Le secteur de La Cité fait partie des grands pôles de développement urbain à Gatineau. Mais depuis près de 30 ans, la rainette faux-grillon se dresse devant les ambitions des développeurs.

Rainette: Gatineau presse Québec de mettre fin à un «moratoire déguisé»

Ça fait bientôt faire 30 ans que le secteur de la Cité est identifié comme un lieu privilégié pour du développement urbain. Le schéma d’aménagement le présente comme le 2e pôle en importance à Gatineau. Après le centre-ville c’est là que la densité de la population doit éventuellement être la plus forte.

Le secteur a fait l’objet de centaines de millions de dollars d’investissements publics, notamment pour la Maison de la culture, le Cégep, le Centre sportif, les Archives nationales et plus récemment pour le futur aréna Guertin et trois glaces communautaires. L’endroit est desservi par la plus importante station du Rapibus. La situation géographique du secteur et l’intérêt qu’il suscite font dire à plusieurs qu’il s’agit du véritable centre-ville de Gatineau. D’importants projets résidentiels et commerciaux sont prêts à lever.

La rainette se dresse

Mais depuis 30 ans, une toute petite bête en voie de disparition, la rainette faux-grillon de l’ouest, se dresse devant tous les promoteurs qui ont des projets à cet endroit. Sa dernière victime ; la Ville de Gatineau. La présence de la petite grenouille dans le secteur a retardé l’obtention des certificats d’autorisation environnementale pour le futur aréna Guertin, si bien que cela a fait gonfler la facture d’environ 1 million $.

La rainette est maintenant au centre d’un autre blocage gouvernemental qui cible les projets de trois promoteurs privés, Roger Lachapelle, Nader Dormani et Alain Adam. Ce dernier a un projet résidentiel et commercial évalué à plus de 500 millions $ dans le secteur. Plus de 1000 unités de logement, des commerces et possiblement un hôtel doivent voir le jour.

M. Adam a obtenu, il y a quelques années, un premier certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement lui permettant de détruire un milieu humide pour faire des aménagements de surface. « On a offert une compensation à Québec pour ça, dit-il. On a offert un milieu de biodiversité qui sera protégé à perpétuité qui est de loin supérieur à ce qu’il y avait ici. On a joué selon les règles du gouvernement. Mais on est toujours bloqué. »

« Moratoire déguisé »

De fait, la présence de la rainette dans le secteur nécessite l’obtention par le promoteur d’un deuxième certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement, mais qui doit être approuvé par le ministère de la Faune.

Aux dernières nouvelles, ce ministère refuse toujours d’émettre le certificat, de crainte de voir un village gaulois de rainette disparaître. Bien des intervenants à Gatineau commencent à perdre patience. On juge à la Ville qu’il n’y a plus aucun espoir de pérennité pour la petite grenouille dans ce secteur.

Lors des négociations avec Québec pour l’obtention du certificat d’autorisation permettant la construction du futur aréna Guertin, en 2017, Gatineau a convenu d’accélérer l’élaboration d’un protocole de protection de la rainette qui doit viser l’ensemble du territoire de la Ville.

L’entente entre Gatineau et les ministères de l’Environnement et de la Faune doit être signée avant la fin de l’année.

Interpellés à ce sujet par Le Droit, des membres de l’administration municipale laissent entendre que des fonctionnaires au ministère de la Faune estiment qu’un moratoire sur la construction est en place tant que le plan de protection de la rainette n’aura pas été signé.

Ces fonctionnaires au fait du dossier perçoivent dans la façon de faire de Québec l’imposition d’un « moratoire déguisé » qui n’a pas lieu d’être, qui ne figure dans aucun texte ni entente et qui, selon eux, doit cesser rapidement afin que le développement du secteur de la Cité puisse se réaliser.