Les radars photo sont inactifs depuis un an et demi à Gatineau.

Radars photo mobiles: pas un sou depuis mars 2017

Pas une seule contravention n’a été émise par un radar photo mobile sur le territoire de Gatineau au cours des 17 derniers mois. Depuis mars 2017, l’ensemble des appareils ont rapporté un maigre 271 000 $ au gouvernement du Québec, un montant généré uniquement par le cinémomètre fixe installé à l’angle des boulevards Maisonneuve et Sacré-Coeur, dans le secteur Hull.

Seulement durant le mois de juillet qui vient de se conclure, le radar photo à cet endroit a permis de décerner 329 contraventions à des conducteurs au pied pesant, soit en moyenne 10 par jour. Au total, cela représente un montant de 43 958 $. Depuis sa mise en opération il y a deux ans, l’appareil a permis de récolter près de 1,3 million $, ce qui en fait le huitième radar photo fixe le plus payant à travers la province. Celui qui trône de loin au premier rang est situé sur l’autoroute 15 Sud à Montréal, avec une faramineuse récolte de 25,2 millions $. 

Quant aux quatre appareils mobiles déployés en alternance sur 21 sites à Gatineau, ils n’ont généré aucun nouvel argent dans les coffres de l’État depuis mars 2017. Comme dans d’autres régions, ils n’ont toujours pas repris du service à la suite du jugement rendu par la Cour du Québec en novembre 2016, et ce, même si le gouvernement a indiqué ces derniers mois qu’il s’attend à ce que le nombre de contraventions reparte à la hausse et revienne éventuellement à son rythme de croisière observé antérieurement. 

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) se défend en affirmant que ce n’est qu’une question de temps avant que la tendance se renverse. 

« Nous avons annoncé différentes mesures afin de retrouver le rythme habituel, par exemple des modifications législatives au Code de la sécurité routière. Il y aura aussi les nouvelles règles qui viendront encadrer la présentation de la preuve ainsi que les outils informatiques pour les autorités compétentes, pour se conformer aux exigences des tribunaux. L’ensemble des mesures qui permettront un retour à la normale sont déployées par étapes. De mois en mois, on observe une augmentation », assure le porte-parole Alexandre Bougie. 

Ce dernier explique qu’une multitude de facteurs peuvent influencer le nombre de constats émis et les disparités entre les régions de la province, notamment le nombre d’appareils mobiles et de sites, le débit de circulation et les opérations radar des policiers. 

« On n’arrête pas de faire des opérations pour en prioriser d’autres ailleurs. Et la simple présence d’un radar photo permet d’améliorer le comportement des automobilistes, il y a un impact sur la sécurité routière, c’est prouvé », lance M. Bougie. 

Près de 5 M$ en trois ans

Depuis l’implantation du projet à Gatineau, en 2015, les radars photo mobiles ont rapporté une somme de 3 636 000 $, selon les données compilées par le ministère de la Justice. Au total, 38 383 constats d’infraction ont été acheminés par la poste à des automobilistes. Si l’on inclut le radar photo fixe, c’est donc un montant global de 4 932 000 $ qui a été cumulé en quasi trois ans. 

Comme c’était le cas il y a deux ans, la première position du palmarès des constats d’infraction revient à l’axe des boulevards Gréber et Fournier, où les 5811 constats distribués grâce à la photographie des plaques d’immatriculation a permis de récolter 566 000 $ en date du 31 juillet. Loin derrière, on retrouve un segment du boulevard des Allumettières (entre Vanier et Wilfrid-Lavigne) avec un cumul avoisinant les 387 000 $. Le top-3 est complété par les boulevards Saint-Raymond et Pink, endroit où 2722 contraventions ont été acheminées, permettant d’amasser 237 000 $.

Au nombre des autres sites qui ont été lucratifs sur le réseau routier gatinois, on retrouve par exemple les boulevards Maloney, Maisonneuve, Saint-Joseph et de la Carrière, ainsi que le chemin d’Aylmer.

On sait que les appareils sont fréquemment installés dans des zones scolaires où la limite de vitesse permise est de 30 ou 50 km/h. C’est à proximité de l’école primaire Jean-de-Brébeuf, sur le boulevard Alexandre-Taché, que le plus grand nombre d’infractions ont été commises (113 000 $). Les écoles de l’Odyssée (76 000 $), Saint-Jean-de-Brébeuf (63 000 $) et du Vieux-Verger (55 000 $) suivent au classement.

La caméra au feu rouge installée à l’intersection de Maisonneuve et Sacré-Coeur a quant à elle permis de décerner 137 billets d’infraction depuis deux ans, ce qui représente un montant de 23 000 $. 

Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) n’a pas souhaité commenter, disant que le dossier relevait du MTQ.

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BIENTÔT UN RETOUR À LA NORMALE, DIT FORTIN

Le ministre des Transports et député de Pontiac, André Fortin, affirme avoir confiance que les dizaines de radars photo au Québec y compris ceux de Gatineau recommenceront à opérer pleinement à court et moyen terme. 

« Avec tous les changements réglementaires et législatifs effectués, les modifications au système informatique et la formation de nouveau personnel, ils sont un outil de plus pour améliorer la sécurité des usagers de la route », affirme-t-il dans une déclaration écrite acheminée au Droit.

Selon lui, ces appareils sont fiables et ont un effet dissuasif, en plus d’encourager les comportements responsables. 

À moins de deux mois des élections provinciales, M. Fortin estime qu’il n’y a pas lieu de s’engager à hausser le nombre d’appareils 

« Il y a un nombre suffisant de radars photo en place sur nos routes [...], cependant les municipalités sont libres d’en installer davantage sur leur territoire », dit-il. 

L’aspect pédagogique

Du côté de CAA-Québec, on se réjouit que les radars photo puissent contribuer à faire ralentir les automobilistes en Outaouais comme ailleurs en province.

« Ça ne peut qu’être une bonne nouvelle. S’il y a une limite de vitesse imposée sur les routes, c’est qu’il y a une raison. Il faut en tenir compte. Une voiture, ça peut devenir une arme si c’est mal utilisé. [...] Et un radar photo a sa pertinence dans la mesure où il est installé dans une zone hautement accidentogène ou dans laquelle il est difficile pour les policiers de faire des opérations. On voit qu’il y a une pédagogie derrière ça, ça fait en sorte que les gens sont plus consciencieux », affirme la porte-parole Annie Gauthier. 

Elle précise que l’organisme tient à ce que ces appareils soient utilisés « au bon endroit, pour les bonnes raisons ».

« L’utilisation des fonds récoltés grâce aux constats d’infraction doit à la fois être transparente et servir en contrepartie à redonner pour la sécurité routière. Pour nous, ce sont des incontournables », soutient Mme Gauthier.

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TOP-10 DES SITES LES PLUS LUCRATIFS POUR LES RADARS PHOTO MOBILES À GATINEAU

1. Boulevards Gréber / Fournier: 566 000$

2. Boulevard des Allumettières (entre Vanier et Wilfrid-Lavigne): 387 000$

3. Boulevards Saint-Raymond / Pink: 260 000$

4. Boulevard Maloney Ouest (près de La Savane): 245 000$

5. Boulevard Saint-Joseph: 237 000$

6. Boulevards Maisonneuve et Allumettières: 193 000$

7. Chemin d’Aylmer / rue Principale: 191 000$

8. Boulevard de la Carrière: 188 000$

9. Boulevard Maloney Est (près du Centre académique de l’Outaouais): 158 000$

10. Boulevard Maloney Est (près du boulevard de l’Aéroport): 137 000$

Source : ministère de la Justice du Québec, en date du 31 juillet 2018

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LES RADARS PHOTO À GATINEAU DEPUIS 2015

  • 38 383 constats d’infraction signifiée* totalisant un montant de 3 636 168$ pour les 21 sites pour radars photo mobiles
  • 13 067 constats d’infraction totalisant un montant de 1 295 912$ pour le seul radar photo fixe (intersection des boulevards Maisonneuve et Sacré-Coeur)
  • 137 constats d’infraction totalisant un montant de 23 123$ pour la seule caméra au feu rouge (même intersection) 
  • Les 10 endroits les plus lucratifs pour les radars photo mobiles représentent 70% du montant total généré ($) par les infractions

* Il s’agit de constats dont la transmission au défendeur est réussie

Source : ministère de la Justice du Québec, en date du 31 juillet 2018

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TOP-5 DES SITES AVEC RADARS PHOTO MOBILES OÙ LA PROPORTION DE VÉHICULES EN EXCÈS DE VITESSE ÉTAIT LA PLUS ÉLEVÉE

  1. Boulevards des Allumettières et Maisonneuve : 36,1 %
  2. Chemin de Montréal Est : 34,8 %
  3. Boulevard de la Carrière : 33 %
  4. Boulevard La Vérendrye Ouest et montée Paiement : 30,7 %
  5. Rue Georges : 28,9 %

Source : ministère des Transports du Québec

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QUELQUES FAITS ET CHIFFRES*

  • La vitesse moyenne observée aux sites d’utilisation des radars photo fixes est passée de 77 km/h en 2010 à 64 km/h en 2015
  • La proportion de véhicules excédant la limite de vitesse permise aux sites d’utilisation des radars photo fixes a chuté de 59% à 13% 
  • Le nombre d’accidents a respectivement baissé de 42% et 15% aux sites où l’on retrouve un radar photo fixe ou mobile
  • La vitesse est en cause dans 33% des accidents et la distance de freinage fait plus que doubler entre 30 et 50 km/h
  • L’incidence sur le comportement des usagers de la route est plus forte dans les zones de 70 km/h et de 90 km/h que dans celles de 50 km/h et de 60 km/h.

* Ces données n’incluent pas toutes celles de Gatineau car les appareils y ont été déployés à l’automne 2015 ainsi qu’à l’été 2016

Source : MTQ et SAAQ