C’est sur ce terrain de la rue Montcalm, où est situé actuellement le commerce Vice Versa, que l’entreprise Multivesco veut ériger un édifice fédéral de 20 étages.

Projet de 100 millions pour un édifice fédéral au centre-ville de Gatineau

EXCLUSIF / Un nouvel édifice fédéral de 20 étages pourrait bientôt voir le jour en plein cœur du pôle culturel de la rue Montcalm, a appris Le Droit. Le projet proposé par la firme Multivesco sur le terrain de l’actuel magasin Vice Versa est évalué à plus de 100 millions $ et pourrait se réaliser sans que les résidents du quartier aient la moindre chance de s’y opposer.

Le projet nécessiterait d’importantes dérogations au Plan particulier d’urbanisme (PPU) concernant la hauteur et la surface utilisée au sol. Le dossier a été présenté aux membres du comité consultatif d’urbanisme (CCU) lors de leur plus récente réunion. Une formalité réglementaire propre à ce terrain permet au promoteur d’éviter de soumettre son projet à la procédure référendaire et à l’ouverture d’un registre. Le conseil municipal sera appelé à voter sur un changement au PPU aussi tôt qu’à la fin du mois d’août. Le zonage à cet endroit prévoit un maximum de 12 étages.

Le chef de la direction de Multivesco, François Juneau, affirme être bien conscient des courts délais dans ce dossier et de l’enjeu que peut représenter un projet de cette envergure s’il n’est pas soumis à l’approbation de la population.

« J’ai rencontré le conseiller Cédric Tessier mercredi et il a été convenu d’entreprendre très rapidement un dialogue avec les résidents, dit-il. Nous ne pouvions pas le faire plus tôt parce que nous n’avions pas encore reçu les avis du service de l’urbanisme concernant notre projet. »

Le président de l’Association des résidents de l’Île-de-Hull, Daniel Cayley-Daoust, confirme avoir été contacté par le promoteur et affirme qu’une rencontre sera organisée le plus rapidement possible.

« On est à la base des grands défenseurs de la logique du PPU et de son respect, affirme M. Daoust. On n’a pas tous les détails du projet encore, mais on peut voir qu’il n’est pas conforme au PPU. Ça accroche déjà. La rue Montcalm est identifiée comme le pôle culturel. Si on ajoute un gros bloc à bureaux, ça va venir briser le concept que la Ville tente de mettre en place à cet endroit. On va commencer par discuter avec le promoteur. »

M. Juneau rappelle que Multivesco a « toujours entretenu de bonnes relations avec les résidents et les différents partenaires » dans le centre-ville.

La firme n’a pas l’intention de déroger de ses habitudes, dit-il. « On a l’intention de s’harmoniser avec le concept du quartier qui se veut un pôle culturel et artistique, soutient M. Juneau. Je ne veux pas tout dévoiler, mais on prévoit quelque chose, une œuvre, qui pourrait être exposée en permanence. On souhaite surprendre. Il pourrait aussi y avoir moyen de faire de la projection artistique directement sur l’immeuble. »

Multivesco propose aussi à la Ville de Gatineau d’éliminer le stationnement du Théâtre de l’Île en permettant l’utilisation de son éventuel stationnement souterrain situé de l’autre côté de la rue. « Ça permettrait à la Ville de refaire les berges du ruisseau de la Brasserie et d’agrandir le parc de la Francophonie », ajoute-t-il.

Pas de résidentiel

Le secteur du centre-ville visé par Multivesco a été identifié comme pôle culturel, mais aussi comme un lieu de densification résidentielle. M. Juneau explique que son immeuble ne pourrait accueillir une telle mixité.

« Il y a actuellement une opportunité importante en raison du faible taux de vacances dans la capitale nationale, dit-il. Nous voulons construire des espaces de bureaux pour le fédéral, mais pour des services de recherche et développements scientifiques. Le fédéral n’accepte pas de mixité résidentielle pour ce type de bureau. Imposer du résidentiel dans cet immeuble ferait tout simplement échouer le projet. »

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Les résidents ne pourront pas se prononcer sur le projet de Multivesco

Le terrain du 50-54 rue Montcalm acquis il y a quelques mois par Multivesco pour y ériger un édifice fédéral de 20 étages bénéficie d’une particularité presque unique dans l’Île de Hull qui risque de mener, au cours des prochaines semaines, à des discussions rangées sur le respect du Plan particulier d’urbanisme (PPU) dans le centre-ville. 

Habituellement, les demandes de modification concernant la hauteur ou la surface utilisée au sol doivent faire l’objet d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) ; un outil réglementaire qui permet à un promoteur de déroger de la réglementation d’urbanisme dans une zone visée sans qu’il soit nécessaire de modifier tout le zonage qui y est établi. La firme Boless et le Groupe Heafey ont régulièrement recours au PPCMOI pour rendre leurs projets conformes dans le centre-ville. La procédure implique toutefois la possibilité d’ouverture d’un registre, et c’est exactement la situation à laquelle fait présentement face le Bloome, de la firme Kevlar, sur le boulevard Saint-Joseph, ou 26 citoyens pourraient bloquer le projet.   

« Le problème, c’est que le projet d’édifice sur Montcalm utilise la totalité d’une zone délimitée dans le PPU et la Loi ne permet pas de modifier le zonage de toute une zone avec un PPCMOI, explique le conseiller du quartier et membre du comité consultatif d’urbanisme, Cédric Tessier. Le promoteur doit donc faire une demande de changement au PPU, mais cette procédure, dans la réglementation, n’est pas soumise à un processus référendaire. »

M. Tessier affirme qu’il s’opposera à « tout changement au PPU s’il y a absence de consensus de tous les partenaires dans le centre-ville ». Il a toutefois initié un rapprochement rapide entre le promoteur et les résidents du quartier. Un avis de proposition et un projet de règlement seront déposés au conseil municipal le 2 juillet. 

Le vote sur la demande de Multivesco doit avoir lieu au retour des vacances, lors du conseil municipal du 27 août. 

« Ça donne peu de temps aux résidents et au promoteur pour discuter et s’entendre, mais à partir de là, le conseil pourra voir le niveau d’acceptabilité sociale pour ce projet », ajoute M. Tessier.