Ville.

En agissant en complète contravention des règles de protection du patrimoine, Alex Duhamel, qui est devenu propriétaire de l’immeuble en 2016, vient de mettre en rogne plusieurs résidents du quartier, les défenseurs du patrimoine de la région et le conseiller municipal du quartier, Cédric Tessier.

«Je déplore ça, lance M. Tessier. Ce genre de travaux-là nécessite une approbation du conseil municipal, c’est très clair dans la réglementation. C’est dans un site du patrimoine. C’est un des plus beaux immeubles de l’une des plus belles rues du Vieux-Hull. C’est assez spécial. Je manque de qualificatif pour exprimer ma surprise. C’est extrêmement dommage. On dépense des millions de dollars d’argent public sur cette rue-là pour en faire l’un des plus beaux secteurs commerciaux de la ville. On est en droit de s’attendre à ce que les commerçants respectent les règlements en vigueur.»

La corniche du café-bar Aux 4 jeudis avant les rénovations.

M. Duhamel pourra faire une demande d’étude afin de faire autoriser les travaux déjà réalisés. Cette demande devra être analysée par le conseil local du patrimoine et par le conseil municipal. «Je ne vois vraiment pas comment le conseil pourrait accepter une telle chose», a affirmé M. Tessier.

«Une urgence»

Contacté par Le Droit, M. Duhamel a affirmé avoir dû procéder à ces travaux en raison de l’urgence de la situation. «L’eau s’infiltrait en abondance par différents endroits du toit et endommageait l’intérieur, a-t-il expliqué. En défaisant la toiture, on s’est rendu compte que toute la structure de la corniche était pourrie et sur le point de s’effondrer. Quand le toit se met à couler, ce n’est pas le temps d’aller chercher un permis à la Ville. J’ai fait ce qui semblait être la bonne chose pour ma business. Pour refaire la toiture, il a fallu retirer la très lourde corniche qui était irrécupérable. On a dû trouver une solution rapidement. On a refait une corniche à partir des photos d’époque.»

La corniche du café-bar Aux 4 jeudis avant les rénovations.

Une corniche caractérisque

Cette dernière affirmation de M. Duhamel fait sursauter l’historienne Michelle Guitard qui a catalogué et catégorisé tous les immeubles du Vieux-Hull. «Cette corniche était typique de ce qui était construit à Hull après le Grand feu de 1900, dit-elle. Ce type de corniche de style à l’italienne était la spécialité du quincaillier Kelly-Leduc. Plusieurs commerçants de Hull ont eu ce type de corniche avec des parapets, une console et des frises tout le tour. La corniche du café-bar Aux 4 jeudis était un rappel de l’époque qui a suivi le Grand feu. Là, ce qui la remplace ne ressemble à rien. C’est n’importe quoi.»

Claude Royer de l’Association des résidents de l’île de Hull admet être outré par l’attitude du propriétaire de l’immeuble. «Il n’a fait aucune demande de permis pour exécuter ces travaux, dit-il. Il n’a même pas tenté d’avoir au moins l’air respectueux du passé patrimonial des Gatinois et de l’immeuble qu’il a entre les mains. C’est très étonnant compte tenu des efforts que la Ville met dans ce secteur. On dépense beaucoup d’argent des Gatinois pour embellir l’endroit. Qu’un propriétaire pense pouvoir bafouer tout ça en catimini me dépasse.»

Ce dernier a toutefois tenu à saluer l’attitude de la Ville de Gatineau dans le dossier qui a été, selon lui, exemplaire. «Dès que la Ville a été mise au fait de cette altération, elle a réagi en envoyant un avis d’infraction au propriétaire.» Malgré la confirmation de la Ville et du président du comité exécutif de l’émission de cet avis d’infraction, M. Duhamel a avancé, mardi, qu’il n’avait toujours pas reçu cet avis.