Le maire et son parti pensent déjà à l'élaboration d'un nouveau cadre financier pour les années 2018-2021.

Plus petites hausses de taxes à portée de main

Après quatre années consécutives d'augmentations de 2,9 % de la taxe foncière, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, remet en question certaines mesures qui ont fait la réputation fiscale de la Ville, dont la sacro-sainte taxe dédiée aux infrastructures. Il ouvre du même coup la porte à des hausses de taxes plus faibles au cours d'un éventuel prochain mandat.
Il était hors de question pour le maire Pedneaud-Jobin, même à un an des élections, de jouer le jeu du budget électoral et de déroger du cadre financier voté en début de mandat par le conseil municipal, qui prévoyait des augmentations annuelles de taxes de 2,9 %. Ce mandat tire toutefois à sa fin. Le maire et son parti pensent déjà à l'élaboration d'un nouveau cadre financier pour les années 2018-2021. La réflexion sera intense, a admis M. Pedneaud-Jobin, en rencontre éditoriale avec Le Droit, mercredi dernier. Il venait de faire adopter, la veille, le dernier budget du mandat. Les nouveaux revenus que pourront obtenir les municipalités avec le projet de loi sur l'autonomie des villes déposé mardi à Québec et la remise en question d'éléments fondamentaux qui caractérisent la personnalité budgétaire de Gatineau laissent entrevoir une accalmie pour le contribuable gatinois. 
« Nous sommes rendus à l'étape où on doit s'interroger, affirme le maire. Nous allons mettre la taxe dédiée aux infrastructures sur la table lors de nos discussions pour notre prochain cadre financier. Les gens reconnaissent qu'il faut investir dans nos infrastructures. Le citoyen comprend que l'important, c'est ce qu'on fait avec chaque dollar perçu en taxes, mais je pense qu'il faut réévaluer la taxe dédiée. Ça fait six ans qu'elle est augmentée de 1 % par année. Il faut voir à quel moment on arrête ça. On ne fera pas ça éternellement, mais je dois demeurer très prudent, parce qu'il y a des projets comme notre plan pour régler le problème de l'eau jaune qui s'appuie uniquement sur la taxe dédiée et je ne vais pas reculer sur un projet comme celui-là. »
Le maire rappelle que les généreux programmes de subventions des gouvernements fédéral et provincial viendront aussi donner de l'oxygène aux contribuables gatinois, qui ont déjà fait leur part dans le renouvellement de leurs infrastructures. Ces éléments doivent s'ajouter à la réflexion sur la taxe dédiée, dit-il.
Emprunter un peu plus
Cette année, 60 % des dépenses en infrastructures à Gatineau ont été payées sans ajouter un sou à la dette, un taux inégalé au Québec. Il y a là une importante marge de manoeuvre qui pourrait permettre de réduire la pression sur la taxe foncière, et du même coup, sur le contribuable. « C'est un très haut pourcentage, admet le maire Pedneaud-Jobin. Pour payer comptant 60 % de nos travaux d'infrastructures, il faut avoir l'argent, il faut taxer les gens pour le faire. C'est un poids important pour le contribuable d'aujourd'hui. Il y a des villes qui font d'autres choix. Ça fait partie des choses qu'on va évaluer dans notre prochain cadre financier. »
Nouveaux revenus
Le projet de loi sur l'autonomie des villes, une fois adopté à l'Assemblée nationale, permettra un tout nouveau pouvoir de taxation aux municipalités. Redevance sur les terrains contaminés, taxe sur les stationnements ou encore augmentation des droits d'immatriculation ; les possibilités de diversifier les revenus des villes seront nombreuses. Pour Gatineau, cela pourrait représenter l'injection dans ses coffres, sur une base annuelle, de plusieurs millions de dollars ne provenant pas de la taxe foncière. 
« C'est clair que moi, la taxe foncière, ce n'est pas mon revenu préféré, si on peut atteindre les mêmes objectifs avec la diversification des revenus », note le maire de Gatineau.
Une partie de la taxe dédiée à la bibliothèque centrale?
La future bibliothèque centrale occupera une place importante, sinon dominante, dans le prochain programme électoral que proposera le maire Maxime Pedneaud-Jobin à la population de Gatineau, lors des prochaines élections. 
Le conseil municipal s'est engagé à présenter un scénario pour la bibliothèque centrale d'ici la fin du présent mandat. Cela devra comprendre la grandeur, un estimé des coûts, les différentes possibilités de financement et les partenaires potentiels. « Il n'y aura aucune décision, mais il faut avoir suffisamment d'informations pour faire un débat public, note le maire Pedneaud-Jobin en entrevue éditoriale avec Le Droit. Ceux qui voudront faire campagne là-dessus pourront le faire. Ça va clairement être un enjeu électoral. »
Aucune mesure de financement ne doit être écartée à ce moment-ci, dit-il. Le scénario d'une taxe dédiée comme l'avait fait l'ex-maire Yves Ducharme pour le centre sportif doit être évalué, mais la réflexion ne doit pas être isolée de celle entourant l'élaboration du prochain cadre financier, insiste M. Pedneaud-Jobin. « Est-ce que, par exemple, une partie de la taxe dédiée aux infrastructures pourrait servir aux bibliothèques ? C'est une option, dit-il, mais c'est une très grosse décision. Un emprunt sur la dette peut aussi représenter une réponse. C'est un débat complexe. »
Une chose est claire dans l'esprit du maire Pedneaud-Jobin : les contribuables gatinois ne doivent pas être les seuls à assumer les coûts de cette nouvelle infrastructure. « Il y a plusieurs partenaires possibles, dit-il. Il y a Québec. Il y a le fédéral, dont la deuxième phase de son programme de subventions fait de la place aux infrastructures culturelles. Il faut aussi regarder vers le privé, offrir de la location d'espaces commerciaux. À Varennes, des donateurs ont financé une partie de la nouvelle bibliothèque. On peut regarder ça ici aussi. Nous sommes déjà en discussions avec l'Université du Québec en Outaouais. Ce n'est pas simple, mais il y a des choses à évaluer, comme il faudrait le faire avec les commissions scolaires. C'est seulement si on arrive à faire quelque chose comme ça, à plusieurs, que ne je serai pas gêné de présenter un projet aux citoyens. Mais que les Gatinois paient ça seuls, alors que tout le monde va en profiter, je ne pense pas. »