Le quartier du Musée, dans le Vieux-Hull

Pourtour sacrifié, centre protégé

ANALYSE / Protéger le quartier du Musée. Tous les outils de planification de la Ville de Gatineau pointent dans cette direction, du schéma d’aménagement au plan particulier d’urbanisme. Les résidents appuient l’idée avec enthousiasme. Le service de l’urbanisme et ses hauts fonctionnaires recommandent aux élus de passer à l’action. Le comité consultatif d’urbanisme (CCU) a rejeté deux propositions, cette semaine, visant à amputer le périmètre de protection. À la majorité, les membres élus et citoyens du comité recommanderont au conseil municipal d’adopter la protection complète du quartier du Musée.

Seul le conseil municipal peut encore faire barrage à la protection de la totalité de l’ensemble historique et patrimonial que représente le plus vieux quartier encore debout à Gatineau. Aux dernières nouvelles, une majorité d’élus entend s’y opposer lors du vote du 28 août prochain.

Certains conseillers comme Jean-François LeBlanc ont clairement indiqué s’opposer à la protection du quartier pour ne pas empêcher Brigil d’y ériger deux tours de 35 et 55 étages sur les terrains de la rue Laurier.

À l’inverse de la demande de citation patrimoniale, ce projet hors du commun proposé par le promoteur Gilles Desjardins est contraire à l’ensemble de la planification faite par la Ville dans ce secteur et se retrouve aujourd’hui officiellement en porte-à-faux des volontés du service de l’urbanisme et du CCU. Les tours Brigil seraient réduites à un maximum de trois étages tel que l’indique le zonage des terrains sous la propriété de M. Desjardins s’il n’en revenait qu’à ces deux institutions.

L’enjeu du pourtour

Il reste donc la négociation entre politiciens. Le tout va vraisemblablement se jouer dans le pourtour du quartier du Musée. À moins que les compromis nécessaires à une entente viennent complètement dénaturer tout le quartier, les chances sont relativement bonnes que le centre du quartier fasse l’objet d’une protection. Ceux pour qui toute amputation du périmètre relève de l’hérésie ou de la compromission pourraient toutefois devoir vivre avec un rêve inachevé.

Les conseillères Audrey Bureau et Nathalie Lemieux souhaitent un compromis sur la rue Laurier, dans le pourtour, mais n’endossent pas clairement le projet de Brigil pour autant. Elles font pour l’instant de cette demande une condition pour appuyer la protection du reste du quartier.

Le président du comité exécutif, Gilles Carpentier, a affirmé, cette semaine, que le compromis proposé par le conseiller Cédric Tessier qui permettrait de retirer du périmètre le terrain de l’Académie Sainte-Marie sur la rue Champlain méritait un peu plus d’attention. Loin d’être convaincu par la position ferme des défenseurs du patrimoine, du CCU et du service de l’urbanisme, M. Carpentier souhaite plus de flexibilité dans le pourtour du quartier du Musée. Il a dit croire qu’il y a des aménagements possibles « sans dénaturer la citation du quartier ».

Est-ce que des tours de 35 et 55 étages sur Laurier viendraient « dénaturer » la protection patrimoniale du secteur ? M. Carpentier ne se prononce pas clairement sur ce sujet parce qu’à ses yeux, le projet des tours n’existe pas puisqu’il n’a toujours pas été présenté à l’administration. Pour Cédric Tessier, le compromis des tours ou de tout autre grand projet d’une telle envergure sur la rue Laurier équivaudrait à de la compromission complète. Pour lui, c’est une fin de non-recevoir.

Pas de ligne de parti

Dans un entretien avec Le Droit, jeudi, le maire Maxime Pedneaud-Jobin n’a pas précisé si le compromis du 115, rue Champlain présenté par le conseiller Tessier recevait l’appui du caucus d’Action Gatineau. Les élus du parti du maire sont d’accord sur le principe de préserver le quartier, mais il n’y aura pas de ligne de parti sur le périmètre de la citation patrimoniale à établir, a-t-il fait savoir.

Le maire demeure très prudent dans ses commentaires, évitant à tout prix de vicier la discussion entre élus en se prononçant à la pièce et trop rapidement sur un compromis ou un autre. « Je préfère une protection insatisfaisante à certains égards que pas de protection du tout, dit-il. Il faut faire un pas en avant le plus grand possible. Il peut y avoir des compromis. Mais je ne veux pas protéger trois ou quatre maisons. Il faut que ce soit un tout intéressant qui se tient, qui est beau et qui le sera encore plus dans l’avenir. »

On verra au retour des vacances d’été à quel point Action Gatineau est prêt à jouer du compromis dans la citation du quartier du Musée sans trafiquer le principe de protection défendu depuis des mois. On verra aussi le sérieux des élus indépendants qui affirment que « le patrimoine c’est important ». Jusqu’où sont-ils prêts à joindre la parole aux actes ?