Les stations du Rapibus, comme celle de la Place de la Cité dans le secteur Gatineau, étaient désertes jeudi.

Première journée de grève: habitudes chamboulées

Un endroit normalement bondé et où l'action est débordante au petit matin, les stations du Rapibus avaient des allures de villages fantômes, jeudi.
Les lieux ont été complètement désertés en raison de cette grève enclenchée la veille par les chauffeurs de la Société de transport de l'Outaouais (STO). Aucun passager qui attend en bordure de la voie. Aucun autobus qui circule. Rien.
Seule exception à la règle, des préposés de la STO parcouraient les circuits pour avertir les rares usagers qui n'étaient toujours pas au courant de l'absence de service jeudi.
Pour se déplacer, les résidents de Gatineau ont dû trouver des alternatives à l'autobus pour se rendre au travail. Le covoiturage vient évidemment en tête de liste. La page Facebook « Co-voiturage Gatineau pendant la grève de la STO » s'est créée pour coordonner le tout dans le cadre de la grève de la STO. 
De nombreuses personnes ont lancé des appels à tous sur cette plateforme, soit pour annoncer des places libres dans leur véhicule, soit pour trouver un bon samaritain qui accepterait de partager leur matin avec eux. À l'heure de pointe du retour à la maison, déjà près de 700 internautes s'y étaient inscrits.
Étudiante au Cégep de l'Outaouais, Béatrice Turmel n'a pu se rendre comme à l'habitude à ses cours dispensés au campus Félix-Leclerc. Résidente du secteur Cheval-Blanc, elle utilise les lignes d'autobus 77 et 78.
« C'était impossible pour moi de me rendre au Cégep et ensuite pouvoir aller travailler. J'ai dû faire un choix entre mon éducation et mon travail. Donc, j'ai communiqué avec mes enseignants et j'ai pris des arrangements. Heureusement je n'avais pas d'examens, mais plusieurs de mes camarades, oui. Ma journée a été complètement gelée. J'ai réussi à me débrouiller mais j'espère ne pas revivre la même chose la semaine prochaine », dit-elle.
Une mère de famille, Manon Ladouceur, a quant à elle tenu à déplorer surtout l'impact d'une telle rupture de services sur sa fille, étudiante au Cégep. «Ça m'a déchiré le coeur de voir mon enfant paniquer et pleurer parce qu'elle ne pourrait pas se rendre à l'école. Elle manquerait des cours. Et pour quelqu'un qui travaille fort à recevoir des bourses, cela aura un impact sur sa moyenne de présence. Je n'étais physiquement pas capable de me transporter dans deux directions opposées à la même heure (moi à Ottawa et elle au Cégep Héritage). De plus, elle n'a pas pu rentrer au travail en soirée car elle n'avait pas de moyen de s'y rendre à partir de son école ou de revenir à la maison par la suite. Aura-t-elle encore son emploi demain? À plus ou moins 40 minutes de route du travail, pensez-vous qu'elle aurait été capable de payer un taxi? Eh non!», affirme-t-elle.
À son avis, les travailleurs comme elle-même peuvent se plaindre, sauf que les conséquences de la grève sont pires sur les étudiants. 
«Il n'y a pas grand monde qui sortent le nez de leur nombril pour réaliser l'impact réel que cette grève a sur eux. Ils méritent autant d'attention que nous, les adultes. Ce sont les jeunes, au cégep et ceux du secondaire également, qui sont à la merci du système de transport en commun, ainsi que tous ceux qui n'ont que cela comme moyen de transport», ajoute-t-elle.
Taxis
Le taxi s'est également avéré une alternative populaire. Chez Régal et Crown Taxi, dans le secteur Hull, on indique que les répartiteurs et les conducteurs n'ont pas chômé, jeudi matin, avec un volume d'appels deux fois plus élevé qu'à l'habitude.
Il y avait également beaucoup d'achalandage au débarcadère de l'école secondaire de l'Île où Le Droit s'est rendu jeudi matin. 
De nombreux parents sont passés déposer leur enfant près de la porte d'entrée de l'école, tous plus pressés les uns que les autres, visiblement hâtés de se diriger au travail par la suite.