Des collectes ont encore dû être annulées à cause de retards accumulés par Derichebourg.

Retards dans les collectes de matières résiduelles à Gatineau: Unifor blâme Derichebourg

Pendant que la Ville de Gatineau évalue si de nouvelles amendes seront imposées à Derichebourg pour les plus récents retards dans la collecte de matières résiduelles, le syndicat Unifor n’hésite pas à blâmer l’entreprise pour les mauvaises conditions de travail.

Entre le mois de juin et le 8 octobre, la compagnie a dû verser 15 500 $ à la Ville en raison de différents retards dans les collectes sur le territoire. Chaque fois, les amendes variaient entre 500 et 1000 $. Au sujet des événements de la semaine dernière, le Service des communications soutient que le dossier est « en évaluation » et qu’aucune décision n’a encore été prise. 

Dimanche, la Ville de Gatineau a décidé d’annuler la collecte de matières compostables prévue jeudi et vendredi dernier, celle-ci n’ayant pas pu être complétée en raison du retard accumulé. Les citoyens ont été invités à retirer leur bac brun en bordure de rue et à le remettre en place les 21 et 22 novembre. 

« On aurait créé du retard en essayant de rattraper d’autres retards. Et à l’automne ou en hiver, il y a moins d’impacts si le compost reste dans le bac une semaine de plus », de dire la porte-parole de la Ville, Bianca Paquette.

Des retards avaient aussi été notés dans la collecte du recyclage à certains endroits au cours de la semaine dernière. 

La pénurie de main-d’œuvre à laquelle est confrontée la multinationale française explique cette problématique, selon la Ville. Des employés de la région de Montréal sont même venus prêter main-forte à leurs collègues de Gatineau samedi afin de rattraper le retard. 

« Ce sont des enjeux de recrutement. Ils ont un nombre d’employés suffisant, mais ils n’ont pas de marge de manœuvre. Par exemple, s’il y a quatre employés de moins sur le terrain, c’est deux camions de moins dans les rues. Et avec la neige sur la chaussée la semaine dernière, ç’a ralenti les opérations », note Mme Paquette. 

Pour une collecte régulière, sans retard et en dehors des collectes spéciales, la flotte de Derichebourg est composée de 32 camions sur le territoire gatinois.

De son côté, l’entreprise s’est refusée à tout commentaire. Cyrille Nottoli, directeur des activités chez Derichebourg, a référé Le Droit à la Ville de Gatineau pour expliquer les causes de ces nouveaux retards. 

« Approche rébarbative »

Le syndicat Unifor, qui représente les quelque 90 employés de Derichebourg à Gatineau, affirme que l’employeur peut avoir recours à une agence de placement pour combler les absences et pallier les retards. Or, dit-il, l’autobus qui transportait les travailleurs la semaine dernière n’est jamais arrivé à destination.

Selon le représentant national d’Unifor, Olivier Carrière, l’employeur aurait aussi demandé aux aides-éboueurs de faire des heures supplémentaires samedi pour rattraper les retards. Seuls quelques-uns ont répondu à l’appel. 

Mais au-delà de tous ces aspects, ce sont les conditions salariales et les relations de travail qui sont à pointer du doigt pour la pénurie de main-d’œuvre qui afflige Derichebourg, affirme-t-il. 

« À 13,28 $ l’heure comme aide-éboueur, c’est clair que tu n’attires personne, considérant que la moyenne ailleurs au Québec est de 17 ou 18 $. Il y a de meilleurs salaires dans le commerce de détail. L’employeur s’entête à payer cela et nous, nous voyons un lien direct entre la pénurie et les conditions de travail. Et depuis que les employés se sont syndiqués, il a une approche bien plus rébarbative que collaborative », se désole-t-il. 

À Montréal, Derichebourg doit offrir une meilleure rémunération en vertu d’un décret sur l’enlèvement des déchets, mais il ne l’offre pas à Gatineau, dit le syndicat, « sous prétexte qu’il n’a pas l’obligation de le faire ». 

M. Carrière ajoute que plusieurs employés ont démissionné au fil des derniers mois. 

Pendant ce temps, la première convention collective des employés nouvellement syndiqués n’est toujours pas signée. Comme les négociations et la médiation n’ont pas porté fruit, des audiences en arbitrage de différend ont commencé le mois dernier et se poursuivront en janvier. C’est un arbitre qui tranchera sur le contenu du contrat de travail.