Pierre Samson, président de la Chambre de commerce de Gatineau, s’inquiète du plan déposé par le ministre de l’Immigration.

Réduction du seuil d’immigration: «incompréhension» à Gatineau

Le milieu des affaires de Gatineau, aux prises avec une sévère pénurie de main-d’oeuvre, avoue être dans l’«incompréhension» face à l’annonce du gouvernement Legault, mardi, de réduire le seuil d’immigration d’environ 20 %, faisant passer le nombre d’immigrants à venir s’établir au Québec de 50 000 à 40 000 dès l’an prochain.

Le plan déposé par le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, laisse aussi entrevoir une diminution du nombre de travailleurs issus de l’immigration en 2019, faisait passer leur nombre d’environ 31 000 cette année à un peu plus de 23 000 l’an prochain. 

«On est dans l’incompréhension, lance le président de la Chambre de commerce de Gatineau (CCG), Pierre Samson. C’est comme si la pénurie de la main-d’oeuvre qui frappe la province n’était pas prise en considération par ce gouvernement. La baisse du seuil dès 2019 va faire très mal aux entreprises. Nous sommes déçus de la position du gouvernement. Après toutes les données présentées au gouvernement, je m’attendais à ce qu’il change de discours. Il semble tenir beaucoup à la réduction du nombre d’immigrants.»

Gatineau est le deuxième pôle d’immigration au Québec. Plus de 10 % de sa population vient de l’immigration. Ses services d’intégration au marché du travail sont cités en exemple à la grandeur de la province, si bien que le taux de chômage des personnes immigrantes avoisine 6,5 %. Malgré cela, la Ville de Gatineau estime à plus de 35 000 le nombre d’emplois qui ne trouveront pas preneur dans la région au cours des prochaines années. Il s’agissait d’ailleurs d’un élément soulevé par l’ancienne conseillère Mireille Apollon, en 2015, lors des consultations publiques sur la nouvelle politique québécoise en matière d’immigration et d’inclusion.

Selon l’homme d’affaires Jean Ravenda qui pilote le dossier de la pénurie de la main-d’oeuvre à la CCG, le plan du gouvernement Legault suscite énormément de questions. «L’ancien gouvernement avait un plan de cinq ans pour s’attaquer à la pénurie de la main-d’oeuvre et ce plan présentait l’immigration comme l’une des principales solutions. Le nouveau gouvernement ne semble pas y accorder la même importance. C’est comme si le feu était pris et qu’on réduisait le nombre de pompiers pour faire une réflexion sur comment on pourrait avoir de meilleurs pompiers.»

À la Ville de Gatineau, le maire Maxime Pedneaud-Jobin, qui a souvent répété que la question des seuils était un faux débat, n’était pas disponible pour offrir sa réaction devant l’annonce du gouvernement caquiste. Le président de la commission de développement économique, Jean-François LeBlanc a pour sa part affirmé que «si c’est un recul pour un an afin de reprendre plus tard et mieux les intégrer [immigrants], je trouve ça correct». Selon lui, continuer d’accueillir des personnes immigrantes et ne pas les intégrer convenablement n’est «pas convenable». 

«C’est vrai que la pénurie de main-d’oeuvre qu’on vit en ce moment et qui est annoncée depuis plusieurs années pourrait trouver une partie de sa solution dans l’immigration, mais laissons le gouvernement fédéral prendre une position sur ce sujet et accueillons chaleureusement les immigrants qui passent par Toronto ou Ottawa, car le déplacement de ceux-ci n’est pas contrôlé à l’intérieur du Canada, a-t-il dit. Nous savons que les personnes immigrantes de Gatineau ne passent pas toutes par Québec. Gatineau a toujours été un exemple pour accueillir des immigrants, peu importe leur provenance.»