La mairesse suppléante de Gatineau, Nathalie Lemieux, sera démise de ses fonctions à la suite de ses propos sur la communauté musulmane.

Propos islamophobes : Nathalie Lemieux perdra son poste de mairesse suppléante

La conseillère municipale et mairesse suppléante de Gatineau, Nathalie Lemieux, a salué vendredi la décision du premier ministre François Legault de ne pas tenir de journée contre l’islamophobie et a ajouté, en entrevue avec Le Droit, que les musulmans refusent de s’intégrer à la société québécoise.

« Pour moi, ce mot [islamophobie] n’existe même pas, a-t-elle lancé. Justin Trudeau pense que l’islamophobie existe, mais c’est lui qui invente ce problème. Il tente de provoquer des problèmes où il n’y en a pas. Les Québécois ne sont pas aussi racistes que certains voudraient le faire croire. Quand un peuple veut s’intégrer, il s’intègre et ce peuple ne s’intègre pas. »

Mme Lemieux affirme être en train de se documenter sur le sujet en prévision d’une sortie publique ultérieure. Tout en réitérant que « l’islamophobie n’existe pas », Mme Lemieux a ajouté que « ces gens-là font beaucoup de choses mal, avec leurs camions et toutes ces choses-là, et c’est normal d’en avoir peur ».

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Ses propos ont rapidement été relayés par les médias nationaux, d’un bout à l’autre du pays, provoquant un débat polarisé sur les réseaux sociaux. Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, s’est rapidement dissocié des affirmations de la conseillère. Dans une première déclaration écrite, il affirme lui avoir immédiatement demandé de se rétracter et de s’excuser. Nathalie Lemieux n’a plus donné aucun signe de vie, vendredi. Toutes les demandes médiatiques à son endroit sont demeurées lettre morte. 

Démise de ses fonctions

En début de soirée, le maire Pedneaud-Jobin, visiblement troublé par la situation, a tenu un court point presse au cours duquel il a indiqué que la mairesse suppléante serait démise de ses fonctions.

« Depuis quelques années, et en particulier depuis la tuerie de la mosquée de Québec, j’ai travaillé fort pour le vivre-ensemble, a rappelé le maire. Le conseil municipal croit profondément dans le vivre-ensemble, je pense que les gens de Gatineau croient dans ces efforts-là pour rapprocher les communautés. Pour moi, les propos de Mme Lemieux vont très exactement dans le sens contraire. Le rôle d’une ville, c’est de rassembler les gens et de les asseoir ensemble pour avoir un dialogue. Pour rester un interlocuteur crédible, il faut nous-mêmes avoir une approche nuancée quand on parle de ces sujets qui peuvent nous diviser. C’est pour ça que je me dissocie complètement des propos de la conseillère. Dans cette perspective-là, je vais demander au conseil municipal de remplacer la mairesse suppléante, a-t-il précisé. J’ai parlé à plusieurs membres du conseil et selon moi c’est ce qu’il y a de mieux à faire dans l’intérêt de Gatineau. »

Le maire Pedneaud-Jobin a affirmé s’être entretenu avec Nathalie Lemieux à « plusieurs reprises » vendredi, après la parution de l’article du Droit relatant ses propos. Il indique que Mme Lemieux s’exprimera à ce sujet la semaine prochaine. Pour l’instant, Mme Lemieux conserve son siège au comité exécutif, mais les choses pourraient encore changer. « On va s’asseoir ensemble au début de la semaine et on verra la suite des choses en fonctions de ses propos à la suite de ces événements », a-t-il ajouté. Selon nos informations, les propos de Mme Lemieux ont provoqué un énorme malaise parmi ses collègues du conseil municipal. Le président du conseil, Daniel Champagne, a indiqué souhaiter que les propos de Mme Lemieux aient dépassé sa pensée. 

Silence radio de la CAQ

Une bonne partie de la classe politique régionale a dénoncé les propos de la conseillère. « Madame la mairesse suppléante, vous représentez bien mal notre Gatineau, notre Outaouais, notre Québec », a indiqué le député libéral de Pontiac, André Fortin, sur son compte Twitter. Sa collègue de Hull, Maryse Gaudreault, a joint sa voix à celle du député Fortin.

Ce fut cependant le silence radio le plus complet du côté du ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, et des députés de Chapleau et de Gatineau, Mathieu Lévesque et Robert Bussière. La conseillère Lemieux est une militante avouée de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le ministre Lacombe a toutefois fait part de sa réaction, samedi matin. Par courriel, il affirme: «C’est une évidence que je condamne vigoureusement ces propos, tout comme mes collègues Mathieu Lévesque et Robert Bussière. On doit lutter contre l’intolérance, pas l’alimenter».

Les députés fédéraux de l’Outaouais ont émis une déclaration commune dans laquelle ils affirment qu’« on doit reconnaître que l’intolérance, le racisme et l’islamophobie existent ici, comme ailleurs [et que] ce genre de propos n’a pas sa place dans notre société. »