La Corporation des entrepreneurs généraux du Québec dénonce notamment l'octroi sans appel d'offres d'un contrat pour la gestion du projet de construction du futur complexe Guertin.

« Rien ne justifie une telle décision »

En évacuant le principe d'appel d'offres à plusieurs niveaux dans le projet Guertin, la Ville de Gatineau « mine la confiance du public envers ses institutions », soutient Fouad Geara, président de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec (CEGQ) dans une lettre adressée au ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, et dont Le Droit a obtenu copie en exclusivité.
Cette lettre a été acheminée, jeudi, au ministre Coiteux. La CEGQ s'oppose farouchement à ce que l'Assemblée nationale adopte le projet de loi privé demandé par le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Il s'agirait, selon l'important lobby du milieu de la construction, d'une décision lourde de conséquences.
« Rien ne semble justifier une telle décision, sinon la mauvaise planification de gestion de contrats de construction de la Ville de Gatineau », poursuit M. Geara. 
La CEGQ dénonce particulièrement l'octroi sans appel d'offres d'un contrat pour la gestion du projet de construction, l'octroi sans appel d'offres d'un bail emphytéotique de 25 ans, l'octroi sans appel d'offres d'un contrat pour la location des glaces du nouveau complexe d'une durée de 25 ans et de l'octroi sans appel d'offres des mandats professionnels pour les services professionnels.
« À risque »
L'organisme s'inquiète aussi de l'absence d'exigence de cautionnement d'exécution qui, dit-il, « met à risque la Ville de Gatineau de ne pas recevoir ces travaux et devoir reprendre à ses frais la construction et/ou l'opération de cette importante infrastructure publique. »
Le CEGQ soutient aussi qu'en cas de défaut du cocontractant, les entrepreneurs, fournisseurs et travailleurs sont à risque de ne pas être payés autrement que par la publication d'une hypothèque légale sur le bâtiment. 
Le Droit révélait, dans son édition de vendredi, que plusieurs entrepreneurs généraux de la région s'inquiétaient et dénonçaient, sous le couvert de l'anonymat, les façons de faire de la Ville de Gatineau dans le dossier Guertin. Selon la CEGQ, que cela survienne « au lendemain de la Commission Charbonneau, à l'heure de la transparence et de la saine gestion des deniers publics », ne fait qu'exacerber la frustration des principaux intéressés. 
« Soustraire cette municipalité des exigences de la loi créé un dangereux précédent pour d'autres municipalités qui trouveront cette façon de faire plus facile quel e recours aux appels d'offres publics, ajoute le président de la CEGQ. Au surplus, cette demande de la Ville de Gatineau est également injustifiée puisqu'il y a plusieurs entrepreneurs généraux dans cette région qui peuvent répondre à un tel appel d'offres et assurer un bon niveau de concurrence. »
Le maire de Gatineau n'a pu être joint pour une réaction vendredi. Son cabinet a indiqué qu'il serait disponible mardi.