C'est dans ce secteur de la rue Morin que le projet devrait voir le jour.
C'est dans ce secteur de la rue Morin que le projet devrait voir le jour.

Rue Morin: de nid de taudis à pôle culturel

Tout vient à point à qui sait attendre, dit le proverbe. L’attente fut d’environ cinq ans, mais aujourd’hui, le maire Maxime Pedneaud-Jobin est sur le point de remporter son pari sur la rue Morin, alors que le milieu artistique se prépare à se doter d’une infrastructure majeure qui a tous les outils pour devenir une plaque tournante dans la région.

« On a les pieds dans la mélasse », lançait, frondeuse, l’ex-conseillère municipale Denise Laferrière, en 2016, à l’aube de son retrait de la vie politique après avoir représenté le centre-ville pendant pendant 16 ans. Elle dénonçait alors la lenteur avec laquelle le maire faisait avancer les dossiers dans l’axe culturel Montcalm depuis son élection, trois ans auparavant.

Gatineau venait de dépenser 9,3 millions $ pour exproprier les propriétaires de taudis sur la rue Morin et refaire la rue dans l’espoir de susciter une étincelle dans son pôle culturel. Le premier appel d’intérêt lancé par la Ville pour vendre les terrains est demeuré lettre morte.

Puis, la communauté artistique s’est mobilisée et les choses ont commencé à débouler. Une coopérative d’habitation de 49 unités de logement réservées aux artistes a été inaugurée en février 2019. En parallèle, le Sentier culturel gagnait en notoriété dans le centre-ville et la Coopérative des Ateliers du ruisseau planchait de son côté sur un projet pour positionner l’axe Montcalm comme un véritable pôle culturel. Le plan est aujourd’hui sur le point de se concrétiser.

La directrice générale de Culture Outaouais, Julie Martineau

« C’est énorme comme projet, lance la présidente de la commission des arts et de la culture de Gatineau, Isabelle N. Miron, en parlant des Ateliers du ruisseau. C’est très enthousiasmant. C’est aussi quelque chose de nouveau dans la mesure ou Gatineau tente moins de faire et plus de faire faire, d’être plus dans un rôle d’accompagnement des organismes que les porteurs de projets. Les Ateliers viennent démontrer que les groupes qui s’organisent, qui développent des projets sérieusement seront reçus avec un esprit d’ouverture par leur ville. Le rôle de la Ville n’est pas de proposer des projets, mais de les recevoir et d’accompagner ceux qui les portent. »

Le besoin d’ateliers d’artistes à Gatineau était devenu criant. De nombreux artistes devaient s’expatrier ailleurs au Québec ou à Ottawa pour créer et ultimement vendre leurs œuvres. Le rapport produit par Yvon Leclerc en 2015 était clair à cet effet. « Pour la municipalité, c’est un projet de revitalisation, explique la directrice générale de Culture Outaouais, Julie Martineau, mais pour le milieu artistique c’est un outil qui permettra de combler un manque important. Les besoins en atelier touchent toutes les générations d’artistes dans la région. Ça va donner aux artistes l’occasion de créer ici, de produire ici et de vendre ici. Ils seront mieux connus. Ça va aider au sentiment d’appartenance et il y aura une économie qui va se créer autour de ça. »

Mme Martineau salue l’ampleur du projet d’ateliers d’artistes sur la rue Morin, mais elle souligne qu’il vient s’ajouter à une série de gestes et de réalisations qui témoignent du nouveau dynamisme qui caractérise le milieu culturel à Gatineau. La Ville, rappelle-t-elle, va résolument de l’avant avec son plan pour les bibliothèques. Elle a modifié sa réglementation pour permettre aux artistes de pouvoir travailler de leur domicile. Le nouveau centre d’exposition L’Imagier, à Aylmer, reconstruit au coût de 2,6 millions $, a ouvert ses portes en 2019. Plus récemment, deux institutions culturelles phares de Gatineau, l’Artishow et l’Avant-première ont annoncé mettre leurs efforts en commun pour un projet de 12 millions $ destinés aux arts vivants dans l’édifice numéro 9 du 100, rue Gamelin. « Pendant plusieurs années, on n’a pas beaucoup eu beaucoup de projets à portée culturelle à Gatineau, note Mme Martineau. Ce n’est pas que le milieu n’essayait pas, mais là on voit vraiment que plusieurs projets progressent rapidement et ça témoigne du dynamisme et de l’implication du milieu culturel. »