Le Centre Robert-Guertin
Le Centre Robert-Guertin

Robert-Guertin continuera d’accueillir les sans-abri pour un an

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Volte-face dans le dossier du Centre Robert-Guertin : censé reprendre ses activités le 21 août, l’aréna continuera de servir de refuge d’urgence pour les sans-abri pour les douze prochains mois. 

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) en a fait l’annonce vendredi après-midi dans un communiqué de presse.

La direction de la santé publique a recommandé le maintien du centre d’hébergement d’urgence comme était la meilleure solution pour assurer aux populations vulnérables une stabilité dans le contexte de la pandémie de COVID-19. « Aucun des 14 autres sites analysés ne répondait aussi bien aux critères quant aux besoins de cette population déjà fragilisée, tout en étant à proximité des services. Cela permettra également d’éviter un déménagement précipité pouvant nuire aux gains effectués au cours des derniers mois », indique la missive. 

La reconversion de l’aréna municipal en centre d’hébergement est le dernier chapitre d’une longue saga déclenchée par un incendie au Gîte Ami la nuit du 31 décembre 2019. Depuis l’ouverture du refuge en mai, l’incertitude planait à savoir combien de temps la soixantaine de lits pourrait y rester, et quel site pourrait les accueillir une fois que Robert-Guertin reprendrait ses activités. Le CISSSO évoquait d’abord une fermeture en juillet, puis l’a déplacée à août, à temps pour permettre le retour des Olympiques de Gatineau sur leur patinoire.


« Savoir que ça va être là 12 mois, c’est déjà rassurant. C’est beaucoup plus aidant sachant qu’on veut aider les gens à retrouver une certaine stabilité. »
Lise Paradis

Il était minuit moins une pour la Soupe populaire de Hull, à qui a été confiée la gestion du refuge. Son directeur général, Michel Kasongo, peut enfin souffler : l’incertitude devenait de plus en plus difficile à supporter, a-t-il confié. Jeudi soir, la veille même, la ville, le CISSSO et des acteurs du secteur communautaires ont tenu une rencontre de laquelle tous sont repartis sans réponses. « Je jubile. Au nom de cette population qui bénéficie directement de ces services, je jubile. C’est la fin d’une grosse tempête, s’est-il emballé vendredi. Nous étions supposés déménager le 21 août. On s’approchait de cette date-là dans beaucoup d’inconnu. (…) La réponse vient calmer le jeu. Cette décision répond à plusieurs questions au niveau du terrain, de l’administration, d’enjeux politiques… » 

Parmi les 14 autres options étudiées, le CISSSO avait envisagé de mettre sur pied un nouveau centre d’hébergement dans l’édifice situé au 55, rue Marengère, dans le secteur Pointe-Gatineau. Pour le Gîte Ami, « ce n’était pas évident de collaborer à cette décision-là, affirme sa directrice exécutive Lise Paradis. Il y avait un sentiment de rejet ; les gens sentaient qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans le quartier (de Pointe-Gatineau). Je vous dirais que le bâtiment du 55, rue Marengère aurait été beaucoup mieux, mais au niveau de l’emplacement, la proximité du Gîte Ami et du nouveau centre de supervision des surdoses fait que le transport se fait plus facilement. »

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Mme Paradis a fait partie du comité de sélection qui a étudié les 15 sites potentiels. Le groupe de travail s’est notamment penché sur des centres communautaires, un site patrimonial, des logements privés, l’ancien édifice des Servantes de Jésus-Marie, et sur le manège militaire Salaberry. Les pépins étaient nombreux : les sites étaient trop petits, il n’y avait pas assez de douches, le moindre réaménagement était interdit, le propriétaire refusait de louer, il y avait encore des activités en cours… 

« Savoir que ça va être là 12 mois, c’est déjà rassurant. C’est beaucoup plus aidant sachant qu’on veut aider les gens à retrouver une certaine stabilité », ajoute Mme Paradis. 

Lise Paradis

Soulagement dans Pointe-Gatineau 

La perspective de voir une soixantaine de sans-abri emménager dans leur quartier a donné des sueurs froides à certains résidents du secteur Pointe-Gatineau, où se trouve le 55, rue Marengère. 

En date du mercredi 5 août, une pétition virtuelle et physique avait récolté 820 signatures de citoyens s’opposant à cette option. Vendredi après-midi, la résidente derrière cette initiative elle aussi a vécu un grand soulagement. « On aurait aimé être consultés, souffle Sylvie (nom fictif). Il y aurait eu un grand impact à une décision comme celle de relocaliser des itinérants dans un quartier résidentiel, sur le plan socioéconomique, sur la santé publique, sur la valeur des maisons… » 

« Je crois que c’est pour le meilleur des deux parties, tant pour les citoyens que pour les itinérants, qui vont pouvoir rester dans leur élément dans la prochaine année. »