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Maxime Pedneaud-Jobin vient de publier un premier livre aux Éditions David. Son titre, Passer de la ville à la cité, est une référence au philosophe des Lumières, Jean-Jacques Rousseau.
Maxime Pedneaud-Jobin vient de publier un premier livre aux Éditions David. Son titre, Passer de la ville à la cité, est une référence au philosophe des Lumières, Jean-Jacques Rousseau.

Publication de son premier livre: Maxime Pedneaud-Jobin veut «passer de la ville à la cité»

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Adolescent, Maxime Pedneaud-Jobin, comme bien des citoyens de la région à l’époque, tournait le dos à son Buckingham natal et disait aux gens qu’il rencontrait qu’il était originaire d’Ottawa. C’est au milieu de nulle part en Mongolie, âgé de 29 ans, alors qu’il marchait le long d’une rivière sur le plateau tibétain, qu’une famille autour d’une « yourte », au loin, est venue lui ouvrir l’esprit. C’est là qu’il a pris conscience de la force que peut avoir l’amour de notre coin de terre, celui où nos racines s’enfoncent dans le sol. Aujourd’hui maire de sa ville, la fierté d’être Gatinois fait partie intégrante de son discours politique.

Maxime Pedneaud-Jobin vient de publier un premier livre aux Éditions David, intitulé Passer de la ville à la cité. Lors du lancement, jeudi, le maire a expliqué qu’il a rédigé ce livre alors qu’il croyait encore se présenter à la mairie aux prochaines élections. Ce livre encapsule en quelque sorte ce qui devait être la suite de son action politique.

L’un de ses proches collaborateurs, Yvon Leclerc, a dit y voir un amalgame des visions portées par trois grands hommes politiques avec qui il a travaillé pendant sa carrière : le père de la Loi 101, Camille Laurin, l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, et l’ancien ministre de la Culture et ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier.

Se référant au philosophe des Lumières, Jean-Jacques Rousseau, M. Pedenaud-Jobin distingue la « ville », l’espace construit dont la gouvernance se résume à encadrer la livraison de service, de la « cité », l’espace habité, celui où les gens vivent et évoluent. Pour réaliser ce passage de la ville à la cité, la ville doit être mise entre les mains des citoyens et la corporation municipale, tout comme les élus, doit partager la gouvernance avec eux.

C’est lors d’un voyage en Mongolie que Maxime Pedneaud-Jobin a véritablement pris conscience de la fierté qu’il éprouvait pour Gatineau.

Une longue marche inachevée

Gatineau n’est pas encore passée de la ville à la cité, note M. Pedneaud-Jobin. « On a franchi un certain nombre d’obstacles, mais il reste beaucoup de travail à faire », dit-il. La marche est longue si on considère, comme l’explique le maire, que la publication du Rapport Beaudry, en 1992, en a été le premier pas et que la fondation de Laiterie de l’Outaouais, en 2008, a montré que le changement est véritablement amorcé.

Le fil conducteur de la vision défendue par le maire se trouve dans la participation citoyenne. « Un des leviers principaux pour que notre ville continue de se développer de façon intelligente, qu’elle continue d’innover et de créer des milieux de vie intéressants, c’est la participation citoyenne, dit-il. Il faut écouter le monde. Les gens savent ce qui est bon pour leur quartier. La contribution des citoyens permet de prendre de meilleures décisions. » Il faut toutefois que la corporation municipale laisse entrer les citoyens dans « la ville » et il y a un monde de différence entre la consultation et la vraie participation citoyenne, note le maire.

Les partis « incontournables »

M. Pedneaud-Jobin ne surprend personne en écrivant que les partis politiques comme celui qu’il a fondé sont incontournables pour une ville qui souhaite atteindre le statut de cité. « Plus l’action politique s’appuiera sur un programme élaboré au cours d’un processus sérieux et rassembleur, soutenu par des débats citoyens, mieux les élus et les services municipaux y trouveront l’expression des vœux de la population et verront l’obligation d’y donner suite », écrit-il dans son introduction.

Le maire rappelle que pour la première fois, en 2013, l’administration de la Ville de Gatineau se voyait donner un programme complet qui englobait toutes les sphères de l’action municipale pour les quatre prochaines années. Ce programme était issu des citoyens et porté par des élus.

Le rôle de ces derniers n’était plus alors de garder un œil sur le plan de match dressé par les fonctionnaires tout en tentant de réaliser quelques projets pour leur quartier, résume M. Pedneaud-Jobin, mais de s’assurer de porter dans l’administration la vision émise par le programme. « Ça demande à une administration de penser autrement, dit-il. Ce n’est plus la même vie politique. Ça implique un changement de culture […]. Pour une ville, ça nécessite une certaine dose d’humilité. »

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L'ÉCHEVIN : MODÈLE D'ÉLU «DÉPASSÉ», DIT LE MAIRE PEDNEAUD-JOBIN

Le type d’élu nécessaire au fonctionnement de la « ville » est radicalement différent de celui qui permet à la « cité » de prospérer, soutient le maire Maxime Pedneaud-Jobin dans son ouvrage Passer de la ville à la cité. En ce sens, le type de gouvernance proposée par des élus de type « échevin », ce notable sans grande démarche politique qui s’engage essentiellement à « être à l’écoute » et dont le programme est essentiellement celui de la fonction publique est « dépassé », dit-il. 


« Ce n’est pas le statut face à l’élection qui compte, c’est qu’est-ce que l’individu met sur la table comme vision. »
Maxime Pedneaud-Jobin

« Il y a encore des échevins parmi les élus indépendants à Gatineau, soutient le maire Pedneaud-Jobin. On est en période de transition. Je ne porte pas un jugement de valeur. C’est un modèle qui a été valable, mais qui ne l’est plus. Je ne parle pas en termes d’indépendant ou de membre d’un parti. Ce n’est pas le statut face à l’élection qui compte, c’est qu’est-ce que l’individu met sur la table comme vision. Se voit-il comme membre d’une sorte de conseil d’administration uniquement intéressé aux services de base ou voit-il son rôle comme celui d’un membre d’un gouvernement de proximité qui a une vision sur cinq ou dix ans ? » 

Dans son livre, M. Pedneaud-Jobin passe un chapitre à définir les caractéristiques de l’ancien type d’élu municipal et le nouveau modèle, porteur d’une vision et capable de transporter la ville vers le statut de cité. Un membre d’un parti politique qui est juste une « machine à gagner des élections » ne sera pas plus un gage d’évolution dans le monde municipal qu’un « échevin », soutient-il. 

« L’important c’est la vision qu’on porte, dit le maire. Est-ce celle d’une grande ville ou qui fait dans le micro local ? Est-ce que l’élu est là pour gérer les services d’une corporation ou pour s’occuper de communautés humaines qui ont, par exemple, des problèmes d’itinérance, de solitude ou d’accès à la culture ? Ça peut aussi être donné à un élu indépendant, mais à mon avis, à partir du moment où on veut s’appuyer sur un programme digne d’une grande ville, c’est plus difficile à développer tout seul. »