La deuxième option pour un nouvel hôtel de ville cible le terrain où est situé l’ancien Hôtel Aylmer, un bâtiment en décrépitude à l’angle de la rue Principale et de la rue Court, récemment acquis par les frères Paul et Louis Bertrand

Place des Pionniers: «Un référendum aurait tué le projet»

C’est le milieu des années 1980. La Ville d’Aylmer a besoin d’espace. Ses services sont éparpillés dans plusieurs édifices. La mairesse Constance Provost milite pour un nouvel hôtel de ville, mais la municipalité ne nage pas dans l’argent.

Deux scénarios émergent. 

Le premier propose la construction du nouvel hôtel de ville sur un terrain appartenant à la municipalité derrière les Galeries d’Aylmer. 

La deuxième option cible le terrain où est situé l’ancien Hôtel Aylmer, un bâtiment en décrépitude à l’angle de la rue Principale et de la rue Court, récemment acquis par les frères Paul et Louis Bertrand, tous deux à la tête de la plus importante firme d’avocats de la région de l’époque.

Les deux projets donnent lieu à des débats musclés, tant au conseil que dans la population. 

Les deux camps se mobilisent. 

La mairesse Provost est séduite par le projet de type « Built and Transfer » présenté par les frères Bertrand. 

Ces derniers proposent de financer la construction de l’immeuble et de louer la majeure partie de l’espace à la Ville et à la Commission scolaire d’Aylmer. 

Les baux de location seraient assortis d’une option d’achat.

Trois décennies plus tard, David Inglis n’a toujours pas digéré comment les choses se sont déroulées par la suite. 

Ce citoyen engagé a tout fait pour dénoncer ce qu’il estimait être des tactiques douteuses pour faire passer un projet décidé à l’avance par ceux qui occupaient à l’époque les sphères de pouvoir à Aylmer.

« Ce qui me fâche c’est la façon dont ils s’y sont pris pour faire échouer le registre qui allait donner le droit à la population de se prononcer sur ce projet lors d’un référendum, raconte-t-il. Certains ont voulu empêcher la population d’avoir son mot à dire. Un référendum aurait tué ce projet dans le temps de le dire. »

M. Inglis raconte que les avis publics pour annoncer la tenue du registre ont été envoyés à la toute dernière minute. 

Trop tard dans certains cas. « Le Bulletin d’Aylmer a publié l’avis le lendemain de la fermeture du registre, dit-il. Ce n’est pas des blagues. »

Ce registre a eu lieu à la fin novembre 1985. 

« Il pleuvait et faisait froid, se rappelle M. Inglis. Quand 19 h a sonné, ce mercredi-là, les responsables de la Ville ont immédiatement fermé les portes. Il y avait encore des gens qui voulaient voter. Ils étaient entre 20 et 30. Ils ont fermé les portes dans la face des citoyens. On a perdu le droit d’avoir un référendum par 15 votes. »

M. Inglis a continué de critiquer publiquement ce projet. 

« On m’accusait de vouloir faire du mal à Aylmer, dit-il. Plus personne n’osait parler. Le silence n’est pas toujours un indice que tout le monde est heureux. » 

Le conseil municipal a finalement voté à 8 contre 1 pour la réalisation de Place des Pionniers. 

Seul le conseiller Marc Croteau s’y était opposé.

David Inglis s’est ensuite présenté à la mairie contre Constance Provost. 

Pour lui, il était hors de question que la mairesse sortante soit élue par acclamation.

« J’ai fait campagne sur un seul sujet, rappelle-t-il. Je n’avais rien, pas d’équipe, deux amis, un chien et 500 $, mais pendant toute la campagne j’ai demandé une enquête dans ce dossier. J’ai perdu, mais j’ai quand même remporté 38 % des voix. »