En achetant l'ancien Hôtel Aylmer, les frères Paul et Louis Bertrand voyaient l’occasion d’y construire un immeuble moderne.

Place des Pionniers: le plan des frères Bertrand

Les frères Paul et Louis Bertrand avaient une idée en tête en achetant l’ancien Hôtel Aylmer, au milieu des années 1980. Ils voyaient l’occasion d’y construire un immeuble moderne qui permettrait à la Ville d’Aylmer et à la Commission scolaire d’Aylmer de régler leurs criants problèmes d’espace. Ils voulaient léguer un nouveau bâtiment au cœur du Vieux-Aylmer qui allait déclencher la revitalisation économique de ce secteur dévitalisé au profit des centres commerciaux environnants.

Les choses ne se sont cependant pas passées comme prévu. 

Un peu plus de 30 ans plus tard, Louis Bertrand admet que si c’était à refaire, son frère et lui auraient agi autrement.

« Qui aurait pu imaginer qu’en à peu près dix ans, les deux piliers institutionnels impliqués dans le projet allaient disparaître dans des fusions et que leurs besoins en espace à bureaux allaient être complètement chamboulés, lance-t-il en entrevue avec Le Droit. On a été pris par surprise. Il n’y a pas un homme d’affaires qui se lancerait dans un projet comme ça en sachant à l’avance ce qui allait arriver. Oui, j’ai perdu de l’argent là-dedans. Ça n’a pas été rentable. »

Un plan alléchant

L’idée de départ était pourtant alléchante, tant pour les promoteurs que les institutions publiques impliquées. 

La Ville d’Aylmer, sans devoir amortir une dépense de plusieurs millions $ pour un nouvel hôtel de ville, parvenait à réunir sous un même toit l’ensemble des services municipaux. 

Même chose pour la commission scolaire qui était à l’étroit dans ses vieux locaux. 

Pour les instigateurs du projet, c’était l’occasion d’avoir comme locataires les deux plus importants employeurs de la ville. 

« À elles seules, ces deux institutions allaient attirer naturellement des gens, autant des citoyens que des employés, explique Louis Bertrand. On voyait vraiment ça comme un levier économique. »

Au début, tout le rez-de-chaussée de l’immeuble était réservé à de l’espace commercial. 

Le député libéral de l’époque Bob Middlemiss y avait son bureau de circonscription qu’il sous-louait dans les espaces de Louis Bertrand. 

Le ministère du Travail y avait aussi des locaux loués où il rendait des services à la population. 

La mairesse Constance Provost avait son bureau dans la tour, au dernier étage.

« Ç’a marché au début, explique M. Bertrand. Ça attirait du monde. La formule de copropriété permettait des acquisitions progressives en fonction de l’augmentation des besoins de la ville et de la commission scolaire. Pour nous, c’était dans l’ordre normal des choses que les besoins de tout ce monde-là allaient continuer d’augmenter comme ça avait toujours été le cas par le passé. »

L’imprévu

En peu de temps, des locataires commerciaux ont commencé à quitter pour les centres commerciaux. 

Puis est venue la fusion des commissions scolaires Outaouais-Hull et d’Aylmer en 1998. 

« On n’avait pas prévu ça, admet M. Bertrand. La Ville a racheté les pieds carrés de la commission scolaire et du même coup n’avait plus besoin de l’espace résiduel qu’on détenait dans l’immeuble. Quelques années plus tard, c’est la ville elle-même qui était fusionnée et dont les besoins en espace étaient considérablement réduits. Ça venait de tuer les deux piliers du projet. »