Benoit Leblanc (à droite) s’entretient avec un citoyen, dans son véhicule motorisé, durant un repas.

Rien dans les mains, rien dans les poches

Dans le Vieux-Hull, le véhicule récréatif beige de l’organisme Itinérance Zéro Gatineau s’arrête à onze endroits prédéterminés où il accueille une clientèle éclatée : des sans-abris, des familles pauvres et ce que Benoit Leblanc, son directeur, appelle des « itinérants de deuxième ligne », c’est-à-dire ceux qui font occasionnellement du couchsurfing par nécessité, pas par exotisme ou esprit d’aventure.

Le VR effectue ses patrouilles trois soirs par semaine dans le Vieux-Hull et une fois dans le Vieux-Gatineau.

Chaque semaine, l’on y sert de 300 à 400 repas. « On pourrait facilement monter à 1500, 2000, mais on n’a pas les ressources pour le faire. On en a qui travaillent au fédéral, qui ont été victimes du système Phénix, qui ont tout perdu, qui ont de la difficulté à se relever, parce qu’il y a eu un divorce, etc. Ils viennent chercher des repas, ils viennent chercher des trucs et s’en retournent dans leur petite chambre qu’ils ont louée. On a beaucoup d’anciens combattants », explique Benoit Leblanc, le directeur d’Itinérance Zéro Gatineau, un entrepreneur qui oeuvre, le jour, en entretien paysager (l’été) et en déneigement (l’hiver). Le soir, il conduit sa caravane motorisée – un don d’un couple de Papineauville – accompagné de deux ou trois bénévoles et y sert une soixantaine de repas préparés dans le sous-sol d’une église de Val-Tétreau. 

En tout, une vingtaine de bénévoles consacrent quelques heures de travail par semaine à ce que M. Leblanc considère davantage comme « un mouvement citoyen », plus qu’un organisme sans but lucratif. Ne vivant d’aucune subvention, Itinérance Zéro se résume à une page Facebook et à ses 3200 membres inscrits. Depuis cinq ans, on distribue des vêtements, des trousses d’injection, des condoms et des repas à une clientèle hétéroclite et désespérée.  

Un tableau peu reluisant

Le plus récent bulletin Noir sur blanc du Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO) accordait un médiocre D aux instances de la région, pour leur piètre performance pour répondre aux besoins des gens dans cette condition. 

Les statistiques présentées par le CRIO sont peu reluisantes : les ressources d’hébergement d’urgence de la région ont accueilli 937 personnes en 2016. Au chapitre de l’aide alimentaire, 138 052 repas ont été servis en Outaouais ; une hausse de 17 % par rapport à 2015. 

Les lundis, jeudis et samedis soirs, le VR de M. Leblanc arpente donc le Vieux-Hull, à la manière de la Pop Mobile à Monréal dont il s’inspire ; le mercredi soir, l’autocaravane s’installe dans le Vieux-Gatineau au Marché Notre-Dame. 

Sandwiches, soupe, café et quelques sourires gratuits y sont distribués.

On commence à 18 h (« parce que les bénévoles ont des emplois de jour ») et on termine vers minuit, « parfois 1 h ou 2 h », ajoute M. Leblanc. 

Après la distribution des repas, le véhicule motorisé va se poster au coin du boulevard des Allumettières et de la rue Saint-Rédempteur, pour continuer à être disponible pour sa clientèle bigarrée.

Et quelle est-elle cette clientèle ? M. Leblanc l’estime à 30 % composée de sans-abris, 15 % d’itinérants occasionnels et le reste, de familles qui ne joignent tout simplement pas les deux bouts, plusieurs jeunes et une dizaine d’anciens combattants.