L’initiative prise par Audrey Bureau pour protéger la portion de 25 % de la forêt Boucher qui demeure ouverte au développement provoque un malaise au sein du conseil municipal.

Protection de la forêt Boucher: Audrey Bureau veut se racheter

L’appel à la mobilisation citoyenne fait par la conseillère du secteur Aylmer, Audrey Bureau, dans le temps des Fêtes, pour tenter de convaincre le conseil municipal de protéger la portion de 25 % de la forêt Boucher qui demeure ouverte au développement a été entendue.

Une pétition de plus de 15 000 signatures doit être présentée aux élus à cet effet, mardi soir. La sortie publique de la conseillère ne fait toutefois pas l’affaire de tous ses collègues. Certains admettent se sentir « inconfortables » face à une telle stratégie.

Audrey Bureau admet aujourd’hui regretter son vote d’octobre dernier en faveur du développement du méga centre Destination Vanier. « C’est sûr qu’aujourd’hui je voterais autrement dans ce dossier, lance-t-elle. La réaction des citoyens face à cette décision du conseil commande qu’on se remette en question et moi, je me suis clairement remise en question après ça. » Si Mme Bureau s’était prononcée contre le projet Destination Vanier, le vote aurait alors été de neuf élus pour, neuf élus contre, et aurait été rejeté.

La conseillère municipale Audrey Bureau

Comme le passé ne peut pas être changé, c’est maintenant de l’autre côté du chemin Vanier que Mme Bureau entend mettre ses énergies. C’est là que se trouve une portion de la forêt Boucher qui n’est pas protégée contre le développement. Les terrains appartiennent à un promoteur immobilier et le zonage lui permettrait un développement commercial et résidentiel. « L’ampleur de la mobilisation à la suite de ma lettre ouverte démontre clairement que les citoyens n’étaient pas au courant de la possibilité de développer ce 25 % de la forêt qui n’est pas protégé, estime la conseillère Bureau. Il est encore temps pour les gens de faire entendre leur opinion au conseil, il y a encore moyen d’agir pour inviter les élus à changer les choses et protéger cette portion du boisé. »

C’est lors du dernier mandat du maire Marc Bureau que la protection de 75 % de la forêt Boucher a été négociée. Cela avait été considéré comme un « immense gain » à l’époque rappelle la fille de l’ex-maire Bureau. « Mais en 2020, on est rendu ailleurs, insiste-t-elle. Les citoyens sont rendus ailleurs, notre planète est rendue ailleurs et la conscience écologique des citoyens aussi. J’ose espérer que le conseil municipal est aussi rendu ailleurs et qu’il aura la volonté de conserver cette infrastructure naturelle dont la valeur écologique est qualifiée d’exceptionnelle. »

Malaise

La stratégie utilisée par Mme Bureau pour mobiliser les citoyens derrière une telle demande a cependant surpris et rendu inconfortables certains élus autour de la table du conseil municipal. La protection de la totalité de la forêt Boucher nécessiterait, selon nos informations qui n’ont pu être confirmées, plusieurs dizaines de millions de dollars.

Le président du conseil municipal, Daniel Champagne, admet avoir été surpris par la sortie de Mme Bureau. « On peut dire qu’on veut protéger 100 % de la forêt Boucher, mais ça représente quoi comme coût pour les citoyens ? demande-t-il. On financerait ça comment ? À chaque décision, il y a un coût. Je ne dis pas que je suis contre, mais il faut aussi avoir un équilibre. Gatineau prend déjà d’excellentes décisions en matière de protection de l’environnement, mais faut-il investir encore des millions pour protéger ce qui reste de cette forêt ? J’aurais préféré qu’on puisse avoir cette discussion au conseil, avec notre administration, avant que cette idée soit lancée dans la sphère publique comme ça. »

Le conseiller Gilles Carpentier s’est lui aussi montré froissé par la façon de faire de sa collègue dans ce dossier. « L’agenda du conseil n’est pas déterminé par un seul conseiller, a-t-il lancé. Disons que la liste de priorité du conseil est déjà assez longue. On se doit de jongler avec plusieurs dossiers et tracer une ligne sur ce qu’on veut se payer. Ça met tout le monde inconfortable quand un élu décide de prendre une position aussi forte et décide d’en faire un dossier comme ça sans avoir toutes les informations en main. »